« Elections présidentielles de 2017 : en finir avec le Code de l’indigénat, justice pour Théo », par M. Amadou Bal BA

L’affaire Théo, victime de graves brutalités policières, à Aulnay-sous-Bois, comme celle d’Adama TRAORE, mort étouffé par des gendarmes, nous invite à méditer, sérieusement, sur ce message de Martin Luther KING : «notre vie commencera à s’arrêter le jour où nous gardons le silence sur les choses graves». Le jeune homme, qui s’est vu prescrire soixante jours d’ITT après une opération consécutive à une déchirure à l’anus de 10 cm de long, reste, lui, toujours hospitalisé. Ce jour-là, alors qu’il se rend auprès d’une amie de sa sœur pour lui remettre un sac de chaussures, Théo, 22 ans, aperçoit des amis du quartier. «Je vais pour leur serrer la main comme d’habitude et lorsque j’arrive, les policiers arrivent aussi et disent : Tous contre le mur. A leur façon de parler, j’ai compris qu’ils n’étaient pas là pour rigoler.» «Il me met un coup, et là je savais que, dans ce coin, il n’y avait pas de caméra et qu’il fallait que je me débatte pour que j’aille devant les caméras. J’ai réussi à me débattre. Ils me saisissent à trois, ils me tirent. Que des insultes, des insultes, tous les noms. Un policier tire sur tout ce qui est là avec du gaz lacrymogène, il revient vers moi et il m’insulte». Théo poursuit son récit : «A lui aussi je dis : Mais pourquoi faites-vous ça, monsieur ? Le policier, là, il me regarde. Moi, j’étais de dos, de trois quarts, donc je voyais ce qu’il faisait derrière moi. Je l’ai vu prendre sa matraque et il me l’a enfoncée dans les fesses, volontairement. Dès qu’il m’a fait ça, je suis tombé sur le ventre et là ils m’ont dit : Assieds-toi maintenant. J’ai dit : J’arrive pas à m’asseoir, je ne sens plus mes fesses. Et ils m’ont mis du gaz lacrymogène sur la tête, dans la bouche. Un coup de matraque en pleine tête. J’entends un policier dire : Attends, ici y a les caméras, on va l’emmener derrière le mur, on va lui faire sa fête. Mon pantalon était baissé. Ils m’emmènent derrière le mur et ils commencent à me passer à tabac encore. Ils me frappent, ils me frappent».

Il ressort de ces faits criminels, car le viol est un crime passible de la Cour d’assises, les enjeux de ces élections posent brutalement la place, en France, des citoyens issus de l’immigration, notamment dans l’affaire Théo, ce jeune d’Aulnay-sous-Bois, violé par des policiers avec une matraque, le jeudi 2 février 2017 (Vidéo du Parisien, ci-contre). Vivant dans des zones de relégation, que M. VALLS avait qualifiées, fort justement, d’Apartheid. Ces parias sont souvent victimes de violences arbitraires, de la part des forces de l’ordre, au mépris des règles de droit. Ce sont des indigènes de la République, qui sont par principe des terroristes et des délinquants, dont le sort intéresse peu de personnes.

Devant ces odieuses injustices, le pasteur Martin Luther KING nous rappelle notre devoir d’homme «Si un homme n’a pas trouvé quelque chose qui vaut qu’on lui sacrifie la vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce en quoi il croit. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai».

Je suis encore trautamisé par les violences urbaines de novembre 2005 qui avaient vu l’assassinat de Bouna et Zied, sans que justice ne soit rendue. Encore, plus près de nous, en été 2016, l’affaire Adama TRAORE demeure, sous la mandature de M. HOLLANDE, la plus grave injustice des temps modernes. Le président de la République n’a pas daigné répondre à la lettre de la famille d’Adama TRAORE. Pire encore les membres de la famille d’Adama TRAORE qui manifestaient pour que justice soit faite, ont été condamnés, fort injustement, pour rébellion. Par ailleurs, le Procureur de la République qui avait menti dans cette affaire, n’a pas été sanctionné. Au contraire, il a été gratifié d’une affectation à Paris. Plus de 113 jeunes issus de l’immigration, sont morts dans des conditions particulièrement suspectes, sans que justice ne soit rendue. Dans le passé, plus de 55 personnes sont mortes dans des incendies criminels à Paris, sans enquête sérieuse. Tout récemment, des incendies suspects ont été déclarés dans des zones abritant des réfugiés. Aucune enquête sérieuse. Maintenant dans le débat politique apparaît le concept de « légitime défense préventive » pour les forces de l’ordre que le front national a érigé en argument de campagne. Avec cette permission de tuer tout ce qui est différent, sans discernement, on peut dire que la chasse est ouverte. Mais comme le dirait, JAMES BALDIN, un auteur américain, dans une société où règnent l’injustice et la discrimination, on ne peut pas s’attendre à une paix durable. « La prochaine fois, le feu », tel est le titre d’un ouvrage de James BALDWIN.

M. HOLLANDE parle de République, d’égalité et de fraternité ; il s’est montré, durant son mandat, comme le plus grand hypocrite des temps modernes. Oubliant sa promesse du droit de vote des étrangers aux élections locales, sa seule réponse, à notre égard, a été son projet funeste de déchéance de la nationalité. Il a été balayé par le vent de l’histoire.

