Echos du procès : Echanges de petites phrases entre les parties

La reprise du procès de Karim Wade hier a été une tribune d’attaques et de défense entre les différentes parties. Petites phrases et petits mots rivalisent.

Antoine Diome, substitut du Procureur spécial : «Me Ciré Clédor Ly est capable d’avoir un texte sous les yeux et de vous lire le contraire»

Le Procureur spécial n’a point épargné hier l’un des avocats de la défense parmi les plus perspicaces. «J’aime bien Me Ciré Clédor Ly parce que nous partageons l’amour des questions de doctrine et de jurisprudence.

Mais il y a un talent que je viens de découvrir en lui. Malheureu­sement, il est venu me souffler à l’oreille qu’il a une excuse et il est sorti. Je ne savais pas qu’il est capable d’avoir un texte sous les yeux et de vous lire le contraire.

Nulle part dans les documents qu’il a lus, il est question d’exceptions de nullité. Il s’agit d’obstacles à l’exercice de l’action publique…», relève-t-il.

En effet, dans sa plaidoirie, Me Ly a cité des articles publiés dans une revue juridique appelée Bulletin criminel pour arguer que la cour doit suspendre le procès jusqu’à ce que les pourvois en cassation soient vidés par la Cour suprême.

Réplique de Me Diouf suite à la comparaison avec l’affaire Habré : «Alioune Tine et consorts sont des agitateurs»

Pour justifier le droit à un recours établi par les conventions internationales «supérieures» aux lois du pays, Me El hadji Amadou Sall de la défense a évoqué l’affaire Habré dont la procédure est en cours au Sénégal.

«Les mêmes conventions qui ont permis de juger Habré autorisent un recours à Karim Wade». Suffisant pour que Me El hadji Diouf sorte de son silence pour faire remarquer ceci :

«Pour pouvoir juger Habré, cette disposition internationale a été incorporée dans notre Constitution et nos lois. C’est Cheikh Tidiane Sy, ministre de la Justice, qui avait proposé une modification de la Constitution. La Cour suprême avait été saisie à l’époque par les Alioune et consorts, ces agitateurs. Il leur avait répondu que ces conventions internationales ne sont pas incorporées dans notre droit interne.

Donc, Me Sall se trompe en pensant que le sursis de statuer est possible.»  L’avocat député est revenu à la charge pour qualifier de «stratégie du dilatoire» les nombreuses exceptions soulevées par la défense. Cette réplique lui a valu des huées.

Me Pape Leyti Ndiaye, avocat de la défense : «Me El hadji Diouf est un homme d’esprit»

«Me El hadji Diouf est comme un homme d’esprit. Selon la Bruyère, ’Rire des gens d’esprit, c’est le privilège des sots ; ils sont dans le monde ce que les fous sont à la cour ; je veux dire sans conséquence’’.» Ces propos sont de Me Pape Leyti Ndiaye, membre du pool d’avocats de la défense. L’assistance a réagi par des rires et des bruits d’approbation. Alors que le président de la cour était sur le point de suspendre les plaidoiries, Me El hadji Diouf a supplié de répondre. «Me Pape Leyti Ndiaye est mon jeune frère. Il peut même m’insulter, s’il le veut», dit-il.

Me Baboucar Cissé, avocat de la défense : «Le droit est dur pour Me El hadji Diouf»

«Me El hadji Diouf est venu là nous parler de droit. Je comprends quand on parlait d’incompétence, il somnolait parce que le droit est dur pour lui. Je répète que ce pourvoi en cassation est suspensif en matière pénale. Vous (la cour) avez sept recours devant la Cour suprême. On veut hôter à Karim Wade la possibilité d’organiser sa défense.»

  • Écrit par  Birame FAYE

biramefaye@lequotidien.sn

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