Éducation et Protection de la Petite Enfance : Ce que l’on peut attendre des Assises Nationales.

moctar-mbow-macky-sall-418x215Les enfants de 5 et 6 ans sont les héritiers de La malédiction de la pauvreté, et non ses auteurs. Si nous n’agissons pas, ces enfants la transmettront à la génération suivante, comme une tache de vin Congénitale. » Lyndon B. Johnson (Président des Etats Unis.1965)

Les assises nationales de l’éducation et de la formation sont annoncées pour bientôt. Pour les préparer, les autorités ont pris la précaution, à travers une large concertation, de consulter les différents acteurs à la base. En effet, des rencontres, pilotées par les autorités académiques, ont rendu possible cette consultation dans plusieurs localités du pays.

Inutile de revenir sur toutes les raisons qui justifieraient la tenue prochaine de telles assises. Après celles tenues en 1981, on revient encore pour un diagnostic de notre système éducatif, pour discuter des maux auxquels l’institution scolaire reste encore confrontée. Les nostalgiques de l’école de jadis parle d’une école en crise. Même si les caractéristiques de la crise de l’école restent incertaines, on peut tous constater des indices et faits révélateurs liés à des facteurs endogènes ou exogènes de/ dans l’école.

Ce qui est difficile c’est de faire la part dans cet ensemble composite pour voir les responsabilités dans l’école. Mais ma conviction est que la crise dont on parle à l’école est conséquente des crises traversées par notre société : « la crise économique qui, désordres articulés à la crise de la citoyenneté, de l’autorité, de l’identité et du sens, s’expriment dans, mais aussi, hors de l’école, en termes de comportement déviants, de gabegie, de sentiments d’abandon et de honte…dont l’école en crise se fait l’écho ».(Béatrice Mabillon, 2008, p.156.). Samuel Joshua, professeur de Sciences de l’éducation à l’université de Provence, partage, d’ailleurs, cette position de sa collègue sociologue de l’éducation, lorsqu’il écrit, dans son ouvrage l’école entre crise et refondation que : « l’Ecole est plus malade de l’état de la société que la société n’est malade de son école ». (Joshua, 1999, p.15). Puisque l’école ne joue plus ce rôle d’ascenseur social, le fossé entre l’école et la société ne cesse de se creuser ; les inégalités sociales accentuées même par l’institution scolaire.

Les assises de l’éducation ne manqueront pas de poser le problème, de revoir l’articulation entre l’école et la société, de repenser les attentes. Surtout que toutes les réformes engagées, jusqu’ici, avaient cherché à faire de l’école un instrument, pôle de développement.

Il s’y ajoute que, depuis une dizaine d’années, l’approche par les compétences (APC) est devenue un passage obligé, voire un standard, dans les réformes curriculaires entreprises dans plusieurs pays d’Afrique, dont le nôtre. Car grâce aux compétences, on « peut répondre à une demande sociale orientée vers l’adaptation au marché et aux changements ; elles peuvent demeurer des moyens d’avoir prise sur la réalité et de ne pas rester sans défense dans les rapports sociaux » (Perrenoud, 2008, p42).

En outre, si les assisses nationales doivent rappeler ou réaffirmer l’articulation entre école et société, elles doivent aussi renforcer les relations entre l’école et la communauté car le dialogue n’est pas toujours garanti.

Parce que, Comme le rappelle Dembélé, l’école formelle telle qu’elle existe aujourd’hui est une institution étrangère à laquelle, de plus, la plupart des parents sont incapables de participer en aidant leurs enfants à acquérir les connaissances pratiques et théoriques et les attitudes sanctionnées par l’école.

Cela tient bien entendu au fait qu’ils sont analphabètes mais aussi à ce que les valeurs privilégiées à l’école ne présentent guère d’intérêt pour leur vie quotidienne. (Dembélé, 2003).

