Emeutes à Thiaroye-Sur-Mer : Gangstérisme en mer et sur terre

En réaction à l’arrestation d’un pêcheur qui utilisait des filets interdits en haute mer, les jeunes de Thiaroye sur mer, déchaînés, ont occupé la Route nationale, saccagé la mairie et brûlé deux bus. Véritable acte de banditisme au cœur de la banlieue.  

C’est une chaude matinée. Thiaroye sur mer, paisible quartier, situé dans le ventre mou de la banlieue, a connu une journée où le gangstérisme a côtoyé l’audace sur terre et sur mer. Renversant ! Ahurissant ! Les émeutes survenus dans ce coin est une réaction à une banale décision des autorités de saisir des filets de pêche interdits dans des activités halieutiques.  

Ils étaient des centaines de pêcheurs à manifester hier après qu’un des leurs, Lamine Diop, a été blessé par des agents de protection et de surveillance de la marine marchande suite à une course-poursuite en haute mer.

Pris dans une zone interdite à bord de sa pirogue avec un filet mono-filament qu’il utilisait pour la pêche, il a été interpellé. Mais, il a engagé un corps à corps avec les agents de la marine.

D’après les pêcheurs, il a été blessé avant d’être acheminé aux urgences de l’hôpital de Thiaroye pour soigner ses blessures. L’info circule dans les concessions où la résistance s’organise de façon improvisée. 

En écho à cette  «humiliation», les pêcheurs se ruent vers la Route nationale pour déverser leur colère. Armés  de pierres et de bâtons, ils perturbent la circulation et sèment la désolation sur cet important axe routier où transite l’essentiel des flux du transport de la capitale. Ils brûlent deux bus : un de 3 D et une tata, complètement consumés par les feux de la révolte. Pendant plusieurs minutes, ils ont pris en otage des passagers qui se sont retrouvés pris au piège. Mais, le pire a été évité de justesse. 

Cette réaction séditieuse est loin d’atteindre son pic. Déchaînée, la foule de mécontents prend d’assaut la mairie de la ville. Ce n’était pas beau à voir. Complètement mise à sac, l’institution municipale est devenue une véritable poubelle. Vitres cassées, portes défoncées, mobilier broyé, papiers d’état civil jetés à terre, la mairie est un véritable champ de ruines. En images de chaos, les ordinateurs complètement défoncés et les câbles de connexion arrachés.

D’autres ont emporté les pièces détachées des ordinateurs. «C’est désolant, ils ne savent même pas que ce sont leurs documents qui sont là», regrettent des  conseillers municipaux atterrés par autant de violence. Mais, ils ont psychanalysé leur état d’esprit : «Si pareille situation recommence cette fois, ce sera pire.» Actes de banditisme notoires ? Bien sûr ! Torses nus, les manifestants triomphent comme si de rien n’était sur un champ de ruines. Pendant plus de 30 minutes, ils ont semé la pagaille et bloqué la circulation sur un axe où le camp du Gign est situé à quelques kilomètres. 

Remplis de gendarmes, les pickups déboulent pour tenter de remettre de l’ordre. Le vin est déjà tiré. La Légion de la gendarmerie de Mbao, armée jusqu’aux dents, balance des gaz lacrymogènes pour disperser cette armée d’intrépide. Secoués, ils ont battu en retraite pour retourner chez eux. Vive, la tension risque de remonter à tout moment. 

Écrit par Abdou Latif MANSARAY

latifmansaray@lequotidien.sn

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