Écrire, c’est résister et agir…

Écrire, c’est résister et agir…
«Continuer à dire ce que l’on croit,
ce que je fais dans mes écrits et dans mes paroles,
c’est ma propre façon de résister»- Edgar Morin

Notre existence dans ce Sénégal crépusculaire est comptée! Aussi controversé et polysémique qu’est «être citoyen», force est de constater que la certitude de notre époque est, en paraphrasant De Saint-Just, que tout le monde veut gouverner à tout prix, personne ne veut être citoyen. Le Sénégal, à l’instar d’autres pays, en pâtit et pourtant le citoyen sénégalais l’interroge encore au lieu de s’interroger lui-même. Là, une curieuse et principielle question s’impose par devoir : de quoi «citoyen sénégalais» est-il vraiment le nom?
Très souvent, dans notre désir ardent de jouir de notre citoyenneté, nous laissons malencontreusement l’écho de l’opinion d’autrui, la crainte des représailles, les liens de dépendances socio-économiques, le dogmatisme religieux et culturel débordant, le diktat du paraître sur l’être, pour ne citer que ceux-là, noyer notre voix et notre force intérieures au point de mettre en péril les «impératifs participatifs et d’agir vitaux» qui devraient nous placer ou nous ancrer au centre des enjeux et des défis pour l’amélioration ainsi que le renforcement de la qualité de notre très difficile survie. Avec une passion acharnée, nous nous rivalisons de modèles de vie significatifs et inspirants tout en foulant aux pieds le sens, la portée et les mérites de leurs enseignements.
Certes, à travers plusieurs combats historiques menés avec succès, nous avons posé des actes et des gestes dignes et justes pour faire en sorte que la réappropriation par exemple du droit de vote soit une banalité dans la conscience collective de chaque citoyen sénégalais. Dire autrement, périodiquement nous Citoyens sénégalais, évaluons l’exercice du pouvoir, décidons de renouveler ou non le contrat de confiance qui nous lie aux gouvernants. Or, tous ces efforts paraissent bien vains aux yeux de certains d’entre nous en ce sens que VOTER a toujours pris les allures, contre toute attente, d’un exercice citoyen perverti qui demeure à la fois confus, décevant et insuffisant. Pire, la plupart des candidats qui courtisent nos suffrages, une fois notre confiance acquise en guise de dépôt, tournent aussitôt le dos à nos réels besoins et aspirations tout en maintenant sans arrêt les facteurs moribonds qui nourrissent notre si ostentatoire parasitisme social.
Aussi, la constitution de groupes d’intérêt pour mieux interagir avec les pouvoirs, la participation des citoyens au processus de démocratie indirecte et surtout nos interventions dans le débat public sont traversées par de profondes et multiples crises. La fameuse sphère intermédiaire entre vie privée et État dénommée l’espace public, si cher à Habermas où le débat citoyen doit se tenir, subit sans cesse de graves mutations émanant de notre fragile État, l’adepte par excellence du monopole de la violence illégitime.
Comme baromètre de vitalité d’une démocratie en marche, l’espace public sénégalais se dénature et n’est plus réellement ce lieu par excellence de reconnaissance et de garantie aux citoyens d’un certain nombre de droits fondamentaux (liberté d’expression, liberté d’opinion, liberté de rassemblement, le droit d’association) et où se déploie de nos jours un débat public serein et soutenu portant sur des sujets de société communs et divers qui nous touchent directement ou indirectement. Avec regret, le sensationnel a gravi des échelons inattendus dans la construction et vulgarisation de nos arguments. En conséquence, nous avons perdu de vue que l’idéal de ce débat public, pour reprendre Amartya Sen, est étroitement lié à deux pratiques sociales bien spécifiques, qui méritent à tout moment notre attention toute particulière : la tolérance à l’égard de points de vue différents (y compris le fait de se trouver d’accord pour être en désaccord) et l’encouragement au débat public (y compris le fait d’adhérer à l’idée qu’il peut y avoir enrichissement et enseignement réciproque).
Je vous avoue mon déchirement et ma tristesse! Cette réalité non reluisante qui perdure de jour en jour, me pousse, n’en déplaise à certains, à reprendre avec responsabilité et à visage découvert ma singulière plume pour laisser couler l’encre indélébile de l’indignation et ainsi pointer du doigt les étincelles de l’espoir qui pourraient y échapper. Oui écrire, ai-je entendu dire, c’est prendre position et aussi lever toutes les censures! Mieux, la sagesse arabe nous enseigne que « celui qui tient la plume ne s’inscrit jamais parmi les coupables».
Donc, cette fois-ci, en comptant de nouveau sur votre indulgence, je vais poser mes si petits pas citoyens sur ceux de Charlie Chaplin et avec patriotisme, tremper ma PLUME, la langue de mon engagement et de mon combat citoyen, dans les eaux du fleuve Sénégal pour, sans trop chercher les mots, vous confesser:

