Esclavage en Lybie-Terrorisme-Affaire Khalifa Sall, Mamadou Bamba Ndiaye dénonce : «Le comportement de nos dirigeants est pire que ceux des gens qui vendent nos citoyens»

Ancien ministre sous Abdoulaye Wade, Mamadou Bamba Ndiaye survole l’actualité des derniers jours dans cet entretien avec Xalima. De l’esclavage en Libye à la lutte contre le terrorisme, l’ancien ministre chargé des affaires religieuses pointe du doigt le comportement des chefs d’Etats africains vis-à-vis des problèmes de l’Afrique. Il revient également sur l’appel au dialogue initié par le ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye tout en donnant son point de vue sur l’affaire Khalifa Sall.

Vente de migrants en Libye

C’est malheureux d’apprendre que des êtres humains sont en train d‘être vendus comme esclaves dans un pays africain. C’est certain que dans le passé nous avons vécu la traite négrière, qui pour moi, se réactualise à travers nos  athlètes valides qui sont achetés par des clubs européens puis reversés en Afrique une fois leurs carrières terminées. Cela se traduit également par le départ de plusieurs universitaires formés par le maigre budget du Sénégal et d’autre pays africains et qui aujourd’hui servent dans les plus grandes universités américaines. Ceci, pour moi n’est qu’une nouvelle forme de traite négrière adaptée à la situation d’après indépendance. Mais ce qui se passe en Libye en vérité y existe depuis quelques années. L’année dernière j’avais fait une contribution suite au décès de plus de 500 jeunes africains perdus dans les méandres de la méditerranée parce qu’il voulait rejoindre l’Europe. Il ya des passeurs qui les vendent et les mettent dans des embarcations et une fois en pleine mer ils donnent l’ordre qu’on les délaisse.

La réaction des chefs d’Etats sur l’esclavage en Libye 

Ce qui est regrettable c’est qu’aucun des chefs d’Etats africains  n’a réagi ou n’a essayé de faire quoi que ce soit. Au Sénégal, nous avons un ministère chargé des affaires extérieures et malgré cette structure, rien n’a été fait concernant ce drame. Plus que cela, quand on entend que des citoyens africains sont vendus en esclaves, on s’attendait certainement que le peuple s’indigne et mandate leurs gouvernants pour qu’il les représente, qu’ils agissent à leur nom. Or, nous avons constaté que c’est après le mouvement des citoyens que le président Macky Sall a sorti au nom du gouvernement un communiqué pour s’indigner. Le président en exercice de l’union africaine a publié un communiqué.

Nous avons pensé  que le Sénégal aurait dû convoquer une réunion d’urgence au niveau du conseil de sécurité, faire prendre une résolution pour condamner ces actes sauvages et barbares ; mieux, demander l’intervention des forces de l’ordre de l’Onu au niveau de la Libye pour faire libérer  ces africains. La CPI aurait dû mener des enquêtes préliminaires, pour traduire ces gens devant le tribunal international. De même, la CEDEAO et l’Union africaine pouvaient mobiliser leurs forces pour une intervention dans ce territoire qui n’est commandé par personne aujourd’hui. C’est une zone commandée par des tributs.

Ce qui confirme la thèse, c’est que j’ai appris que la Dic menait une enquête sur le trafic de migrants en Libye depuis très longtemps, cela veut dire que nos gouvernants étaient au courant de l’affaire depuis un an. Et c’est cela qui n’est pas acceptable.

Je pense que ce qui se passe en Afrique est terrible mais le comportement de nos dirigeants est pire que ceux des gens qui vendent  nos citoyens. Les dirigeants africains ont été les premiers à vendre leurs propres enfants. Les enquêtes devraient avant tout être dirigées contre ces dirigeants.

En plus, au moment où le monde entier condamnait ces actes barbares, M. Youssou  Ndour s’est permis d’aller à Paris avec beaucoup d’africains..  Ils ont fait la fête toute la nuit. C’est désolant. Je pense qu’ils n’ont pas de conscience.

Solution pour le retour des migrants dans leurs pays d’origine

Si ceux qui les détiennent en otage ne font rien pour les libérer, je pense qu’il n’y a que l’intervention militaire qui peut les faire libérer. Imaginez-vous que Donald Trump puisse dormir s’il apprenait qu’un citoyen américain était détenu quelque part, il ne l’acceptera pas et Macron non plus. Alors pourquoi l’ensemble des gouvernants africains ne se soucie pas de leurs citoyens. Je me demande même à quoi ils servent ces prétendus présidents. Même un bon chef de canton doit s’intéresser à ces sujets et ici ce n’est pas le cas.

