ECHEC SCOLAIRE : le silence coupable du mouvement parental

Le taux d’échec va crescendo d’année après année, celui d’abandon et de redoublement reste un peu élevé alors que l’environnement scolaire se dégrade. Pas une seule année scolaire sans qu’une catégorie d’acteurs ne vienne dénoncer les contreperformances de l’école publique sénégalaise. Entre autres, il y est dit que le système ne s’en sortira pas si la comparaison se limite aux milliards investis et à la « mise en œuvre » des recommandations des assises nationales.

Le système ne brille pas en termes de résultats : 35,9% au baccalauréat, 52,11% au Bfem, selon le rapport d’analyse des résultats des examens du groupe de travail de la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep), entre 40 et 60% au Cfee. Est ainsi pointée du doigt une école dont les acteurs sont à couteaux tirés. Gouvernement et syndicats d’enseignants se rejettent la responsabilité sur fond de mépris mutuel. Cependant, l’exaspération, au grand dam des élèves, l’exaspération ne semble pas être grande du côté des parents d’élèves. La faiblesse du mouvement parental sur la prise en charge de certaines questions scolaires est notoire. La Fédération nationale des associations de parents d’élèves et l’Union nationale des associations de parents d’élèves du Sénégal ne brillent pas leur mutisme, sur l’échec massif aux évaluations nationales, sur le taux d’abandon et de redoublement et sur l’environnement scolaire qui se dégrade.

Dans le système éducatif sénégalais, on est toujours confronté à des parties prenantes qui montent au créneau pour fustiger la démarche de l’autre. De manière plus récurrente, nous notons des grèves devenues cycliques des syndicats d’enseignants pour exiger la matérialisation des accords signés et enchainer sur des sorties fracassantes. Avec l’argument de la soutenabilité des dépenses publiques, le gouvernement multiplie les rencontres, promet et engage des échéanciers dont le respect est problématique. Victimes innocentes, les élèves sont envoyés en congés forcés. Ils perdent une partie importante sur le volume horaire officiel impactant négativement sur leurs performances. Ce phénomène ne serait-il pas la principale cause de la baisse du niveau des apprenants décriée sur tous les toits ? Dans ce contexte de mépris mutuel entre les deux parties, la confiance rangée aux oubliettes, le système éducatif enregistre des contreperformances.

Après quatre mois de grève des enseignants, le baccalauréat connaît un taux de réussite de 35,9% en 2018 contre 31% en 2017. En attendant les données agrégées, le Brevet de fin d’études élémentaires (Bfem) et le Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) enregistrent des taux qui varient entre 50 et 60%. Selon le rapport d’analyse des résultats des examens du groupe de travail de la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep), le taux de réussite de l’examen national du Bfem est de 52,11% en 2018 contre 45,11% en 2017 et 51,85% en 2016. Pour le Cfee, aucune circonscription académique n’a dépassé la barre de 60% en 2018 : Thiès (51,16%), Saint Louis (58,33%), Tambacounda (50,98%), Kédougou (49,34%), Kolda département (57%), Louga (43,06%) et l’académie de Rufisque (54,14%).

Les indicateurs de 2018 d’une école en décadence confirment la tendance d’un système en échec depuis plus d’une décennie. Le taux d’échec au niveau du Bac (60%) et du Bfem et du Cfee (entre 40% et 50%). Cette situation scolaire désastreuse que tout le monde déplore n’est-elle pas, en partie, de la responsabilité des parents d’élèves ?

Les parents ont-ils démissionné de l’éducation de leurs enfants ? Le contrôle parental dans les écoles et établissements ne constitue-t-il pas désormais un vrai problème ? Quelle part de responsabilité les associations de parents d’élèves ont-elles dans les contreperformances du système éducatif ? La Fédération nationale des associations de parents d’élèves et d’étudiants et l’Union nationale des associations de parents d’élèves du Sénégal constituent-elles des structures légitimes et appropriées pour porter les préoccupations des familles des apprenants ?

Sans chercher loin, la réponse est évidente. « L’implication de la communauté éducative, particulièrement des parents, est un réel problème dans ce pays. Il faut le dire, le système éducatif marche seul, sans une réelle implication des acteurs de la société civile », confie Abdoulaye Fane.