Enjeux de l’éducation et de la protection des enfants

Récemment, lors de la première édition de la fête de l’excellence au palais de la république, le président invitait tous les acteurs à s’impliquer pour la cause des enfants, particulièrement les parents, pour leur offrir un environnement favorable à l’épanouissement. Des parents qui, malheureusement, ne sont pas informés des enjeux du développement intégré de la petite enfance ; qui ne savent pas que l’enfant ne doit pas grandir seul ; que leur rôle est déterminant dans le processus, celui de grandir. Un processus qui est loin d’être « naturel » si l’on en croit à Claude Halmos. Cette psychanalyste, formée par Jacques Lacan et Françoise Dolto, dans son ouvrage GRANDIR, les étapes de la construction de l’enfant(2009), insiste sur le rôle des parents dans les différentes étapes, « du passage de l’état de nourrisson à celui d’adulte épanoui et civilisé ».

Depuis Piaget (1896-1980), beaucoup de théories sur le développement intellectuel, psycho-affectif, moral …, ont permis de justifier l’action éducative, mais la théorie socioculturelle du russe Lev Vygotski (1896-1934) a la particularité d’insister sur l’accompagnement du jeune enfant par l’adulte, de mettre en relief le rôle de l’environnement dans le processus éducatif : le développement dépend de normes non pas universelles, mais dictées par l’environnement socioculturel et historique de la famille.

Le président Macky Sall, qui a annoncé pour bientôt le vote du code des enfants, est bien conscient des enjeux de l’éducation et de la protection des enfants qui sont de plusieurs ordres. En plaidant pour la cause des enfants, l’avenir de la nation, le chef de l’ État a compris que si nous devons créer de nouvelles valeurs, des individus intègres, honnêtes, capables de considérer la vie dans son ensemble, de servir et non de se servir, c’est sur les enfants que nous devrons agir et le plus tôt possible si l’on sait que les apprentissages réalisés à cette période de la petite enfance sont fondamentaux, au sens où, ils établissent les bases sur lesquelles s’installeront les apprentissages ultérieurs.

Dans sa volonté, à donner forme à la vision déclinée dans la stratégie nationale de la protection de l’enfance, le chef de l’Etat a rappelé aux enfants : « Sachez combien la nation attend de vous, …citoyens de demain : un citoyen émérite, respectueux des lois de son pays, attaché aux valeurs civiques et morales qui fondent les grandes nations, un citoyen déterminé à œuvrer inlassablement pour le développement de son pays, pour le bien être collectif, et cela dans la paix et la stabilité ».

Il s’y ajoute que « c’est à l’école creuset de la citoyenneté, antichambre de la république » que la socialisation prend forme et sens.

On ne le dira jamais assez, l’éducation réduit la pauvreté et stimule l’emploi et la croissance, a-t-on encore rappelé, dans le dernier rapport sur la situation de l’éducation dans le monde : Selon les estimations de l’équipe du Rapport mondial de suivi sur l’EPT, « si tous les élèves des pays à faible revenu quittaient l’école munis de compétences élémentaires en lecture, 171 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté, ce qui représenterait un recul de 12 % de la pauvreté mondiale(…) C’est essentiellement parce qu’elle permet aux individus d’être mieux rémunérés que l’éducation réduit la pauvreté. À l’échelle mondiale, une année de scolarité augmente les revenus de 10 % en moyenne. ». (Rapport, 2013/2014, p.14.).

Les enjeux sont donc énormes, en particulier pour les pays en développement comme ceux d’Afrique où les recherches révèlent un retour d’investissement de 3 pour 1. (UNESCO, 2007). « Accroître la préscolarisation dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires produirait un bénéfice de 11 à 34 milliards $ US et un retour d’investissement de 6 à 17 dépendant du pourcentage de préscolarisation ». (Global Child Development Steering Group, 2011).

De ce point de vue investir dans le développement de la petite enfance, c’est préparer les capacités d’apprentissage qui assurent la réussite scolaire (Young et Mustard, 2008 ; Dorfman, 2009), renforcent l’efficacité interne des systèmes (moins de redoublement et d’abandons) et réduisent considérablement les coûts d’éducation. En outre, la petite enfance représente un moment privilégié pour prévenir les inégalités en assurant à tous les enfants l’épanouissement de tout leur potentiel. Bref, « un bon départ garantit des résultats optimums », pour paraphraser M. Mamadou Ndoye de l’Association pour le Développement de l’Education en Afrique.( ADEA) car l’enfant reste « un bon placement », selon Claude Martin qui évoque, dans un article, Les politiques de l’enfance en Europe (2004) « la nécessité d’un investissement social dans le capital humain » pour faire face ou limiter les conséquences en termes de coûts sociaux à venir, de la pauvreté ou de la déscolarisation.

