Donald Trump, un Jean-Marie Le Pen à l'américaine ?

France's far-right National Front (FN) founder and honorary president Jean-Marie Le Pen gestures as he delivers a speech, on May 7, 2014, during a FN campaign meeting in Grenoble ahead of the European elections on May 22-25. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD / AFP / JEFF PACHOUD

France's far-right National Front (FN) founder and honorary president Jean-Marie Le Pen gestures as he delivers a speech, on May 7, 2014, during a FN campaign meeting in  Grenoble ahead of the European elections on May 22-25. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD / AFP / JEFF PACHOUD
France’s far-right National Front (FN) founder and honorary president Jean-Marie Le Pen gestures as he delivers a speech, on May 7, 2014, during a FN campaign meeting in Grenoble ahead of the European elections on May 22-25. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD / AFP / JEFF PACHOUD

Eloignés par les parcours, mais voisins par leurs styles et leurs électeurs. Comparatif de deux trublions de la politique.

L'Obs

Mêmes aimants à médias, mêmes bêtes de scènes, mêmes outrances… Donald Trump est-il un cousin politique de Jean-Marie Le Pen ? Avec le soutien qu’il lui a apporté, le 28 février, le fondateur du Front national (FN) n’en est pas à son premier point de raccord avec le favori de la primaire américaine du parti républicain.

Tout les sépare du point de vue de leur carrière : le premier, outsider, est homme d’affaires. Le second, insider, est un dinosaure de la politique. Mais, au moins sur le plan du style, les différences sont plus étroites. “Si l’on s’en tient à l’attitude des deux hommes, faite de provocation, de langage outrancier et de refus du politiquement correct, il y a effectivement des similarités”, observe pour le FigaroVox la juriste Anne Deysine, spécialiste des questions politiques aux Etats-Unis.

Qui ressemble à qui ? Comparatif entre deux “grimpeurs” hors normes, qui usent de ficelles proches dans leur percée électorale.

1Des bêtes de spectacle

A l’instar du Menhir, Donald Trump est accro aux meetings de campagne. Incontrôlable sur scène, l’histrion fait le clown. En parfum capiteux auprès des foules, ses meetings sont des événements-spectacles : écrans géants, pancartes, autocollants “Trump 2016”, drapeaux tricolores, mains géantes en mousse…

Toujours à l’aise sur le ring, Le Pen se dope lui aux estrades depuis les années 1980. Il tient à être théâtral. Le chef de file de l’extrême droite détone, en 1984, lorsqu’il se met à entonner du Yves Montand à son arrivée sur scène. “Ses idées scéniques sont empruntées pour certaines à des hommes du spectacle”, remarque une journaliste du blog “Derrière le Front”.

Quatre ans plus tard, il fait vibrer le stade Vélodrome de Marseille, archi-comble, où 30.000 supporters viennent l’écouter. “Le Pen est une bête de scène invraisemblable”, rapporte alors Lorrain de Saint Affrique, son conseiller en com’ de l’époque.

2La rhétorique outrancière

Ou ledit “franc-parler”. Leurs sorties outrancières, qui font de bons appâts à médias, constituent leur marque de fabrique. Volontiers insultant, Trump traite son adversaire Ted Cruz de “tapette”, “menteur” et de “tocard”. Comme d’ailleurs la plupart de ses opposants.

Pas moins virulent, l’eurodéputé frontiste verse lui aussi amplement dans l’invective : en janvier 2015, il taxe Claude Bartolone de “faux-cul” et de “vraie vulve”. Aux législatives de 1997, il jette un “pédé” à la figure d’un opposant venu en découdre – un moment gravé dans les archives d’internet.

3Le racisme

Qu’ils révèlent sans ambages. L’un (Le Pen) croit à “l’inégalité des races, c’est évident, toute l’histoire le démontre”. L’autre (Trump) déverse un racisme à peine voilé : “un nombre de crimes violents dans nos principales villes sont commis par les Noirs et les Hispaniques”. Selon un de ses anciens collaborateurs, Trump lui aurait déclaré :

Je déteste l’idée que des Noirs comptent mon argent ! Les seules personnes que je veux voir compter mon argent sont des hommes petits portant la kippa tous les jours.”

En conséquence, tous deux empilent des vues radicales sur l’immigration. Le 7 décembre 2015, le milliardaire new-yorkais prône l’arrêt complet de l’accueil des musulmans sur le sol américain, jusqu’à ce qu’on “comprenne ce qui se passe” avec l’islam. Dès 1988, bien avant Daech, Le Pen surfe sur le même créneau : il préconise “d’inverser le courant de l’immigration et de les faire [les immigrés] rentrer dans leur pays d’origine”.

4La persévérance dans la provoc’

A l’image de son admirateur français, “The Donald” assume ses dérapages. Même les plus borderline. Le 28 février, il relaye sur Twitter une citation du dictateur fasciste Benito Mussolini. Sous des tirs de critiques nourris, il ne se désarçonne pas, et affirme que “c’est une très bonne citation” sur NBC.

5Des partisans “du peuple”

“Des deux côtés, ce sont les mêmes colères et frustrations qui motivent les électeurs”, analyse auprès de “l’Obs” François Durpaire, coauteur de “Les Etats-Unis pour les nuls”. Notamment quand leurs candidats se défoulent contre les élites. Farouchement anti-establishment – même s’il trempe dans les milieux économiques -, le milliardaire américain tacle les notables, qu’il juge “stupides”, et se réclame constamment du peuple. “La majorité silencieuse est avec Trump”, balance-t-il, le 9 février, en tournée le New Hampshire.

