En Turquie, des purges d'opportunité?

erdowanDeux semaines après le putsch raté du 15 juillet dernier, les purges se poursuivent toujours en Turquie dans la fonction publique et au-delà, parmi les sympathisants supposés de l’imam Fethullah Gülen, le cerveau du putsch aux yeux d’Ankara. Les autorités parlent de 18 000 personnes en garde à vue et près de 10 000 personnes arrêtées depuis deux semaines.

Le pouvoir profite-t-il de la situation pour s’attaquer à tous ses opposants, y compris les « non-gülenistes » ? Comment le pouvoir turc « identifie » les coupables ?

Ces purges ont été menées de façon très méthodique, ce qui confirme cette idée que des listes existaient déjà bien avant le putsch pour expulser les proches de Fethullah Gülen. On a vu d’abord les éléments de l’armée directement impliqués dans le putsch être arrêtés, ensuite les juges pour préparer le système judiciaire qui va devoir orchestrer tous ces procès à venir, ensuite l’enseignement, les médias et toute cette nébuleuse d’organismes, d’ONG ou d’entreprises proches de Fethulah Gülen. Une manœuvre très méthodique, pas du tout dans l’improvisation mais bien un procédé qui vise de manière chronologique des institutions de l’Etat et de la société civile qui sont « infectées par le virus du terrorisme », pour reprendre la terminologie du pouvoir turc.

Il y a aussi cette crainte, que les grandes purges ne visent pas uniquement les gülenistes. Et même au sein de ceux que l’on appelle gülenistes, on parle de centaines de milliers, probablement de millions de personnes qui par exemple, sont allées dans une école privée, ou un jardin d’enfants, ou une université réputée proche de Gülen ou qui ont travaillé pour une entreprise qui appartenait peut-être à des capitaux de la mouvance Gülen, puisque le réseau informel autour de Fethullah Gülen était immense. On a vu par exemple, parmi les médias fermés par décret, des magazines pour enfants dont le tort était d’appartenir à un patron güleniste. Donc un grand ménage qui vise certains opposants à Recep Tayyip Erdogan et aussi qui frappe bien au-delà des véritables responsables de ce putsch raté.
 
On l’a vu, les purges ont touché tous les secteurs de la fonction publique. Très concrètement, comment l’Etat turc pourra fonctionner dans les semaines, les mois à venir après ces licenciements massifs ?

Les autorités assurent que les impacts sont limités mais on parle de plus de 20 000 professeurs dans l’enseignement : on a déjà annoncé le report de la rentrée scolaire au 3 octobre. Les étudiants des dizaines d’universités privées fermées ont été redistribués dans les universités publiques. C’est particulièrement inquiétant pour les universités, qui vont devoir remplacer des centaines de professeurs démissionnaires ou limogés, ainsi qu’un millier de recteurs à travers le pays. En général dans la fonction publique, on s’inquiète également de la qualité des futurs recrutements puisqu’il faudra remplacer à toute vitesse des milliers de cadres. Inquiétude aussi sur la mainmise sur ces recrutements de l’AKP, le parti du président de la République, puisque les candidats devront plus que jamais montrer leur fidélité au pouvoir en place. Et enfin des craintes également très fortes sur la vulnérabilité du pays avec une armée décapitée, des relations très mauvaises entre la police, l’armée, la gendarmerie, des services de renseignements fragilisés. Alors que le pays est toujours sous la menace du terrorisme de l’organisation Etat islamique.

Par ailleurs les conséquences du putsch manqué sur l’économie, notamment sur le tourisme, commencent à se faire sentir ?

On a vu d’abord après le putsch la bourse d’Istanbul et la devise turque chuter, et l’annonce des premières purges dans le secteur économique vendredi risque de fragiliser encore davantage l’industrie et probablement inquiéter les investisseurs étrangers. Effectivement, c’est peut-être le tourisme qui est le plus mal en point, déjà plombé après cette vague terroriste qui frappe la Turquie depuis un an, notamment après ce dernier attentat fin juin à l’aéroport Atatürk. Le nombre de visiteurs a chuté de 40% en Turquie en juin. Des chiffres annoncés cette semaine qui concernent donc la période qui précèdent l’attentat de l’aéroport et le putsch raté. L’industrie du tourisme s’attend donc à une année catastrophique.

RFI

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