Malgré des indicateurs défavorables sur la situation des enfants en Afrique Subsaharienne, en particulier francophone (Les indicateurs sont encore au rouge avec un taux d’accès aux programmes préscolaires de moins de 12% pour l’Afrique subsaharienne dont moins de 8% pour les pays francophones), il faut reconnaître l’existence au Sénégal d’un cadre politique et institutionnel pour un développement holistique et intégré de la petite enfance.

Ce cadre institutionnel et les moyens mobilisés ont sans aucun doute amélioré la situation des enfants. Dans le récent rapport sur la situation de l’éducation au Sénégal, produit par la direction de la planification et de la réforme du ministère de l’éducation on peut lire : entre 2003 et 2013 le taux brut de préscolarisation (TBPS) est passé de 3,1% à 12,1% ; la population préscolarisée a connu une nette croissance passant ainsi de 38.342 à 191.259 élèves durant la même période. Les structures de prise en charge de la petite sont estimées, dans ledit rapport, à 2620 en 2013 contre 2478 en 2012. L’offre d’éducation en milieu rural a sensiblement augmenté avec les cases des tout- petits, les cases communautaires et les classes préscolaire à l’élémentaire(CPE) où on offre un paquet de services (nutrition, santé, éveil…).

Ce qui a, sans doute, suscité l’engouement des populations de plus en plus impliquées dans la gestion des structures communautaires, peut-on lire, dans le rapport annuel du DPRE 2013.

Par ailleurs, il faut reconnaitre que le référentiel de compétences des structures du préscolaire montre l’importance capitale accordée à la socialisation des tout-petits. En effet, le curriculum de l’éducation de base, qui s’exprime à travers l’approche par les compétences et la pédagogie de l’intégration, marque une évolution nette dans la conception des activités et des démarches pédagogiques déroulées au niveau des structures d’accueil de la petite enfance. Et de ce fait, il ne s’agit plus tout simplement de préparer les tout-petits aux enseignements de l’élémentaire, mais plutôt de poser les bases du processus de socialisation au niveau de l’environnement immédiat des enfants.

Difficultés et Défis

Les problèmes continuent de plomber le sous secteur. Et c’est à ce niveau que nous voulons interpeller le comité de pilotage des assises de l’éducation et de la formation. Les défis sont nombreux car nous n’avons pas les moyens de nos ambitions puisque moins de 1 % du budget de l’éducation est consacré au sous secteur : 0,6 % pour le Développement Intégré de la Petite Enfance (DIPE) en 2012 (Rapport DPRE, 2013). Je me contenterais juste de souligner deux problèmes majeurs liés, évidemment, au manque de ressources pour une prise en charge adéquate de la petite enfance : celui de la formation du personnel nécessaire pour un service de qualité en réponse aux objectifs assignés à l’enseignement préscolaire tels que déclinés dans le programme et, en général, pour rester fidèle à l’engagement du pays pour l’atteinte de l’objectif 1 de l’EPT sur l’éducation et la protection de la petite enfance (EPPE) ; la création des classes préparatoires élémentaires (CPE) dans les écoles primaires.

Je ne saurais passer sous silence l’absence de coordination : plusieurs programmes en faveur de l’enfance sont pilotés dans des ministères différents. En effet, l’éclatement des centres de décisions constitue un obstacle à l’optimisation des ressources et entraîne des difficultés réelles de collaboration avec les partenaires techniques et financiers.

Les difficultés liées à la coordination dans le secteur des droits de l’enfance entravent, sans aucun doute, les efforts entrepris par l’Etat du Sénégal et ses partenaires dans l’atteinte des ambitions déclinées dans les projets et programmes mis en œuvre pour promouvoir un environnement propice au développement intégré de l’enfant.