«Je suis désolé, mais je ne veux pas être président de la République du Sénégal, ce n’est pas mon dada. Je ne veux ni figurer sur des listes électorales, ni diriger personne. Je voudrais humblement sortir de ma zone de confort pour aider mon Sénégal dans la mesure du possible. D’ailleurs, nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les Sénégalais sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur et le bien-être à notre prochain, et non le malheur et le désespoir. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chaque Sénégalais, faut-il le souligner, à sa place et notre terre et notre sous- sol sont bien assez riches pour nourrir tous les Sénégalais de l’Intérieur comme ceux de la Diaspora. Nous pouvons tous avoir une vie meilleure, libre et prospère mais hélas ce n’est point le cas jusqu’à présent.
L’envie ainsi que la boulimie du pouvoir ont empoisonné l’esprit et les efforts de nos gouvernants, ont barricadé notre Sénégal avec l’incompétence et nous ont fait sombrer tristement dans la misère et la pauvreté. Nous rêvons émerger en vitesse sans aucun préalable, par conséquent nous nous enfermons sans en rendre compte en nous-mêmes. Les ressources et les espoirs qui devraient nous apporter l’abondance, nous laissent dans l’insatisfaction totale avec nos paradoxes et nos laideurs. Nous sommes intolérants à force d’intelligence, nous ne ressentons pas assez nos difficultés et nous pensons et parlons beaucoup trop. Nous sommes trop malmenés par les Pouvoir qui se sont succédé et nous manquons de l’essentiel et du nécessaire.
Nous sommes trop cultivés comme peuple, dit-on et nous manquons bien parfois de tendresse, de gentillesse et de tolérance. Or, sans ces qualités humaines, la vie n’est plus que violence et tout est perdu. Vivement, que nos besoins et nos obstacles nous rapprochent les uns des autres dans la bonté de l’être sénégalais, la fraternité, l’amitié et l’unité de tous les sénégalais sans aucune distinction!
Oui! Ma plume s’adresse à des milliers de Sénégalais à travers le monde. Ce sont des femmes, des hommes, des enfants pétris de talents mais désespérés et victimes d’un système politique archaïque qui ne comprend pas et ne respecte pas le sens de nos priorités et qui instrumentalise la justice pour emprisonner sans cesse des innocents et des faibles.
Je dis à toutes celles et tous ceux qui me feront honneur en me lisant : Ne désespérez pas et restez bien optimistes! Le sous-développement qui caractérise le Sénégal n’est que le produit éphémère de l’habilité, de l’amertume de ceux qui ont peur des nobles rêves que veulent accomplir les Sénégalais. Mais l’incompétence finira par disparaître et ces politiciens professionnels connus qui prennent en otage notre beau pays seront tous rangés dans les placards de l’histoire politique du Sénégal. À ce moment-là, le Pouvoir qu’ils avaient pris aux Sénégalais va retourner à notre Volonté (une Foi), d’Unité (un Peuple), pour la Construction nationale (un But)!
Sénégalais, chers compatriotes, ne donnons pas à ces politiciens professionnels, cette minorité qui nous méprise tant et qui fait de nous des désespérés abonnés, le plaisir d’enrégimenter toute notre vie, de nous dire toujours tout ce qu’il faut faire et ce qu’il faut penser, de nous diriger aveuglément, nous manœuvrer.
Nous Sénégalais, avons très certainement le pouvoir, le pouvoir de rendre notre existence paisible, le pouvoir de faire de notre destinée une merveilleuse aventure. Alors au nom même de notre aspiration commune, utilisons ce pouvoir. Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un SÉNÉGAL nouveau, un SÉNÉGAL prospère qui donnera à chacun l’occasion de travailler, de s’épanouir, un SÉNÉGAL qui apporte un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.
Ces politiciens professionnels nous ont promis toutes ces choses pour que nous leur donnions le pouvoir. Ils n’ont pas tenu leurs merveilleuses promesses, jamais ils ne le feront. Ils se sont affranchis en prenant le pouvoir et en nous rendant la vie insupportable.
Alors, il faut nous battre pour accomplir seuls toutes leurs promesses. Faire de la politique autrement est bien possible! Entendons de la bonne oreille ceux qui le prônent. Oui Il faut nous tenir debout, nous engager politiquement pour libérer et développer notre cher SÉNÉGAL, pour renverser nos mauvais comportements et briser les solides barrières et en finir avec l’indiscipline, la pauvreté et la dépendance. Encore et pour toujours, Il faut nous battre pour construire un SÉNÉGAL de raison, un SÉNÉGAL où la science et le progrès mèneront tous les Sénégalais définitivement vers le bonheur».
Bref, je m’indigne, donc j’existe!

Pathé Gueye
Montréal, le 27 juin 2017.

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