Erdogan annonce à son tour des sanctions contre des ministres américains

Turkish President Tayyip Erdogan greets his supporters as he leaves from a mosque following the Friday prayers in Ankara, Turkey August 3, 2018. Kayhan Ozer/Presidential Palace/Handout via REUTERS ATTENTION EDITORS - THIS PICTURE WAS PROVIDED BY A THIRD PARTY. NO RESALES. NO ARCHIVE.?

Washington et Ankara multiplient les menaces. Le sort d’un pasteur américain en résidence surveillée en Turquie est au cœur des tensions.

L’escalade continue. Après avoir menacé de le faire, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a demandé samedi 4 août le gel en Turquie des avoirs des ministres de la justice et de l’intérieur américains, répliquant à des sanctions similaires prises par Washington en lien avec la détention d’un pasteur américain, Andrew Brunson.

« Jusqu’à hier soir nous sommes restés patients. Aujourd’hui j’en donne l’instruction : nous gèlerons les avoirs en Turquie des ministres de la justice et de l’intérieur américains, s’ils en ont », a déclaré M. Erdogan lors d’un discours télévisé à Ankara. « Nous ne voulons pas de jeux perdant-perdant. Déplacer une dispute politique et judiciaire sur le terrain économique nuit aux deux pays. »

« La Turquie est un Etat de droit », a rappelé le président turc, qui affirme toujours ne pas pouvoir intervenir dans le procès du pasteur américain. « Ceux qui pensent pouvoir faire reculer la Turquie avec un langage menaçant et des sanctions absurdes ne connaissent pas ce pays », a-t-il ajouté.

Relations tendues

La tension est montée d’un cran ces derniers jours entre Washington et Ankara, autour du sort du pasteur Andrew Brunson. Placé en résidence surveillée en Turquie après un an et demi de détention, le religieux, accusé d’activités « terroristes » et d’espionnage, rejette toutes les accusations portées contre lui. Il risque jusqu’à trente-cinq ans d’emprisonnement.

Sanctions américaines sans précédent contre l’allié turc

Excédé par le refus d’Ankara de libérer un pasteur, Washington cible deux ministres.

En représailles à la détention, en Turquie, du pasteur évangélique américain Andrew Brunson, les Etats-Unis ont décidé, mardi 1er août, d’imposer des sanctions aux ministres turcs de l’intérieur et de la justice, Süleyman Soylu et Abdulhamit Gül. Tous deux sont décrits par le département du Trésor des Etats-Unis comme ayant joué « un rôle majeur » dans l’incarcération du pasteur.

Les deux ministres turcs sont désormais interdits d’entrée aux Etats-Unis, leurs avoirs sur le sol américain ont été gelés, aucun citoyen américain ne peut plus commercer avec eux. Ces sanctions sont une première salve. D’autres pourraient suivre. D’ores et déjà, la monnaie turque a décroché, atteignant le seuil symbolique de 5 livres pour 1 dollar.

Ulcérée par l’attitude agressive et clivante du gouvernement turc, l’administration américaine a, selon l’agence Bloomberg, élaboré à l’endroit d’Ankara, son partenaire stratégique dans la région, son alliée au sein de l’OTAN, une « liste Magnitski », semblable à celle qui vise actuellement le gouvernement russe et les oligarques proches du Kremlin.

Voici des mois que l’affaire Brunson empoisonne la relation entre les deux partenaires. Jugé depuis le printemps par un tribunal d’Izmir, le pasteur Brunson risque trente-cinq années de prison pour « terrorisme » et « espionnage » au profit de deux organisations, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le réseau du prédicateur Fethullah Gülen, désigné par Ankara comme le cerveau du coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016.

« Nouvel Antéchrist »

Arrêté en décembre 2016, M. Brunson, 50 ans, a été détenu pendant dix-neuf mois à la prison de haute sécurité d’Izmir – dont douze mois sans mise en examen – avant d’être placé, la semaine dernière, en résidence surveillée. L’acte d’accusation du pasteur Brunson est surprenant. Fondé sur les auditions de témoins anonymes évoqués par leurs seuls surnoms (« Feu », « Le Prieur », « Météor »),…

lemonde.fr

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