En une liste de lectures, Barack Obama ridiculise Donald Trump

Visiblement repu de son été, Barack Obama est venu cruellement rappeler aux Américains qu’il fut un temps où ils étaient gouvernés par un lettré. Habitué des listes de lectures pendant et après son mandat, l’ex-président a recommandé dimanche sur Facebook cinq livres, comprenant essais et romans.

L’une de mes choses préférées en été est de choisir mes lectures quand les choses ralentissent un peu, que ce soit en vacances en famille ou juste lors d’un après-midi tranquille», écrit-il.

Obama est, bien sûr, aguerri à l’exercice. La diffusion de ses listes de lectures, et même, de ses listes d’achats en librairie, était devenue un rendez-vous attendu de sa gouvernance. Dans un grand entretien paru dans le «New York Times» en 2017, il racontait à quel point la littérature lui permettait de «ralentir et de mettre les choses en perspective». Il citait des auteurs classiques (Melville, Steinbeck, Fitzgerald), comme des auteurs contemporains en phase avec des problématiques actuelles, comme Colson Whitehead ou Ta-Nehisi Coates, qu’il a reçu à la Maison-Blanche. Si on cherche bien, on peut même trouver sur internet les 86 livres conseillés par Obama.

Barack Obama, le président qui aimait les livres (et pas n’importe lesquels)

Cet été, dit-il, j’ai été absorbé par de nouveaux romans, j’ai revisité un vieux classique et j’ai réaffirmé ma foi dans notre capacité à avancer ensemble lorsque nous cherchons la vérité.»

Il recommande en premier lieu «Educated» de Tara Westover, «remarquable témoignage d’une jeune femme élevée dans une famille de survivalistes de l’Idaho qui s’efforce d’obtenir une éducation tout en faisant preuve d’une grande compréhension et d’un grand amour pour le monde qu’elle laisse derrière elle.» Il cite également «Warlight», le parcours de deux enfants après la Seconde Guerre mondiale imaginé par Michael Ondaatje, l’auteur du «Patient anglais» et «Une maison pour M. Biswas», par le prix Nobel V.S. Naipaul, décédé plus tôt ce mois-ci.

Obama a également lu «An American Marriage», de Tayari Jones, «représentation émouvante des effets d’une condamnation injustifiée sur un jeune couple afro-américain»: l’homme est envoyé en prison pour une agression sexuelle qu’il n’a pas commise tandis que son épouse doit faire face aux défis de la vie sans lui.

Enfin, «Factfulness», le dernier livre proposé par l’ancien chef d’Etat, est rédigé par l’universitaire suédois Hans Rosling et examine pourquoi nos instincts psychologiques rendent parfois si difficile d’entendre la vérité. Obama le décrit comme «un livre d’espoir sur le potentiel de progrès humain lorsque nous travaillons sur des faits plutôt que sur nos biais inhérents.» Voilà peut-être la plus évidente des allusions à l’actualité et à un président dont l’avocat a donné cette déclaration toute orwellienne, à peu près en même temps que la publication de la liste: «La vérité n’est pas la vérité.»

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“Tout le monde en parle”

Donald Trump, lui, n’a jamais livré de liste de lectures. Il n’a du reste jamais montré la moindre curiosité artistique, ni aucune appétence pour un objet culturel − si ce n’est pour «The Apprentice», la télé-réalité dans laquelle il est apparu de 2004 à 2015. Lors de sa campagne, il répétait à qui voulait l’entendre que ses deux livres de chevet étaient la Bible et «The Art of the Deal» («l’Art de la négociation», publié aux éditions de l’Archipel en France), son propre rejeton. Néanmoins, il évoque parfois des bouquins sur Twitter, toujours plus ou moins en orbite de son propre nombril. Les livres qu’il aime se divisent en deux catégories: ceux qui disent du bien de lui et ceux écrits par ses alliés ou amis. Par exemple, «Box of Butterflies», de Roma Downey, la femme du producteur de «The Apprentice». Sa critique? «Super couple, super livre!»

Ce qu’il y a de plus beau dans les ouvrages dont il fait la pub, ce sont les titres, qui, mis bout à bout, ne cachent pas leur fonction de propagande. Il y a «Capitalist Comeback: The Trump Boom and the Left’s Plot to Stop It» («le Retour capitaliste: le boom de Trump et le complot de la gauche pour l’empêcher») d’Andrew F. Puzder, un ancien membre de son cabinet auquel Trump prédit un «gros succès». Mais aussi «What Really Happened: How Donald J. Trump Saved America From Hillary Clinton» («Ce qui s’est vraiment passé: comment Donald J. Trump a sauvé l’Amérique d’Hillary Clinton») du journaliste conservateur Howie Carr, un ouvrage dont «tout le monde» parlerait selon le président et «Liars, Leakers, and Liberals: The Case Against the Anti-Trump Conspiracy» («les Menteurs, les fuiteurs et les libéraux: la preuve contre la conspiration anti-Trump»), par Jeanine Pirro, journaliste de Fox News.

Et puis, encore, «The Russia Hoax: The Illicit Scheme to Clear Hillary Clinton and Frame Donald Trump» («le Canular russe: le complot pour acquitter Hillary Clinton et coincer Donald Trump») de Gregg Jarrett, l’un des plus ardents défenseurs de Trump sur Fox News. Le locataire de la Maison-Blanche compte manifestement beaucoup sur ce dernier essai, dont il a vanté les mérites à de nombreuses reprises: un «must read», un «super livre dont tout le monde parle», écrit par un auteur «génial».

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Ces références, assez dérisoires, pourraient bien en dire assez long sur Trump, ce président qui croit aux superlatifs autoréalisateurs, et qui imagine que les livres pondus par ses sbires le dédouanent de toute polémique. Evidemment, le comparatif avec Obama fait mal − comme le commente une internaute sous le post Facebook, en évoquant «ce sentiment quand ça fait deux ans, mais que vous êtes toujours follement amoureux de votre ex».

Le démocrate mouche le républicain sans aucune allusion à sa propre personne, sans aucune menace sur la démocratie et sur la liberté de la presse. Si son bilan n’est pas parfait, on ne peut pas lui enlever ses manières de gentleman, jusque dans le trolling. Il rappelle simplement que la connaissance est une des clés de la gouvernance. Encore faut-il que l’adversaire comprenne qu’il est insulté.

Amandine Schmitt

nouvelobs.com

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