DIX ANS DU SAMUSOCIAL SENEGAL EN QUELQUES CHIFFRES 650 enfants retournés en famille de façon « durable »

En dix ans de présence au chevet des enfants de la rue, le Samusocial Sénégal dresse un bilan en quelques chiffres de ses activités sur le terrain de l’urgence humanitaire.Causerie_enfants_rue_1

En effet, selon Mme Isabelle de Guillebon, sur environ 10 à 15 mille enfants de la rue répertoriés dans Dakar et sa région, au bout de la chaine en dix ans Samusocial Sénégal «a sorti de la rue de façon durable 650 enfants. Et j’insiste beaucoup sur le retour en famille de ces 650 enfants sur le mot ‘’durable’’ parce qu’on pourrait en ramener beaucoup plus. Il y a des gens qui font ça, qui annoncent: «cette année on a ramené chez-eux 500 enfants». 499 sont retournés dans la rue 15 jours après».

Pour la Directrice du Samusocial Sénégal, c’est tout l’accompagnement et le suivi post retour en famille qui est important pour s’assurer de la stabilité de ce retour en famille. «Quelques fois on nous dit: «vos chiffres ne sont pas aussi important par rapport au problème». Je dis oui, mais nous ce qui nous intéresse, c’est la qualité du retour avec un vrai projet pour l’enfant dans sa famille ou quelques fois, vraiment quand il y a zéro possibilité, auprès d’un centre partenaire qui prendra en charge l’enfant dans la durée: scolarisation, apprentissage de métier, etc. Ce qui nous intéresse c’est la pérennité du retour en famille mais pas le retour en soi».

Aussi, l’Ong a fait plus de 3.219 maraudes, avec 4.592 enfants répertoriés et 77.642 appuis nutritionnels donnés en rue. Il y a également 125.279 repas qui ont été distribués dans le centre, 26.743 prises en charge individuelles dont 18.895 soins médicaux, 6.381 entretiens sociaux et psychologiques. A cela s’ajoutent 1.697 hébergements et 1.067 accueils de jours. Seulement, même si ce résultat est «énorme», Mme Isabelle de Guillebon reconnait que l’ampleur de la tâche est telle que les Ong ne peuvent pas résoudre le problème des enfants dans les rues. «Il faut arrêter de penser que la dizaine d’associations, je veux dire d’Ong sérieuses, qui font du travail de qualité, va résoudre le problème.

Les Ong comme la nôtre, qui colmatons, faisons ou essayons de faire du bon travail avec des moyens extrêmement limités, de petites Ong avec de petits centres d’accueil qui font ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord, doivent être là exceptionnellement. L’ampleur du problème est tel que ce n’est pas à nous de résoudre le problème. On est incapable de régler le problème», car la prévention en amont n’existe pas, le développement économique, la croissance démographique ne sont maîtrisée.
Quitter directement la rue pour la famille, c’est l’échec assuré…

A en croire la Directrice de Samusocial Sénégal, ce travail nécessite tout un préalable. En plus des moyens, il faut procéder à la stabilisation pour aider l’enfant à reprendre ses repères, faire confiance au monde adulte qui l’a maltraité. Bref, tout un travail nutritionnel, médical, psychologique, et social pour retrouver le rythme, l’éveil, le sommeil, respecter les autres, manger trois repas par jour, jouer, etc. Les équipes mobiles d’aide d’urgence à ces exclus de la société, psychiquement qui n’ont pas l’idée de demander de l’aide, sont composées d’un coordinateur social, un chauffeur animateur et un médecin. Et «le maximum de traitement qui sont social, psychologie, parce que notre psychologue va régulièrement en maraude, et médical et nutritionnel, est administré en rue, en principe notre travail s’arrête là».

Pour ce qui est des pathologies qui ne peuvent être traitées en rue, les enfants sont transférés dans le centre où il y a aussi tout l’accueil médical avec un cabinet médical agréé par le ministère de la santé, tout comme les soins médicaux en rue.«Ce qui est important c’est que nous, nous sommes dans l’urgence dans la rue, l’extrême post urgence. Il n’est pas possible de quitter directement la rue pour la famille. Ce n’est pas possible, c’est l’échec assuré. Il y a un préalable, la mise en confiance de l’enfant, la rééducation et autres prises en charge, avant tout retour en famille ou proches parents. Et une grande chance pour le Sénégal et l’Afrique c’est que la famille c’est au sens large. Donc si les parents biologiques sont maltraitants, incestueux, violents, ne veulent pas réaccueillir leur enfant, on a pratiquement toujours quelqu’un dans la famille élargie qui comprend et s’en occupe».
L’Etat invité à se substituer aux Ong dans la rue

En somme, tout ce travail se fait en étroite collaboration avec les ministères de la Justice (tribunaux pour enfants), de la Santé et de la Famille et la Présidence de la République. Et pour ce qui est retour en familles pour la catégorie d’enfants qui souhaitent être accompagne dans leur projet de sortie de la rue, c’est avec les AEMO,la gendarmerie nationale «qui est un excellent partenaire et qui connait bien les localités dans les régions. On est même en très bonne intelligence avec les forces de l’ordre de la Gambie aussi quand on va là-bas»

D’ailleurs, l’Etat vient d’offrir un véhicule neuf à l’Ong pour les maraudes, le camion médical a été inauguré la semaine dernière. «Maintenant ce que j’aimerai c’est pousser l’Etat dans ses retranchements à plus de volonté politique. C’est avec la présence de l’Etat, l’application des lois et le financement de l’Etat plus que le financement d’Ong privés qui peuvent être là pour le transfert de compétences, peut-être, l’accompagnement, qu’on pourrait venir à bout de ce problème».
A titre d’exemple, le Samusocial de Paris, un Groupement d’intérêt public (GIP) créé il y a 20 ans, est fiancé par l’Etat, la région et la ville. En revanche le Samusocial international dont dépend celui du Sénégal est une Ong: le Samusocial de Bruxelles est financé par la ville, le Samusocial de Casablanca par le roi. Au Sénégal, même si il a un statut d’Ong, il y a la possibilité d’un partenariat public-privé partant du type de service offert par cette organisation.

Cela suppose des appels à proposition pour inviter l’Etat à participer. «C’est exactement ma démarche actuelle mais aussi pour garantir la pérennité du Samusocial Sénégal parce qu’aujourd’hui on est dans une situation financière extrêmement dramatique. On va être en déficit budgétaire pour la première fois en dix ans à la fin de cette année. Et avec la crise économique, les bailleurs de fonds, sont plus demandeurs, l’Union européenne (UE) en particulier, d’accompagnement de développement des compétences beaucoup plus que de prise en charge direct».

Ce qui complique la situation c’est «qu’on peut faire l’accompagnement, le développement de compétences qu’on veut, mais si on ne peut pas faire de prise en charge, on a plus de matière. C’est la prise en charge qui fait qu’on est compétent. Et là, AFD, UE, les grands bailleurs de fonds qui nous soutiennent, sont plus dans cet axe là, parce ce que c’est des stratégies internationales d’aide au développement basées beaucoup plus sur le transfert des compétences de manière schématique que sur les prises en charge. Mon rêve c’est que l’Etat participeau minimum 50%, donc on va avancer petit à petit pour aller dans ce sens. C’est le message qu’on veut faire passer au plus haut niveau en cet anniversaire», lance la Directrice.

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