Doudou Wade "Karim est un otage politique à Kidal" – (allusion faite à la prison de Rebeuss)

doudou-wadeIl a marqué de sa manière la 11e Législature. Doudou Wade a été le bras droit du régime libéral à l’Assemblée nationale. Dans cet entretien, l’ancien président du groupe parlementaire des Libéraux considére Karim Wade comme «un otage politique à Kidal», faisant ainsi allusion à la prison de Rebeuss où est incarcéré l’ancien ministre d’Etat. Doudou Wa de a aussi botté en touche les arguments du 3e vice-président de l’Assemblée nationale, Moustapha Cissé Lô, qui avait soutenu, dans le cadre de la défense de la proposition de loi visant à porter à 15 le nombre de députés pour constituer un groupe parlementaire, que le Pds avait réduit ce nombre à dix pour permettre à des gens comme Modou Diagne Fada d’avoir  les leurs, à l’issue des Législatives de 2007.

Il  y a  une initiative parlementaire dans le sens de réviser le Règlement intérieur pour faire de telle sorte qu’il faille avoir quinze députés pour constituer un groupe parlementaire au lieu de dix, soit le 1/10 des membres de l’Assemblée nationale. On dit que vous aviez rompu d’avec cela rien que pour permettre à Modou Diagne Fada de créer un groupe parlementaire après les élections législatives de 2007. Qu’en est-il ?

Je voudrais balayer le mensonge et rétablir la vérité. Le système de communication du Parti démocratique sénégalais ne repose pas sur six cents débatteurs ou sur le fait de venir dans les radios et les télévisions pour injurier les gens. Nous sommes en face d’un régime  qui a comme outil le mensonge d’Etat. J’entends par mensonge d’Etat, devant l’incapacité de faire avancer ce pays, on ne fait que mentir. D’abord, pour le fait d’avoir dix députés pour constituer un groupe parlementaire, Moustapha Cissé Lô a dit que c’était pour permettre à Modou Diagne Fada d’avoir un groupe. Je vous fais lecture du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale de mai 2002. A ce que je sache, en 2002, Modou Diagne n’était pas à l’Assemblée nationale mais dans un gouvernement de la coalition Sopi. Pour la première fois qu’il est allé dans un groupe dans le cadre de la coalition Waar-wi, c’était aux Législatives de 2007. Le Règlement intérieur de mai 2002 dit : «Les députés  peuvent constituer des groupes parlementaires. Aucun groupe ne peut être composé de moins de dix membres».

Donc, le 3e vice-président de l’Assemblée nationale dit des contrevérités. Maintenant, il faut rétablir la vérité. Je vous  donne lecture du Règlement intérieur de mars 1998. A l’époque, il fallait avoir le 1/10 de l’Assemblée nationale. Depuis 1960, la création d’un groupe parlementaire obéissait à un pourcentage de l’effectif de l’Assemblée nationale.

Nous avons désaffecté le pourcentage pour donner un nombre. La raison était simple. Nous venions de sortir d’élections législatives. De ces élections, nous avions des listes qui sont arrivées parmi lesquelles celles de l’Alliance des forces du progrès (Afp), du Parti socialiste et de non-inscrits. Aucun groupe, ni liste, sauf celle de la coalition Sopi, n’avait le 1/10 de l’effectif de l’Assemblée nationale pour constituer un groupe parlementaire. Alors, était-il normal pour Abdoulaye Wade et son régime, après tant d’années d’opposition, de venir à l’Assemblée et de réduire le Parti socialiste (Ps), qui représentait un symbole dans le pays, à ne pas avoir un groupe parlementaire, bien que le  suffrage en avait décidé autrement.

Pour des raisons de démocratie, de dialogues et d’échanges politiques, il fallait que le Ps ait un groupe parlementaire. C’est ainsi que nous avions modifié des dispositions du Règlement intérieur si bien que, pour constituer un groupe parlementaire, il faut avoir au moins dix députés. C’est ainsi que Ousmane Tanor Dieng était devenu le président du groupe parlementaire socialiste avec comme vice-président Pape Babacar Mbaye. Et Madieyna Diouf était le président du groupe des Progressistes avec comme vice-président Me Abdoulaye Babou. C’est ça la vérité.

 Soupçonnez-vous donc que la majorité actuelle ne veuille plus d’échanges contradictoires à l’Assemblée nationale ?

Il appartient à ceux qui s’intéressent aux débats de l’Assemblée nationale de tirer la conclusion entre la démarche de Abdoulaye Wade, qui a facilité la création de groupes parlementaires et ceux qui la rendent difficile. Je vous laisse le commentaire.
Tout ce que je sais est qu’il ne faut pas dire que c’est pour empêcher le parti Rewmi d’avoir un groupe parlementaire. Pour autant, c’est empêcher le Pds d’avoir un groupe. Nous sommes revenus à la situation antérieure avec Abdou Diouf. C’est à dire que si vous ne pouvez pas acheter des députés comme en 1978 avec Senghor, il faut empêcher le Pds et le Rewmi d’avoir son groupe parlementaire. C’est leur responsabilité.

Pour l’animation de l’Assemblée nationale, Mme le Premier ministre a dit, lors de sa Déclaration de politique générale, qu’elle fera tout pour que le gouvernement soit présent devant les députés deux fois par mois. Comment analysez-vous la faisabilité d’une telle volonté ?

