DISLOCATION DES PARTIS POLITIQUES APRES LEUR CONTACT AVEC LE POUVOIR LA LD REJOINT LA LONGUE LISTE DES VICTIMES…

Considéré jusqu’ici comme l’un des derniers partis politiques traditionnels à échapper à la fureur dévastatrice des régimes politiques, la formation du professeur Abdoulaye Bathily vient de succomber à son tour à l’épreuve des délices du pouvoir. La création du mouvement «Ld Debout» inscrit ainsi la Ld sur la longue liste des partis politiques au Sénégal avoir connu des troubles après leur contact avec le pouvoir.

La création du mouvement «Ld Debout» par un groupe de responsables de la Ld qui dénoncent le «contrôle illicite du bureau politique contre l’avis de la base aux seuls et uniques fins de sécuriser leurs postes et leurs positions personnelles de pouvoir dans l’appareil de l’Etat» est sur le point d’inscrire la Ld sur la liste des partis politiques au Sénégal avoir connu des troubles après leur contact avec le pouvoir.
 
Sous les régimes précédents, ce phénomène de dissidence observé dans les partis politiques après le contact avec le pouvoir a pris une tournure inquiétante sous le régime du Président Sall. Pour cause, en l’espace de cinq ans de gestion «partagé» du pouvoir, le président de l’Apr a presque réussi la prouesse de créer les conditions de la dislocation de la quasi-totalité des grandes formations politiques traditionnelles avec qui, il s’était engagé entre les deux tours de la présidentielle de 2012 dans une Alliance politique au sein de Bby, traduit sous le slogan «Gagnez ensemble et gouvernez ensemble».
 
La première formation politique à faire les frais de la division de l’épreuve des délices du pouvoir actuel est le Rewmi d’Idrissa.
Arrivé 5e à l’issue du premier tour la présidentielle de 2012 avec 7, 86 % des suffrages, Idrissa Seck a perdu une bonne partie des responsables dans son alliance avec Macky Sall.

Tout est parti des prises de position du président du Parti Rewmi après un an et six mois de compagnonnage sur certains sujets notamment l’affaire de la traque des biens supposés mal acquis lancée contre les dignitaires du régime Wade mais aussi les options économiques du chef du Premier gouvernement du régime Sall, Abdoul Mbaye et de son ministre des Finances d’alors, Amadou Kane.
 
Mor Ngom répondant au président du parti Rewmi a formellement ordonné à celui-ci «le silence ou le départ» de Bby. La suite est connue de tous. Idrissa Seck dont le parti avait deux portefeuilles ministériels dans le gouvernement et plus de dix députés au sein du groupe parlementaire de la majorité Bby prend alors la décision de convoquer, le 11 septembre 2013, le Secrétariat national de Rewmi pour se pencher sur «l’avenir du parti Rewmi dans la coalition Bennoo Bokk Yaakaar».
 
Cette rencontre, nonobstant le risque de voir certains de leurs camarades promus à des portes de responsabilités dans le nouveau régime s’accrocher à leur privilège, a abouti à la décision de rompre les amarres avec Bby.
 
Conséquences : plusieurs responsables politiques dont des parlementaires mais aussi les deux ministres : Oumar Guèye, responsable de Rewmi Sangalkam et son camarade de parti et collègue du gouvernement, Pape Diouf, ont préféré mettre une croix sur leur compagnonnage avec Idy que de quitter leur fauteuil à la table du conseil des ministres.
 
L’Alliance des forces de progrès (Afp), est le deuxième parti politique membre de Bby à subir une scission en son sein après le Rewmi. Membre fondateur tout comme le Rewmi d’Idrissa Seck de la coalition Bby dirigée par le président Macky Sall et président de l’Alliance pour la République (Apr), le parti de Moustapha Niasse a vécu une crise plus spectaculaire que celle du Rewmi.
 
Cette dernière est intervenue après la décision de Niasse à l’issue d’un Symposium de l’Afp le 10 mars 2014, «de ne présenter un candidat pour la succession de Macky Sall qu’à la Présidentielle de 2024».

Une décision qui a provoqué la dislocation de l’Afp en deux. D’un côté, le président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse et ses partisans et de l’autre côté, El Hadji Malick Gakou n°2 de l’Afp et ses partisans qui contestent cette décision de Niasse qui selon eux, rappelle tout simplement le congrès sans débat à l’origine de la divorce de Niasse avec ses frères socialistes.
 
La suite El Hadji Malick Gakou et compagnie finiront par être exclus de l’Afp avant de lancer quelques mois plus tard, le Grand Parti.