Sans langue de bois, l’argumentaire du Président de l’Unapees prouve à suffisance que les parents d’élèves ont démissionné de l’école. Ils ne se déplacent généralement que pour deux motifs : inscrire leurs l’enfant ou répondre à la convocation des directeurs et chefs d’établissement. Ils s’inscrivent aux abonnés absents lors des assemblées générales ou autres rencontres.

2ème bailleur du système éducatif sénégalais après l’Etat, les parents d’élèves supportent une bonne partie des dépenses l’éducation publique. Donc, ils ont voix au chapitre sur les politiques éducations, même si le secteur est du domaine régalien de l’Etat.

Sans pour autant entrer dans les considérations aériennes sur le suivi des enfants dans les foyers, les commanditaires des services éducatifs se limitent à la participation aux négociations entre gouvernement et syndicats d’enseignants.

Alors que les résultats catastrophiques des examens ont été largement commentés par les acteurs, syndicats, société civile, les structures de parents d’élèves brillent par leur absence. En tout cas, elles ne sont pas positionnées en force d’analyse et de propositions, pour sortir le système de l’agonie.

Le secrétaire général de la Fenapes, Dame Seck, semble relativiser cette donne. « La Fenapes n’enseigne pas. Elle accompagne. Nous nous sommes inscrits dans une logique de la préparation d’une école de réussite », souligne-t-il. Avant de poursuivre son argumentaire en ces termes : « nous avons demandé à l’Etat de tout faire pour avoir des enseignants qualifiés et motivés. Le problème du recrutement, les grèves sont les autres facteurs que nous dénonçons. Quand il y a un constat, notamment la déperdition, nous alertons les décideurs pour que les mesures idoines soient prises ».

L’évaluation du Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet) de 2017/2018 – pas au sens de faire le solde entre le positif et le négatif, selon le ministère de l’Education – fait état des raisons d’un système qui tarde à décoller.

Le déficit du personnel enseignant et l’insuffisance des manuels et matériels didactiques mis à la disposition des élèves et des personnels ont été mentionnés lors de l’évaluation du référentiel de la politique éducative.

Le rapport national sur la situation de l’éducation (Rnse) de 2016 de la direction de la Planification et de la Réforme de l’Education (Dpre) enfonce le clou en notant le manque de services sociaux de base dans les écoles et établissements, notamment l’eau, l’électricité et les latrines, et surtout l’absence de cantines scolaires. La détérioration de l’environnement scolaire et des conditions d’apprentissage favorisent le redoublement et le décrochage précoce dans tous les ordres d’enseignement.

Au niveau de l’élémentaire, le taux de redoublement est passé de 3% en 2013 à 2,79% en 2014 avant d’atteindre 3,90% en 2015. Le taux de redoublement dans le secondaire général a connu une hausse de 4,1 points % en 2012 et 2015 (19,50% contre 23,60%) et une hausse régulière durant toute la phase (21,90% en 2013, 23,10% en 2014 et 23,60% en 2015).

Le taux d’abandon est passé de 7,70% en 2013 à 9,80% en 2015 à l’élémentaire et a connu une hausse de 2,4 points par rapport à l’année de référence – 2012 et 2015 – (11,50% contre 9,10%) au niveau du Moyen.

« Nous avons senti une baisse des résultats scolaires et du niveau des élèves.

C’est une conséquence directe des séries de grèves notées dans le secteur. Sans oublier la question de la prise en charge effective de l’éducation par le gouvernement qui n’en fait pas une sur-priorité », souligne Abdoulaye Fane.

Le Syndicat des inspectrices et inspecteurs de l’éducation du Sénégal (Siens) évalue la grève des syndicats en ces termes : une perte de 168 à 180 heures de février à avril, soit 19 ou 20% du quantum prescrit (standard plancher soit 900 heures) qui s’ajoute ainsi aux 200 à 300 heures traditionnellement perdues du fait de contraintes diverses.