Cette situation est en déphasage avec les orientations de la Stratégie Nationale de Protection de l’Enfance, qui préconise la mutualisation des efforts afin de bâtir un dispositif national intégré de protection de l’enfant au plan national. Les acteurs impliqués dans la problématique des droits de l’enfant développent des actions qui sont souvent répétitives. Ce qui entraîne une déperdition des rares ressources mobilisées en faveur de la protection de l’enfance.

La première cause d’une telle situation est politique. En effet, l’Etat dispose de plusieurs directions travaillant sur les mêmes thématiques au sein d’un même département ministériel. L’exemple le plus flagrant se trouve au niveau du Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, où on trouve une Direction de la Petite Enfance, et l’Agence Nationale de la Petite Enfance et de la Case des Touts Petits.

Ces deux structures dont les missions se recoupent travaillent chacune de manière indépendante. Elles mènent des actions sur la même cible (0 à 3ans) sans qu’il y ait une forme de collaboration formelle qui permet de diminuer les doublons. L’étude sur la cartographie et l’analyse des systèmes de protection au Sénégal a fait ressortir, d’ailleurs, cette faiblesse dans la prise en charge des problèmes de l’enfance.

Par ailleurs, le défi majeur reste la formation du personnel enseignant et d’encadrement dans les structures préscolaires et communautaires. Surtout que le personnel employé dans le privé est recruté dans le tas sans aucune formation. Aujourd’hui, la part des structures privées dans le réseau du Développement Intégré de la Petite Enfance (DIPE), est estimée à 41,2% (Rapport DPRE 2013). Ce qu’on n’a pas le droit d’ignorer si on tient à l’équité, tant prôné dans le nouveau programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (PAQUET-EF).

Récemment, une visite que j’ai effectuée, dans une classe maternelle d’une école privée, en tant que parent, m’a permis de m’interroger, de me demander si nos enfants sont entre de bonnes mains dans les structures maternelles, celles, surtout privées, où beaucoup de parents envoient leurs enfants, du fait de la proximité.

J’ai trouvé des enfants silencieux, assis confortablement, qu’on traitait comme des élèves dans un local fermé, pas aéré, ni spacieux. Ces touts- petits partageaient les toilettes avec leurs ainées de l’élémentaire ; des toilettes pas du tout adaptées pour eux. Quand je me suis présenté, le premier reflexe de la maîtresse a été de me montrer le cahier de mon garçon de quatre ans, un cahier de devoir où j’ai pu noter des appréciations.

Semble-t-il dans le programme, on peut évaluer les enfants de la petite section, mais comment les évaluer ? Qu’est- ce qu’il faut privilégier dans l’évaluation? Des compétences de vie ou quoi ? Ne risque-t-on pas de frustrer ces enfants en les évaluant ?

Supposons même que tout cela est bien précisé dans le programme et que peut-être je me trompe d’appréciation ou que je n’ai pas envoyé mon enfant dans les structures appropriées. Mais mon souci, en tant que parent d’élève, est de savoir si le personnel dans les structures privées, est suffisamment préparé ; s’il est contrôlé avec des visites régulières de professionnels, dont les inspecteurs qui sont en nombre très insuffisant et tous ne sont pas spécialistes du préscolaire ; « les tatas et tontons », comme aiment les appeler nos enfants, qui servent dans le privé, savent-ils qu’en petite section les élèves ne doivent pas avoir de cahiers de devoirs mais des cahiers d’activités ?savent -ils qu’ils doivent parler aux enfants dans leur langue maternelle ? Pour comprendre tout cela « ces tatas et tontons » sont- ils convoqués dans les cellules d’animation pédagogique ? S’ils sont payés à l’heure, accepteront t-ils de se déplacer et de perdre des heures de paie ?

Lorsqu’on jette un coup d’œil sur Le Cadre de Référence du préscolaire, on est rassuré : on peut noter qu’il contient des recommandations fortes sur les normes de sécurité des bâtiments des établissements d’enseignement préscolaire et qu’on donne une importance capitale à la sécurisation de l’espace dans lequel l’institution doit être implantée.

