Emplois crées depuis 2012 : manipulation et mensonges pour cacher un échec patent par Ibrahima Sadikh Ndour

La sortie du nouveau rapport annuel des statistiques du travail a fourni au Ministre en charge du Travail l’occasion de se livrer, une fois de plus, à son sport favori : embellir une situation d’échec relativement au nombre d’emplois crées par le gouvernement. Selon les propos que lui a prêtés la presse du jour, Monsieur Mansour Sy affirme « si nous faisons une consolidation des données de 2012 à 2016, on a plus de 336 554 contrats enregistrés » et embraye « par rapport à l’engagement des 500.000 emplois, on peut noter qu’à ce jour, les emplois créés et déclarés dans les inspections, font 336 554 au 31 décembre 2016. Il reste 2017 et 2018. Je pense qu’on dépassera cet objectif ». Une telle assertion de sa part relève d’une volonté délibérée de manipuler l’opinion publique par rapport à l’un des principaux engagements de Macky Sall. Elle peut être également révélatrice de son incurie, de son incompétence et de son manque de sérieux. Ou, peut-être, les deux à la fois. En effet, la déclaration de Mansour Sy repose sur un mensonge (un cumul de 336 554 contrats de travail visés par ses services régionaux) et sur une fausse prémisse (nombre de contrats visés = nombre d’emplois crées).
Une déclaration fondée sur le mensonge
Le Ministre Mansour Sy sonne tout faux lorsqu’il qu’il affirme que le nombre cumulé de contrats de travail visés par ses services régionaux, de 2012 à 2016, s’établit à 336554. Une simple vérification faite à partir des différents rapports annuels sur les statistiques du travail publiés par son Département montre le contraire. En effet, 37114 contrats de travail ont été visés en 2013. Ce nombre est passé à 44695 en 2013. En 2014, le nombre de contrats de travail visés était de 53820. Il est passé à 53929 en 2015 et s’établit à 65425 en 2016. Soit un cumul, de 2012 à 2016, de 254893 contrats visés et non 336554 comme l’affirme le Ministre. D’où un important gap de 81571 contrats de travail. Cette différence est importante. Elle serait soit le résultat d’une incompétence ou celui d’un gonflage délibéré dans le but de manipuler l’opinion publique.
Une déclaration basée sur une fausse prémisse
En faisant croire que le nombre de contrats de travail visés par ses services équivaut au nombre d’emplois crées, Monsieur Sy se livre à un amalgame dont le seul but de tromper l’opinion publique non avertie. Il procède à une manipulation pour masquer ses carences et l’impossibilité, pour Macky Sall, de tenir sa promesse ferme : créer 500 000 emplois au cours de son magistère. Nul besoin d’être un(e) spécialiste pour savoir que cette prémisse est fausse. En effet, dans tous les rapports annuels sur les statistiques du travail, il est bien précisé que les statistiques relatives aux contrats de travail englobent tous les types de contrats dont le visa par les services d’inspection du travail est rendu obligatoire par la législation du travail : les contrats à durée indéterminée (CDI), les contrats à durée déterminée (CDD), les contrats de saisonniers, les contrats de stage, les contrats d’apprentissage et les contrats de travailleurs temporaires. Les contrats de saisonniers concernent les mêmes personnes, d’une année à une autre, donc ne se traduisent pas forcément par des emplois nouveaux. Si le Ministre avait pris la peine d’interroger ses services régionaux, ceux-ci lui auraient certainement expliqué, par exemple, que les travailleurs saisonniers de l’hôtellerie et de la restauration, de la SONACOS, des Salins du Sine Saloum ou de la Compagnie sucrière de Richard Toll concernent, en grande partie, les mêmes personnes qui reviennent occuper le même emploi d’une saison à l’autre. Ils bénéficient d’une priorité d’embauche et peuvent avoir ce statut jusqu’à leur retraite. Ils sont des milliers dans cette situation : 3557 contrats de saisonniers visés en 2015 par les services d’inspection du travail.
Le Code du travail, en ses articles L42 et L43 ainsi que le décret 89-1122 fixant les conditions particulières d’emploi du travailleur engagé en complément d’effectif et du travailleur engagé pour assurer un remplacement ont introduit une plus grande flexibilité des conditions d’emploi à travers l’extension du principe de la limitation du renouvellement des CDD. Le corollaire de cette situation est la prépondérance croissante des CDD : 30171 contrats de travail visés par les services d’inspection du travail en 2015, soit 55,9% du nombre total de contrats visés, étaient des CDD.
Dans la réalité, la plupart des titulaires d’un CDD, outre les travailleurs saisonniers, sont des travailleurs engagés en complément d’effectifs, des travailleurs engagés pour assurer un remplacement provisoire ou des travailleurs occupés dans des secteurs d’activité dans lesquels il est d’usage de ne pas recourir à des contrats à durée indéterminée (secteurs de la construction, hôtellerie, etc.). Ils peuvent occuper le même emploi tout en se faisant renouveler, de manière illimitée, leur contrat de travail chaque fois que celui-ci arrive à son terme. Par conséquent, ce serait faux, voire de la tricherie que de comptabiliser ces emplois en de nouvelles créations à chaque renouvellement. C’est à cette supercherie que se livre Mansour Sy pour masquer ses carences et l’échec patent de Macky Sall en matière d’emploi. Depuis 2012, il porte des lunettes roses et peint toujours la situation en matière d’emploi en rose, à l’opposé de ce que vivent les sénégalais : chômage endémique et précarité des emplois (s’ils existent). Le réveil sera brutal et la chute dure …

Ibrahima Sadikh Ndour
ibasadikh@gmail.com

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