D’où viennent les accusations contre la Russie qui soutiendrait des indépendantistes?

Aucune rencontre avec Moscou n’étant prévue pour le moment, la Catalogne compte toutefois sur des conseils russes concernant l’avenir de son indépendance, a annoncé Carles Puigdemont. Mais de telles déclarations ne font-elles pas naître des hypothèses sur une ingérence prétendue de la Russie dans les affaires intérieures de l’Espagne?

Juste après le référendum d’autodétermination en Catalogne, la presse espagnole, plus particulièrement El Pais, La Razon ou La Vanguardia, ont publié des articles affirmant que Moscou soutiendrait le mouvement indépendantiste en Catalogne en vue de déstabiliser l’Europe. Cette «voix de la vérité» et ces révélations «sensationnelles» par quoi ont-elles été dictées? Il paraît que leurs racines ne sont pas à chercher en Russie mais ailleurs, et en voici un exemple. Réfléchissant sur l’indépendance éventuelle de la région un an après la tentative de sécession de la Catalogne, l’ex-chef du gouvernement catalan a indiqué à Sputnik que la Catalogne espérait avoir les conseils russes dès qu’elle demanderait la reconnaissance de la communauté internationale. Pourtant, aucun rendez-vous avec Moscou n’a pas été fixé, a précisé Carles Puigdemont.

«Bien entendu, tous les conseils nous seront utiles. Dès que la Catalogne demandera à être reconnue par la communauté internationale, l’opinion de la Russie sera très importante dans le monde où elle joue un rôle important. Parce que nous sommes Européens. Et pour nous, l’opinion de la Russie est très importante. Et non seulement pour nous, les Catalans, mais pour toute l’Europe», a-t-il déclaré.

Selon Carles Puigdemont, il ne souhaite pas encore rencontrer des représentants des autorités russes, mais il ne l’exclut pas dans l’avenir.

Rappelons qu’avant le référendum en Catalogne, le quotidien espagnol El Pais a publié deux articles accusant des médias russes, et notamment Sputnik, RIA Novosti et la chaîne de télévision RT, de couvrir les événements en Catalogne de manière partiale et de diffuser des fausses informations.

Réagissant à ces publications, l’ambassadeur espagnol en Russie, Ignacio Ybanez, a déclaré que rien n’attestait l’hypothèse sur l’implication de Moscou dans le fonctionnement des sites internet consacrés au référendum d’indépendance catalan.

L’ambassadeur de Russie en Espagne Youri Kortchaguine a pour sa part qualifié de «complet fouillis» les tentatives d’accuser les médias russes de couverture partiale de la situation en Catalogne, ainsi que de retrouver la «main du Kremlin» derrière la lutte catalane pour l’indépendance. «Ce fouillis est trop désagréable pour que la main de Moscou y touche», a-t-il noté.

Pour mettre les points sur les i, juste après les évènements en Catalogne, Vladimir Poutine s’est dit inquiet pour l’Espagne en exprimant son espoir que «la crise serait surmontée». Le Président russe a néanmoins précisé que «c’était une affaire interne du gouvernement espagnol».

Pourtant, ceci s’est révélé insuffisant et les allégations se sont poursuivies. Dans une interview accordée au journal Latvijas Avize, le ministre letton des Affaires étrangères a déclaré que «le référendum sur l’indépendance catalane était comme un bonbon tombé au sol pour la Russie, qui s’en servait pour semer la discorde au sein de l’UE». Or, Moscou n’a pas tardé à réagir. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a qualifié d’«agrégateur de fake news» le chef de la diplomatie lettone Edgars Rinkevics.

«Un bonbon tombé au sol? Mon Dieu, où dénichent-ils des hommes politiques aussi géniaux, où élèvent-ils ces oiseaux de haut vol», a publié sur Facebook Mme Zakharova.

Par la suite, en novembre 2017, l’agence Bloomberg a relayé une interview avec Mira Milosevic de l’Institut de recherches Elcano, en partie financé par le budget espagnol. L’interlocutrice de l’agence a notamment fait état d’une «campagne de désinformation» sur les réseaux sociaux organisée pendant le référendum catalan et soutenue selon elle par la télévision publique russe.

En réaction, M.Assange a accusé l’agence d’avoir repris sans les avoir vérifié les rapports provenant d’«une entité quasi-publique espagnole».

«La Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne ne parlent pas d’ingérence, et les médias US, UK etc. ont quant à eux affiché une augmentation de 2.000% des publications pro-catalanes. Tout est bien évident», a-t-il écrit sur son compte Twitter.

En même temps, trois ministres espagnols ont évoqué une «piste russe» dans la crise en Catalogne. Ils ont notamment affirmé qu’un grand nombre de messages favorables aux partisans de l’indépendance catalane avaient été publiés par des membres de réseaux sociaux résidant en Russie. Le ministre des Affaires étrangères Alfonso Dastis a accusé «des hackers russes» de déstabiliser la situation en Espagne et dans l’Union européenne.

Son homologue russe, Sergueï Lavrov, a semblé vouloir mettre un terme à toutes ces allégations, qui, il convient de le noter, n’ont pas été confirmées par des faits fiables.

D’après le ministre russe des Affaires étrangère, les accusations d’ingérence dans la crise catalane avancées par Madrid contre Moscou visaient à détourner l’attention des problèmes internes de l’Espagne.

«Cela s’explique aussi par le fait que dans les capitales d’où proviennent ces accusations, que ce soit Madrid ou Londres, il y a de très nombreux problèmes intérieurs non résolus», a déclaré M.Lavrov lors d’une conférence de presse à Moscou.

Selon Sergueï Lavrov, cette «hystérie sensationnelle est organisée pour détourner l’attention de leurs électeurs de l’incapacité à résoudre ces problèmes internes».

Sur fond de ces allégations sur la prétendue ingérence russe dans la situation en Catalogne, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a demandé à Madrid de présenter des preuves avant de lancer des déclarations pareilles qui «n’embellissent pas la diplomatie espagnole». Comme on peut se l’imaginer, en vain, ce qui n’a toutefois pas mis fin aux accusations.

Il importe de souligner qu’alors que la Russie est accusée de soutenir des indépendantistes, le média Radio Svoboda, financé depuis l’étranger, a ouvert une rédaction tchétchène. Ne serait-ce donc pas une tentative d’influer sur l’opinion publique? En outre, il convient de rappeler qu’il existe déjà des rédactions tatares, caucasienne ou encore tataro-criméenne.

Un référendum d’autodétermination s’est déroulé en Catalogne le 1er octobre 2017 avec un taux de participation de 42%. 90% des votants se sont prononcés en faveur de l’indépendance. Le gouvernement et le Tribunal constitutionnel d’Espagne ont jugé le référendum illégal.

Le parlement catalan a proclamé l’indépendance de la région le 27 octobre 2017. Un jour plus tard, le gouvernement espagnol a mis la région sous tutelle, dissolvant le parlement et démettant le gouvernement régional, dont certains membres ont fui en Belgique. Ceux qui sont restés ont ensuite été arrêtés. Plusieurs organisateurs du référendum ont été accusés de séparatisme, dont l’ancien président de la généralité de Catalogne, Carles Puigdemont, qui a quitté l’Espagne.

fr.sputniknews.com

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