Mais ce qu’on peut constater, c’est qu’aucune norme n’est respectée ; aucune disposition ne permet d’assurer une approche holistique et intégrée, laquelle devrait être en vigueur dans la prise en charge des enfants.

On peut, par ailleurs, déplorer dans les manières de faire un isolement, une « îlotisation », une trop grande surveillance sur des enfants dont la nature est de bouger, de dévorer des espaces. Sous prétexte que les enfants risquent de se faire du mal ou de se blesser, on a tendance à les occuper, à les confiner sur place.

C’est tout le sens, d’ailleurs, de la critique de Françoise Dolto qui, s’interrogeant sur l’espace dont le jeune enfant évolue aujourd’hui comparativement à ce qu’on a connu dans les sociétés traditionnelles, remarquait ceci : « Avec le double internement – familial et scolaire, l’espace concédé à l‘enfant des villes, s’est donc rétréci de plus en plus. Sur le chemin de l’école, les petits gardaient une certaine part d’initiatives, ils faisaient des rencontres, inventaient des niches et des jeux. Maintenant, le ramassage scolaire les prive de tout contact avec la nature et la vie des adultes. Le trajet se réduit à une navette porte à porte. Plus de détours, de rencontres en chemin. Les mères viennent chercher leurs gamins en voiture ou le bus les transporte comme des colis recommandés. L’enfant –paquet n’a plus le loisir d’observer, de muser (flâner) » (Dolto, 1985, p. 59).

Non seulement, nos écoles maternelles manquent d’espace vital riche en expérience mais on ne manque pas de punir certains enfants, qui ont moins de cinq ans, s’ils sont jugés, par leurs « tatas » ou maîtresses, très agités ou étourdis.

Ainsi, avec cette surveillance et cette planification permanente, on frustre les enfants, on les étouffe dans ces garderies, qui, en fait, devraient être des lieux où l’enfant peut vivre ses tendances à l’autonomie et créer de nouveaux rapports, des lieux, aussi, d’encouragements à l’apprentissage des règles sociales. Et les jeux en groupe pendant une longue durée pourraient bien favoriser cela.

Bref, ce que nous déplorons c’est qu’il n’y a pas suffisamment d’interactions entre les enfants : tout se passe dans les espaces pédagogiques très restrictives sans possibilité pour l’enfant de sortir, de découvrir, de s’enrichir avec de nouvelles expériences. Alors que l’école maternelle doit être un lieu à part (pour des enfants et non pas des élèves qu’on évalue) dégagé de l’ingérence de l’école élémentaire, propice à l’innovation et aux valeurs collectives, à la créativité ; un espace qui doit favoriser le développement de l’enfant.

Par ailleurs, il faut déplorer la non implication des parents comme le pense Rokhaya Fall Diawara : l’existence d’un dispositif systématique d’appui aux parents, aux familles et aux communautés pour les aider à prendre effectivement en charge leurs jeunes enfants, malgré l’idée répandue qu’ils sont les mieux à même de le faire (Rokhaya Fall Diawara, 2006).

Perspectives et solutions à promouvoir

On ne saurait être exhaustif dans l’énumération des défis encore moins dans la recherche de solutions. Mais, par rapport à ces dernières, nous pensons que l’Etat du Sénégal doit davantage mobiliser des moyens et être plus exigeant dans l’autorisation d’ouverture des structures préscolaires et la reconnaissance de ces dernières.

Sans aucun doute, comme, le pense l’inspecteur Mamadou Barry de l’Iden d’Oussouye, le droit à l’éducation est consacré et de réels efforts sont en train d’être faits dans le domaine de l’accès avec notamment l’ouverture d’écoles dans presque tous les villages et la construction de salles de classe pour remplacer les abris provisoires qui ont été une réponse face à la demande sans cesse grandissante. Et face à la demande de certains parents, l’Etat via le ministère de l’éducation, a autorisé en son temps d’ouvrir des classes de grande section au niveau des localités où il y avait une demande pressante.