De vents mauvais soufflent depuis quelques temps sur le monde (BREXIT, Donald TRUMP, montée des extrémistes). Ainsi, ce dimanche 5 février 2017, dans un meeting à Lyon, du FN, des frontistes criaient : « On est chez nous. Rentrez chez vous ! ». Mme LE PEN, à la tête d’une entreprise familiale, a détourné des fonds européens pour employer son compagnon. Pour le FN, les Français musulmans ne sont que des étrangers, des criminels, des profiteurs de la sécurité sociale, qu’il faut expulser à tour de bras. C’est une grande escroquerie et une imposture de faire croire que les Français musulmans sont des étrangers pouvant être exclus et discriminés, à volonté. Nous sommes aussi la France. Nous sommes également chez nous et nous ne bougerons pas d’ici. Et nous nous battrons farouchement, pour notre juste place dans la société.

Jamais une élection présidentielle n’a été aussi incertaine et pleine de menaces pour la démocratie et la République. Pourtant, les Français issus de l’immigration, comme frappés de léthargie, ont choisi massivement de s’abstenir aux différentes consultations électorales. Il n’a échappé à personne qu’ils sont au coeur du débat politique et risquent gros si un gouvernement de droite dure ou frontiste venait au pouvoir.

On parle d’intégration, mais, en fait, quand on évoque la situation des Français issus de l’immigration, c’est la stigmatisation et l’exclusion qui sont mises en avant. Aujourd’hui, des Français issus de l’immigration ont toutes les peines du monde à faire venir leur famille en France ou à faire transcrire les actes d’Etat civil de leurs enfants nés à l’étranger. Le droit au regroupement familial est, en fait, abrogé par des circulaires, avant même la prise de pouvoir du FN. Par ailleurs, l’accès à la nationalité est devenu un parcours du combattant pour ceux qui vivent légalement en France. Les retraités, qui ont travaillé en France, toute leur vie, ont toutes les peines du monde à renouveler leur titre de séjour. En cas de décès, leur famille est confrontée à des tracasseries administratives pour la pension de réversion. Cette affaire de jeune Théo, de 22 ans, violé à Aulnay-sous-Bois, comme l’assassinat d’Adama TRAORE, de Bouna, Zied, Amadou Koumé, et de bien d’autres, atteste que le délit de faciès est devenu la règle.

Vous remarquerez quand un individu est victime d’une injustice dans certaines communication toute la classe politique française accourt, sans délai, avec des déclarations fracassantes de solidarité, et des visages éplorés. Mais quand un Noir ou un Arabe meurt ou est violé par ceux là qui étaient censés nous protéger, c’est le mutisme le plus total. On subodore même que le contrôle de police ne concernant les guetteurs de trafic de drogue, les dégâts collatéraux commis par les forces de l’ordre seraient excusables, voire légitimes. Par conséquent, circulez, il n’y a rien à voir ! Comme s’il y avait une hiérarchie de valeur entre différentes vies, nos dignités. Pour ma part, UN égale UN, à égalité de droits et dans le respect mutuel.

Dans la classe politique républicaine, ceux qui ont défendu, courageusement, le bien-vivre ensemble ont été affublés de prénoms musulmans (« Ali » JUPPE et « Bilal » HAMON). Je me réjouis que M. Benoît HAMON, pour l’honneur des socialistes, ait défendu une vraie ligne de gauche, dans laquelle il réaffirme la place des Français musulmans, non pas en temps qu’indigènes de la République, comme citoyens à part entière, à égalité de droits et d’obligations. En particulier, et contrairement à la laïcité stigmatisante (déchéance nationalité approbation des arrêtés antiburkini, etc.) de Messieurs HOLLANDE et VALLS, notre candidat victorieux, M. HAMON a, courageusement, indiqué la voie que la laïcité n’est pas une bombe pas contre les Français issus de l’immigration pour les stigmatiser. La laïcité est un outil, dans le respect de la conscience de chacun, de croire ou de ne pas croire, pour le bien-vivre ensemble. La diversité, c’est le patrimoine génétique de la France.

C’est pour cela que je serai présent à la Semaine anticoloniale et antiraciste du 4 au 20 mars 2017, à la Bellevilloise, 21 rue Boyer Paris, 20ème. Comme Jean JAURES, le vrai insoumis, «Je ne plierai pas, je ne m’en irai pas en silence. Je ne me soumettrai pas. Je ne me retournerai pas. Je ne me conformerai pas. Je ne me coucherai pas. Je ne me tairai pas. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; ce n’est pas subir la loi du mensonge triomphant».

Le 6 février 1936, de Ligues factieuses avaient tenté de renverser la République. Soyons vigilants pour défendre la République à l’occasion de ces présidentielles de 2017. En effet, dans ces élections, tous les Français musulmans, au lieu de se comporter en spectateur passif, devraient s’engager, très activement, pour une défense énergique de de la citoyenneté et du bien-vivre ensemble ; il faut en finir avec le Code de l’indigénat dont ils sont l’objet. Personne ne pourra dire, comme lors de la 2ème guerre mondiale, «je ne savais pas». Certains même oser pousser le cynisme jusqu’à dire : « pourquoi pas le FN, les élites ayant échoué ».

Loin de défendre la France des « Oubliés » et du « peuple français », le Front National qui cajole nos Ancêtres les Gaulois et les Juifs, avance masqué. Son projet ethniciste est fondamentalement dangereux pour la République. Rappelons-nous d’HITLER prétendant défendre le peuple allemand, qui a, finalement, plongé l’Humanité dans la plus grande catastrophe. Cette « entreprise familiale », sous des aspects apparemment lénifiants et anesthésiants, représente le grave danger pour la République. Nous sommes aussi cette France républicaine, des Patriotes, au même titre que tous ceux qui aiment ce pays.

Paris, le 6 février 2017, par M. Amadou Bal BA, – http://baamadou.over-blog.fr/

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