Dans cette liste des formations politiques dont le compagnonnage avec Bby a occasionné une grave crise interne, figure également le Front pour le socialisme et la démocratie Fsd/Bj «Benno Jubel» de l’ancien maire de Saint louis, Cheikh Bamba Dieye. Ancien candidat malheureux à la présidentielle de 2012 et ancien ministre dans le premier gouvernement de l’actuel régime, Cheikh Mamadou Abiboulaye Dieye à moins de deux ans de compagnonnage avec le président Sall a vécu deux crise au sein de son parti.

Le premier vent de révolte est alimenté par Abdou Ndiaye et de Serigne Sarr respectivement, vice-coordonnateur du Conseil national des jeunes, et ancien coordonnateur du Comité de pilotage du Fsd/Bj de la région de Dakar qui reprochaient à Cheikh Bamba Dièye d’avoir «une gestion familiale du ministère et du Fsd/Bj».
 
Les deux responsables seront finalement exclus le 14 septembre 2013 par une Assemblée générale extraordinaire du parti bénie par Cheikh Bamba Dièye, alors ministre. Mais, quelques années plus tard, le Fsd/Bj fait de nouveau face à une nouvelle crise en interne alimentée cette fois-ci par l’unique député de cette formation, Ndeye Dieynaba Ndiaye, non moins présidente du mouvement national des femmes du Fsd/Bj. Cette dernière a refusé de se ranger derrière la décision de son leader Cheikh Bamba Dieye de tourner le dos à Macky Sall et la coalition Benno Bokk Yaakaar (Bby).

Justifiant sa décision par les fruits de la gestion participative du président Sall visibles dans tous les secteurs de la vie nationale, la député Ndeye Dieynaba Ndiaye, avait par la même occasion déploré la gestion solitaire de Cheikh Bamba Dieye qui cherche à «s’éterniser au poste de Secrétaire général du parti». Sous ce rapport, elle avait même annoncé la tenue prochaine d’un congrès du Fsd/Bj pour revoir le statut et règlements intérieurs du parti, renouveler les instances régulières.
 
Dernier grand parti allié du président Sall dans Bby à subir la fureur dévastatrice du régime en place avant la Ld, le Parti socialiste fait actuellement face à une profonde crise interne. Cette crise qui est une première pour la formation dirigée par Ousmane Tanor Dieng, tire ses origines du congrès de renouvellement des instances du parti de 2014. Alors qu’il aurait pris la décision de ne plus se représenter comme candidat à sa succession au poste de SG du parti mais aussi comme candidat du Ps à une élection présidentielle après 2012, Ousmane Tanor Dieng décide finalement de revenir sur cet engagement.

Il s’est ainsi lancé dans la course avec Aïssata Tall Sall ex-porte-parole du parti pour un nouveau mandat qu’il a finalement remporté poussant cette dernière à se démarquer du Ps, en gelant toutes ses activités au sein de cette formation. Quelques mois après, c’est autour de Khalifa Sall de prendre le bâton de contestation avec certains de ses partisans pour faire face à la décision prise la direction de leur formation d’abord de battre campagne pour le «OUI» lors du référendum du 20 mars 2016. Prise lors du bureau politique du 5 mars 2016, cette décision avait provoqué une bagarre suivie d’une plainte et l’emprisonnement du maire de la Médina, Bamba Fall et des jeunes proches du maire de Dakar avant qu’ils ne bénéficient par la suite d’une liberté provisoire.

Khalifa Sall et compagnie protestent contre la direction qui a suivi à la lettre l’avis du secrétaire général, Ousmane Tanor Dieng qui, interpellait par la presse, le jour suivant la décision du président Sall de ne pas respecter son engagement de réduire la durée de son mandat de 7 à 5 ans, s’était exprimé pour le «oui». Et, cette division s’est perpétuée lors des dernières législatives qui ont vu Khalifa Sall, entre-temps placé en détention préventive dans le cadre de l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, dirigée par la liste nationale de la coalition d’opposition Manko Taxawu Senegaal..
 
Au-delà de scissions notées avec le régime actuel, on a également celles intervenues sous les régimes des présidents Abdoulaye Wade et son prédécesseur, Abdou Diouf. Sous le régime wadien, c’est certainement le conflit qui a opposé Landing Savané et son ex-N°2, Mamadou Diop Decroix et qui a abouti à la dislocation d’And Jef/Parti africain pour la Démocratie et le Socialisme (Pads) qui a retenu le plus l’attention. S’agissant du régime socialiste, on peut citer entre autres, l’exclusion avortée en 1985 de Me Abdoulaye Wade Parti démocratique sénégalais (Pds) par Serigne Diop alors numéro2 et la démission du Pds le 11 juin 1998 d’Ousmane Ngom pour soutenir le candidat du président Diouf en 2000 pour ne citer que ces cas.

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