C’est ainsi que dans plusieurs écoles élémentaires, des classes de maternelles ont été ouvertes. Cette initiative avait été soutenue à l’époque par la banque mondiale et l’UNESCO. D’ailleurs, Rokhaya Fall Diawara, chargée de programme à l’Unesco/Breda, énumérait les avantages immédiats de ce modèle : (i) l’assurance d’une place à la première année du primaire ; (ii) la familiarisation de l’enfant déjà au milieu scolaire ; (iii) les gains financiers ; (iv) la réduction du fossé pédagogique entre pré primaire et primaire et le renforcement mutuel des compétences pour chaque niveau d’enseignement impliqué.

Seulement, si la présence d’un maître et des élèves suffit pour parler de classe à l’élémentaire, il n’en est pas ainsi pour le préscolaire. En effet, pour ce sous-secteur qui accueille des tout-petits, une salle où on trouverait éducateur et enfants ne suffit pas.

Il faut :

– un autre aménagement (la salle est aménagée de sorte qu’il y ait des coins et des ateliers)

– un autre mobilier (les tables-bancs de l’élémentaire ne sont pas adaptées)

– Du matériel pour équiper et fournir les coins : bricolage, bibliothèque, boutique, cuisine, poupées, garage, enfilage, etc.

– Du matériel pour les productions au niveau des ateliers de peinture, de graphisme, d’activités manuelles : crayons de couleur, peinture papier cartonné, feuille, ciseaux, etc.

– Un personnel d’appoint pour assister les tout-petits en hygiène et nutrition.

D’ailleurs c’est la raison pour laquelle, les structures du préscolaire privées comme publiques exigent en plus des frais d’inscription, des mensualités pour faire face au coût de la prise en charge effective des tout-petits dans les structures du préscolaire. Ce qui n’est pas possible dans les écoles élémentaires où il n’y a pas de frais d’inscription.

Par ailleurs, on doit davantage mobiliser les parents, les communautés et l’approche communautaire reste une alternative, un impératif même.

Elle offre beaucoup de possibilités, surtout qu’elle a l’avantage de mobiliser les ressources locales et de s’appuyer sur les savoirs endogènes.

En Asie du Sud est, par exemple, les politiques menées avec les communautés ont sensiblement relevé le taux brut de préscolarisation et permettre aux couches les plus défavorisées de bénéficier de programmes de DPE adaptés. En effet, l’accès à l’enseignement pré-primaire dans la région progresse régulièrement depuis 2000.

L’Asie de l’Est et le Pacifique ainsi que l’Asie du Sud et de l’Ouest affichent les améliorations les plus rapides au monde depuis 2005. Toutes les expériences ne sont pas évidemment transférables, mais tout laisse penser qu’un des principaux moyens, pour les pays pauvres, de faire progresser la Protection et l’Education de la Petite Enfance (PEPE) est de développer le rôle du secteur privé par la fourniture de services communautaires ». (Jaramillo et Mingat, 2003).

La formation reste un défi majeur, les solutions préconisées par les assises doivent renforcer le dispositif de formation des acteurs et penser à la prise en charge des moins de 03 ans. Ce qui passe par l’implication des parents, par des stratégies d’éducation parentale. Surtout qu’aujourd’hui, plus qu’hier, il est difficile d’assumer cette parentalité : le métier de parent ne va plus de soi ; « la parentalité contemporaine s’affiche comme une véritable épreuve ». (Xavier molenat, 2011, p.34).

Il s’y ajoute que nous vivons dans des communautés où en cas de défaillance familiale ou quand l’enfant rencontre des difficultés, il n’y a aucune intervention spécialisée.

Nous avons là de véritables défis dont doivent être conscients les décideurs, dont le comité de pilotage des assises de l’éducation et de la formation. Surtout que pour le préscolaire, on court encore derrière un taux de préscolarisation de 30%.

Pour terminer, nous rappelons juste que toute action en faveur des enfants doit être guidée par des recherches pour identifier les besoins et partager les bonnes pratiques en ce qui concerne l’éducation et la protection des enfants dont dépend le futur de nos enfants, notre futur même.

Bira Sall. Quartier Ndoutt Tivaouane. Expert Junior, Consultant en Education et Formation. sallbira@yahoo.fr

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