C’est du toc. C’est encore des leurres ! Manifestement, le Premier ministre n’est pas informé des dispositions qui régissent l’Assemblée nationale et cela me conforterait qu’elle est un Premier ministre de transition.
Il appartient aux députés de  l’Assemblée nationale de faire respecter leur Règlement intérieur. Quelle est la différence entre le gouvernement sera là deux fois par mois alors que le Règlement intérieur exige que le Premier soit là au moins une fois par mois ? Donc, c’est quelque chose qui existe déjà. On n’a  pas besoin d’y revenir. C’est la loi 2010-04 du 3 mai 2010 qui règle cette question.
Le Premier ministre a une obligation de venir à l’Assemblée nationale et de répondre avec ses ministres aux questions d’actualité  des membres de l’Assemblée nationale, au moins une fois par mois.

A défaut d’avoir le Premier ministre, peut-on se contenter des ministres pour commencer ?

Je dis que le Premier arrive avec ses ministres. Ces derniers répondront aux questions qui les concerneront. On est en train de défoncer une porte ouverte. La disposition existe depuis 2010.

Pourquoi, depuis 2010, le régime  libéral n’a-t-il jamais essayé de concrétiser une telle disposition en faisant venir un Premier ministre à l’Assemblée nationale ?

La question n’est pas là. Ce n’est pas parce que nous ne l’avons pas fait que les autres ne le font pas. C’est parce que nous n’avions pas fait ou les Premiers ministres qui étaient là n’avaient pas voulu faire, mais le texte existe à l’Assemblée nationale. Par exemple, ce n’est pas parce que nous n’avons pas une compagnie maritime que les gens ne doivent pas la créer. Ils ont été élus pour régler ces problèmes. Ils s’étaient engagés à ça en annonçant des ruptures.

En observant le débat budgétaire à l’Assemblée nationale, est-ce que ceci ne manque pas à monsieur Doudou Wade, autrefois président du groupe parlementaire majoritaire ?

Du tout ! Je suis sur autre chose. Je n’ai pas débuté par l’Assemblée nationale. Mes fonctions à l’Assemblée m’ont rattrapé.  C’est terminé. Il n’empêche que je suis obligé de réfléchir sur toutes les questions concernant la Nation.
Je ne reviendrais pas sur le débat budgétaire. Seulement, cette année, le débat est parti sur deux ou trois choses. D’abord, il y a une violation de la loi. Le Règlement intérieur de l’Assemblée exige du gouvernement un débat d’orientation budgétaire au cours de la première session ordinaire de l’année. C’est l’article 3 qui le dit. Ce débat n’a pas été organisé. Le  texte dit qu’il faut l’organiser trois mois après l’ouverture de la session. C’est-à-dire le 11 janvier (cette session est ouverte le 11 octobre dernier), il doit y avoir un débat pour jeter les bases du budget de 2015. Cela fait deux années successives que ça n’a pas été organisé.
Par ailleurs, la loi organique de 2011 portant Loi des finances, suite à la décision No 09 de l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine) nous exige d’avoir un débat d’orientation budgétaire. Ça n’a pas été fait. J’ai vu dans la presse que le budget de la présidence de la République a été diminué de 33 milliards de francs Cfa. C’est archifaux !

En quoi cela est-il faux ?

Je peux vous donner des indications simples. Il a été écrit que le budget de la Présidence est passé de 76 à 43 milliards de francs Cfa. C’est tout à fait le contraire. Le budget de fonctionnement de la Présidence a augmenté. Il est passé de 4 milliards 038 millions en 2013 à 4 milliards 800 millions.
Qu’est-ce qu’ils appellent baisse du budget ? Ce sont les tronçons de l’autoroute à péage pour lesquels les travaux sont terminés. Donc, on ne peut pas leur allouer les mêmes ressources. Cela ne signifie pas baisse.
Vous pouvez le voir à la page 32 du document du budget de la présidence de la République. Entre autres, vous verrez 19 milliards 773 millions en 2013 et zéro en 2014. C’est comme si on vous dit que le budget du ministère de la Jeunesse et des Sports a diminué de 6 milliards cette année. Mais c’est parce que l’année dernière, nous étions en Coupe du monde.

Donc vous n’êtes pas d’accord avec les tenants du régime qui arguent qu’ils ont fait des économies en téléphone et autres, qu’il y a baisse ?

C’est faux ! C’est parce que des travaux sont terminés. Il n’y a plus de projet. C’est de la tromperie, du faux et de l’usage de faux. D’ailleurs, nous allons connaître dans le budget de 2014 une augmentation par ordre de décret d’avance, parce que le secrétaire général du gouvernement s’est engagé avant-hier avec les ministres-conseillers pour procéder à des augmentations de salaires. Et le budget est à l’Assemblée nationale et ne prévoit pas cela. Que faudra-t-il faire ? Il faut signer un décret d’avance.

Est-ce que le Président ne pourra pas le faire avec ses fonds politiques ?

Je ne sais pas. Il lui appartient d’en faire ce qu’il veut. Je pense qu’il les amènera à Fatick.

Vu votre proximité avec le Président Wade, avez-vous de ses dernières nouvelles ?

Il se porte à merveille. Il rentra quand son calendrier le lui permettra. Il a des intérêts quelque part qu’il doit régler. Une fois terminé, il sera là. Il  est maître de son emploi du temps.

Quant à Karim, il est un otage politique à Kidal (allusion faite à la prison de Rebeuss).

biramefaye@lequotidien.sn

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