Documentaire – Projection du film Le Joola, l’ancre du souvenir : Pour un devoir de mémoire

Bateau Le JoolaLe cinéclub de la Fondation Konrad Adenauer reprend de plus belle après une pause durant les vacances d’été. Pour cette rentrée, le film Le Joola, l’ancre du souvenir était à l’affiche.

Ainsi sur 52 minutes, Pape Moctar Sélane, le réalisateur, revient sur le drame du naufrage du Joola survenu le 26 septem­bre 2002 au large des côtes gambiennes… Pour, dit-il, instaurer le devoir de mémoire.

Pourquoi les autorités, informées à 00h, ont attendu jusqu’à 08h pour enclencher les opérations de secours ?

Qui est responsable de ce drame ?

L’Etat cache-t-il la vérité en achetant à hauteur de 10 millions le silence des familles des victimes ?

Ces interrogations taraudent l’esprit après avoir regardé Le Joola, l’ancre du souvenir. Ce documentaire retrace la chronologie de ce qui est considéré comme la plus grande catastrophe maritime civile avec près de 2 000 morts. Le film donne la parole aux rescapés qui narrent dans les moindres détails des faits qui ont conduit à cette perte.

C’est un secret de polichinelle que de dire que les moteurs du bateau étaient défectueux au moment où il quittait le port de Ziguinchor. Pourtant, l’ex ministre des Forces armées, Youba Sambou, soutient que toutes les conditions de navigabilité ont été remplies.

Ainsi, l’on se demande dans ce cas, pourquoi laisser Le Joola quitter le port de Ziguinchor, quand on sait que le bateau s’était incliné à tribord ?

Youba Sambou parle d’un mauvais rangement des bagages. Ce qui contraste avec la version d’un rescapé qui témoigne que le commandant du bateau avait, à ce moment-là, informé la tutelle et avait manifesté sa volonté de ne pas embarquer. 

Au large des côtes sénégalaises, chaque mouvement des vagues contribue à incliner davantage le bateau, informe un rescapé. Vers 00h, Le Joola avait pris une posture qu’il était impossible de le redresser.

L’effet des vagues a fini d’incliner totalement le bateau à tribord. D’après les rescapés, à cet instant les passages qui avaient payé 3 500 francs et qui étaient assis à même le sol à bâbord ont commencé à glisser. Ils ont rejoint ceux qui étaient à tribord. C’est le début du drame. Les cris de détresse étaient insoutenables.

Les autorités informées à cette heure ont brillé par le silence. Youba Sambou dit n’avoir reçu l’information «officiellement» que le lendemain à 8 heures. Cependant, les secours arrivent sur les lieux à 17h. Pourquoi attendre autant de temps pour agir ? Cette interrogation ne sera pas éclairée. 

Mariama Diouf, la seule rescapée, raconte son calvaire. «Je suis traumatisée. Chaque jeudi et vendredi, je revis dans les moindres détails la scène», explique-t-elle. Au moment du drame, le Président de l’époque, Me Abdoulaye Wade, était à l’étranger.

A son arrivée, en fin stratagème, sentant l’exigence du Peuple de connaître la cause, Wade apaise la population et déclare : «L’Etat est le seul responsable.» Dès lors, l’opinion s’attend à une procédure judiciaire pour trouver les responsables moraux.

Le commandant sera pointé du doigt par une enquête, mais ayant disparu, l’affaire est classée sans suite. A l’époque, la crise en Casamance était sur le point de connaître un dénouement heureux et l’Etat ne pouvait pas se permettre d’enclencher une procédure judiciaire au risque de réveiller l’esprit nationaliste.

A cet effet, 10 millions de francs Cfa ont été proposés à chaque famille des victimes pour acheter leur silence. En somme, l’Etat ne voulait pas que la justice s’en mêle. Que cachait-il ? 

Un juge français a essayé d’en savoir plus, mais il s’est heurté au statut de diplomates des dirigeants sénégalais.     

Haïdar el Aly, un des secouristes voulant renflouer le bateau, a obtenu l’aide de l’Union européenne. Mais il est aussi tombé sur des autorités qui n’ont pas voulu donner suite à cette demande.

Le Joola, l’ancre du souvenir plonge le téléspectateur dans une tristesse profonde. 1 500 corps ont été laissés à l’abandon dans la mer. Ce qui a poussé Joseph, étudiant en géomantique, à crier son dégoût concernant la gestion de l’Etat. «Le mot responsabilité était récurrent dans le documentaire. Je ne vois pas pourquoi l’Etat a agi de la sorte.» En attendant de trouver une réponse à cette question de Joseph, Le Joola est toujours dans les eaux avec son chapelet de secrets.

Malick GAYE
Stagiaire  

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