Donald Trump proche d’un revirement majeur sur l’Iran

July 12, 2017 - Washington, DC, United States: U.S. President Donald Trump shouts as he walks with his wife Melania to Marine One while departing from the White House. President Trump is traveling to France where he will meet with the president and will attend Bastille Day events on Friday. (Polaris) © PHOTO NEWS / PICTURES NOT INCLUDED IN THE CONTRACTS ! only BELGIUM ! *** local caption *** 05912349

Donald Trump proche d’un revirement majeur sur l’Iran

Le président américain doit dire au Congrès, la semaine prochaine, si l’accord sur le nucléaire avec l’Iran est conforme aux « intérêts de sécurité nationale ». Il a toujours assuré que cet accord était le « pire » jamais conclu par Washington.

A quoi Donald Trump joue-t-il ? Recevant jeudi 5 octobre au soir de hauts responsables militaires des Etats-Unis pour un dîner de prestige à la Maison Blanche, le président a eu cette phrase énigmatique en posant avec ses invités devant la presse :

« C’est peut-être bien le calme avant la tempête. » « Vous verrez », a-t-il appuyé, vendredi, répondant aux interrogations sur le sens de sa formule, énoncée quelques jours seulement avant qu’il annonce une décision très attendue à propos de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015.

Tout porte à croire que le président des Etats-Unis refusera la semaine prochaine de certifier au Congrès que cet accord est conforme aux « intérêts de sécurité nationale » du pays, comme il est tenu de le faire tous les quatre-vingt-dix jours. Sans être démentie par la Maison Blanche, la presse américaine ne cesse d’avancer cette perspective, qui ouvrirait une période de grande incertitude.

L’ambition de l’aile dure républicaine

M. Trump a toujours assuré que l’accord négocié par son prédécesseur démocrate, Barack Obama, avec les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) et l’Allemagne était le « pire » jamais conclu par Washington.

Le Parti républicain, qui partageait à l’époque cet avis, avait imposé au président cette procédure de certification, appliquée deux fois par M. Trump depuis son élection. Elle stipule qu’en cas d’avis négatif, soit parce que l’Iran viole l’accord, soit parce que la levée des sanctions qu’il a entraînée est jugée non « vitale pour les intérêts de sécurité nationale des Etats-Unis », le Congrès dispose d’une période de soixante jours pour se prononcer. Il peut maintenir le dispositif en l’état ou, au contraire, réimposer unilatéralement les sanctions.

Selon les sources internes à l’administration citées par la presse américaine, M. Trump prendrait ses distances avec l’accord, sans pour autant inciter le Congrès à renouveler immédiatement des sanctions qui le feraient alors voler en éclats, à l’initiative des Etats-Unis.

Reçu jeudi à la Maison Blanche, l’un des « faucons » les plus déterminés du Congrès sur l’Iran, le sénateur républicain de l’Arkansas, Tom Cotton a déclaré devant le Council on Foreign Relations, mardi, qu’« il n’y a aucune raison pour laquelle nous ne devrions pas donner du temps à la diplomatie pour travailler ».

Combien de temps et pour quel objectif ? Mardi, tout en assurant que la véritable menace représentée par l’Iran réside non pas « dans ses armes », mais « dans la nature du régime », Tom Cotton n’a pas fait mystère de l’ambition de l’aile dure républicaine : renégocier l’accord pour le rendre encore plus contraignant. Une gageure, compte tenu des fins de non-recevoir déjà réitérées par l’Iran, tout comme par les alliés européens de Washington.

Pour l’Europe, la Chine et la Russie le contrat est respecté

Ces derniers lisent en effet cet accord d’une tout autre manière que l’administration américaine. Lorsque Donald Trump assure, comme il l’a encore fait jeudi, que les Iraniens « n’ont pas respecté » son esprit, il fait référence à une unique phrase d’un texte très technique qui court sur 110 pages. Cette phrase qui figure dans son introduction, stipule que les signataires « anticipent que la mise en œuvre intégrale » de cet accord « contribuera positivement à la paix et à la sécurité régionale et internationale ».

En dénonçant, comme ils le font, les activités jugées subversives de l’Iran au Moyen-Orient, de même que la poursuite de ses essais balistiques présentés comme défensifs par Téhéran, pour qui il s’agit d’une contrepartie à ses concessions sur le nucléaire, les Etats-Unis tentent de relativiser la portée des résultats obtenus depuis 2015.

Washington insiste d’autant plus sur ces autres points que l’accord est respecté, comme l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui le supervise, ne cesse de le confirmer. Pour les Européens, comme aussi pour la Chine et la Russie, cet accord n’a jamais eu d’autre objectif que de stopper les activités nucléaires controversées de l’Iran. Ils estiment donc que le contrat est pour l’instant rempli.

La lecture radicale américaine est également défendue aux Nations unies par l’ambassadrice Nikki Haley. C’est elle qui, la première, a esquissé, au début de septembre, la piste d’une non-certification qui permettrait à M. Trump de tenir une de ses promesses de campagne en se défaussant sur le Congrès, à qui il reviendrait d’endosser la responsabilité d’une crise majeure. Mais elle n’est pas partagée par tous au sein de l’administration.

Mattis à contresens

Interrogé mardi au cours d’une audition par le sénateur indépendant Angus King (Maine), sur la question de savoir s’il est « dans [l’]intérêt national » des Etats-Unis « à l’heure actuelle de rester dans l’accord », le secrétaire à la défense, James Mattis, a répondu : « Oui, sénateur. Je le pense. »

Ecarté par l’administration Obama de la direction du CentCom, la direction régionale chargée du Moyen-Orient, pour ses vues jugées trop hostiles à l’Iran, l’ancien général peut difficilement être accusé de complaisance. Lors de la même audition, le chef d’état-major, Joseph Dunford, a confirmé que Téhéran applique bien l’accord.

Les Européens ont souvent essayé de relativiser l’enjeu de la certification en expliquant qu’il s’agissait d’une « question de politique intérieure américaine ».

En devenant un enjeu intérieur, elle pourra pourtant rapidement échapper à tout contrôle. Il serait en effet difficile pour le courant modéré républicain de résister longtemps à la pression d’une aile droitière alignée par ailleurs sur les positions intransigeantes israéliennes.

Cette aile dure ne se priverait pas d’accuser ses contradicteurs de protéger un legs diplomatique de M. Obama. L’ancien président a d’ailleurs été mis en cause à dix-neuf reprises, mardi, par le sénateur Cotton.

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