El Cantara Sarr explique : les apprenants capitalisent annuellement un manque à combler de plus 460 heures, soit 51% des 900 heures planchées ou 36% sur la base des 1290 heures instaurées par le décret.

Au terme d’une rencontre des inspecteurs à laquelle les associations de parents d’élèves ont été conviées, Bakary Badiane et Abdoulaye Fané cautionnent la lettre-circulaire relative au réaménagement de deux semaines du calendrier académique. Ce qui a soulevé l’ire de certaines catégories d’acteurs qui estiment que le réaménagement de l’année scolaire manque absolument de pertinence. Il ne permet guère d’assurer aux élèves, notamment des classes intermédiaires, les minimas indispensables en termes de quantum horaire pour la poursuite des études dans des conditions relativement acceptables.

En plus de ces heures perdues dues aux grèves des enseignants, les absences non remplacées d’enseignants sont légion. Le système souffre du taux d’absentéisme des enseignants qui prennent, parfois, – et surtout ceux qui sont dans les zones reculées – des jours pour aller chercher leurs salaires.

Frais d’inscription des examens du Cfee, Bfem : Une hausse mitigée

Autre dossier sur lequel la posture des parents d’élèves a fini par inquiéter les autres catégories d’acteurs, c’est la hausse des frais des droits d’inscription de certains examens nationaux, actée par décret n°2017 – 1402 du 5 juillet 2017 relatif à la création et à l’organisation du fonds d’appui aux examens et concours (Faec).

Il s’agit du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee), le Brevet de fin d’études moyennes (Bfem), le Brevet supérieur de capacité (Bsc), le Certificat d’aptitude pédagogique (Cap) et le Concours de recrutement des élèves-maitres (Crem). A chaque examen, les parents d’élèves vont désormais débourser 1000FCFa pour le Cfee et 2000FCfa pour le Bfem, pour permettre à leurs enfants de subir les évaluations. Le frais du concours des élèves-maitres est de 10 000FCfa. Selon Amadou Ndiaye qui souligne que la qualité de l’offre de service est une exigence, ces frais ont été fixés d’un commun accord entre le ministère et les associations de parents d’élèves.

Le syndicat des inspecteurs y voit une volonté manifeste de l’Etat de « marchandiser » l’éducation et la formation. Pour Mamadou Lamine Dianté, syndicaliste, « en considérant les statistiques de 2017 des effectifs du Bfem et du Cfee, les ménages contribueraient à hauteur de 660.667.000 FCfa au lieu de 165.166.750, soit un effort supplémentaire de 495.500.250 FCfa supportés par les candidats ».

COMITE DE GESTION DE L’ECOLE : Les parents ont un rôle

L’implication de la communauté à la base est une optique toujours soulevée par les autorités et autres acteurs pour améliorer la qualité de l’éducation et la gouvernance du système éducatif. De la Lettre de politique générale sectorielle (Lpgs) Education-Formation, déclinée en un Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet) pour la période 2013-2025, le défi majeur est de responsabiliser fortement les communautés à la base. Il a été relevé que le degré d’appropriation de l’école par les communautés est encore insuffisant. Pour matérialiser cet objectif d’une gouvernance participative et inclusive, les comités de gestion d’école (CGE) ont été mis sur pied grâce à un décret n° 2014 – 904, dans l’option de faire de l’école « une école de la communauté, pour la communauté, par la communauté et dans la communauté ».

Regroupant le personnel enseignant et administratif, les élèves et des membres de la communauté, le CGE a pour but d’œuvrer à l’amélioration de la qualité des enseignements-apprentissages et une gestion participative, équitable, efficace, efficiente et transparente de l’école. Autour d’un projet de développement de l’école, les représentants des associations de parents d‘élèves désignés par leurs pairs sont appelés à jouer pleinement le rôle dans le fonctionnement du CGE. Ils sont invités à formuler des pistes de réflexion sur les défis de l’heure, notamment le niveau des apprentissages des élèves encore assez faible, notamment en lecture et en mathématique, le niveau de formation et de qualification des enseignants encore insuffisant et enfin l’instabilité chronique du système en raison de grèves cycliques d’enseignants et/ou d’élèves.

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