Du côté du FN, le fondateur a toujours axé la communication du parti sur le “fossé” qui sépare le peuple de ses représentants. Clef du voûte du discours populiste, il dénonce “l’établissement politicien” contre “le “peuple français”, dont il connait supposément les aspirations. Pour François Durpaire :

Trump vise les électeurs “col bleu”, les “poorly educated”, qui n’ont pas de diplôme ou le niveau de diplôme le plus bas, et qui recoupe l’électorat de base du FN. Même cheminement ensuite : le FN et Trump commencent sur une base très populaire, qui va s’élargir sur des électorats différenciés.”

“Suivant qu’ils vont chercher les commerçants ou les ouvriers, le programme économique s’adapte, et fait variable d’ajustement. Tous les deux ont une absence d’orthodoxie idéologique”, analyse François Durpaire.

6Leaders d’une dite troisième voie

Après la chute de l’URSS et des scores électoraux du Parti communiste, le FN tente d’incarner une troisième voie au PS et au RPR. Le Pen grappille alors plus de 15% des suffrages à la présidentielle de 1995. Le 21 avril 2002, il se case au deuxième tour. Pour le spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus, le président d’honneur du FN a “réussi à imposer une forme de tripartisme sans équivalent depuis 1945”.

Bien que Trump ait sa carte chez les républicains, le journal d’opinion le “Daily Beast” note qu’il “monte à la manière d’un candidat d’un troisième parti, d’extrême droite”. Le phénomène Trump déplace le barycentre de la vie politique américaine qui, à l’accoutumée, balance entre démocrates et républicains. Prophétique, le “Daily Beast” explique :

Le Tea Party [courant de droite extrême du parti Républicain] a initié cette transition, et la campagne de Donald Trump pourrait être la dernière pièce du puzzle.”

7Des tribuns

Tribun hors pair, Le Pen est un animal politique charismatique. Dans le documentaire “Le Pen : une affaire de famille”, le ténor de l’extrême droite l’affirme : “Je suis un chef naturel”. Ce qu’appuient son entourage comme ses compagnons de route.

 

Un trait qui sied aussi à l’Américain, perçu par ses fans comme un chef doté d’un sens du leadership. A ce titre, le propos de l’un de ses partisans, sur la chaîne câblée MSNBC, est emblématique : “Il a une aura. C’est un homme d’affaire incroyable. Je pense que s’il dirige le pays comme il dirige sa société, on serait en bonne forme.”

8Fascistes ?

“Fasciste”, leurs adversaires ont beaucoup cette épithète à la bouche. Le Pen l’a expérimenté tout au long de sa carrière politique. Trump en est suspecté par une tranche de la flotte médiatique américaine. Faux procès ? “Voir en Le Pen un émule de Mussolini ou d’Hitler, c’est non seulement une erreur mais une perte de temps”, observait pourtant, en 2003, l‘historien du fascisme Pierre Milza. Son acolyte Serge Berstein formule,dans “l’Obs”, un pareil diagnostic pour son cousin américain :

On a du mal à voir ce qui, chez Donald Trump, pourrait évoquer un fascisme de ce type.”

9Fortunés

De famille modeste (à l’inverse de Trump), Le Pen a fait fortune en devenant le seul exécuteur testamentaire du géant du ciment Hubert Lambert. A sa mort en 1976, son généreux mécène lui lègue 30 millions de francs.

Côté Trump, le trublion a récupéré un million de dollars, un cadeau de son père pour amorcer sa carrière. Les investissements opportuns dans bâtiment propulsent ce magnat de l’immobilier à la 121eme place du classement “Forbes” des personnes les plus riches des Etats-Unis. Proche des ouvriers par le discours, mais loin par le patrimoine.

10Le goût de la violence

Longtemps, Le Pen a prôné la légitimité de la torture. En 1987, alors lui-même suspecté de ce type de supplices au cours de la guerre d’Algérie, l’octogénaire affirmait au “Monde” : “S’il faut torturer un homme pour en sauver cent, user de violences pour découvrir un nid de bombes, la torture est inévitable”. Sur le terrain, il a eu ses éclats de violence : “Je n’ai jamais eu peur d’un homme, ni même de plusieurs”, va-t-il jusqu’à dire à France 2.

Moins belliqueux, mais pas moins trash, Trump lâche sur Fox News que pour combattre “les terroristes, il faut kidnapper leurs familles”. Il se prononce aussi pour l’usage de la torture appliqué à ceux qui conspirent contre la nation, et notamment l’usage de la simulation de noyade. Lors d’un meeting à Seattle, il insinue qu’il faudrait menacer physiquement des activistes de l’association Black Live Matters, qui l’ont chahuté : “Peut-être qu’on aurait dû les malmener”. Un leader d’extrême droite n’aurait pas mieux dit.

Paul Conge

Une situation qui fait écho au barouf causé par le ténor du Front, lorsqu’il cite, en 2012, un poème de Robert Brasillach, collaborateur avec l’occupant nazi. Le Pen avait récidivé lui aussi, à l’antenne de Radio France.

L'Obs
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/elections-americaines/20160302.OBS5679/donald-trump-un-jean-marie-le-pen-a-l-americaine.html#xtor=EPR-1-[ObsActu8h]-20160315

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