Si la jeunesse perd espoir de leurs propres pays, de leurs propres gouvernants qu’est ce qui leur reste. Ce cri de cœur est la honte de tous nos gouvernants, cela signifie que nos politiques ont fait carrément faillite.

D’abord sensibiliser les africains. Tant qu’il n’y a pas à la tête des Etats africains, des chefs d’Etats patriotes et conscients je crois que ce problème va continuer. Si au Sénégal pendant les élections, les gens acceptent de vendre leurs cartes d’électeur pour un billet de 5000 f, dites-vous celui-là accepte d’être un esclave. Donc c’est ce vaste travail qu’il faut faire. La conscientisation des sénégalais ici à la base. Ces gens qui sont à la tête de nos Etats sont d’aucune utilité. Donc le mal est très profond.

Forum de Dakar sur la paix et la sécurité, lutte contre le terrorisme

«Le combat contre le terrorisme dont on parle, c’est une manière pour les occidentaux de nous détourner de l’essentiel. Je ne dis pas que nous ne sommes pas menacés mais nous avons d’autres menaces beaucoup plus présentes et nous devons nous occuper de ces menaces là et faire face à ces défis qui sont l’emploi des jeunes, la mise en place de structure pouvant prendre en charge ces candidats à l’immigration.

Si on remarque bien lors dans ce forum il y avait plus de français présent que de sénégalais. Est-ce que les marabouts sénégalais ont été invités à participer à ce forum. Si on parle de problèmes liés à l’islam, comment peut-on le régler avec des experts français, américains et allemands, on laisse de côté les marabouts sénégalais. Et on nous dit qu’on veut régler un phénomène islamique dans notre pays. Cela n’a pas de sens. Malheureusement le terrorisme est devenu un business international. Si vous voulez être un universitaire qu’on invite dans tous les forums du monde écrivez un article ou devenez un expert sur le radicalisme, le jihadisme ou du terrorisme. Et même les Etats font du business avec cela.

La première édition était organisée à Dakar mais l’idée était partie de Paris. Pour celui de cette année j’ai fait une contribution pour dénoncer l’échec. On a déplacé le ministre des Affaires étrangères pour remettre des invitations à sept chefs d’Etats africains. Mais à part le président du Mali, personne d’autre n’est venu. Parce que les autres ont compris que c’était un jeu de la France. Et que cela ne rime à rien. Grace à Dieu le Sénégal n’a pas eu encore d’attaque mais cela ne veut pas dire qu’on doit dormir sous nos lauriers. Nous ne sommes pas comme les autres pays qui ont été attaqués, mais avec le business que représente le terrorisme, on est plein la dedans et plus même que les pays qui sont dans la ligne de front. Le problème de terrorisme en France c’est que ce pays a raté sa politique d’intégration. Il faut qu’elle change de politique intérieure à l’égard des musulmans qui sont en France. Les terroristes sont des gens qui ont des problèmes à régler avec les français ou bien des étrangers. Ils attaquent des hôtels ou des restaurants qui sont fréquentés par les étrangers, ce n’est pas les populations qui les intéressent. Alors eux ils veulent se protéger et il nous utilise pour les protéger. Ce qui fait que nous sommes en train de nous découvrir.

Ce qui se passe en Libye c’est Sarkozy après avoir dilapidé de manière honteuse l’argent de la Libye, il a  liquidé  Kadhafi comme ils ont fait avec thomas Sankara, Kuamé Kruma et tant d’autres. Alors la Libye est restée sans chef. La cause de tout ce qu’on voit dans la sous-région, ils sont les responsables. Ils n’ont qu’à régler ce problème entre eux et je pense que le Sénégal n’a pas à les soutenir dans leur prétendu lutte contre le terrorisme. Si nous devons lutter contre le terrorisme, c’est une autre manière qu’on doit le faire. Et l’option militaire, choisie par la France n’est pas payante. Eux-mêmes sont entrains de reculer. Quand un jeune français revient de Daesh ou de l’Irak, ils ne le mettent pas en prison. Il est envoyé dans un centre de réinsertion où un ouléma est chargé de travailler avec lui, pour le ‘’déradicaliser’’. Militairement, nous n’avons pas les moyens de lutter contre le terrorisme.»

Dialogue politique, élection présidentielle 2019

«Tout d’abord moi je suis militant du grand parti, nous avons dessiné au niveau de cette structure des positions claires et net. Plusieurs fois le pouvoir a fait appel à ce prétendu dialogue. Le 28 mai est passé il n’y a rien eu, alors cela montre qu’ils ne veulent pas dialoguer. C’est vrai qu’il y a un problème crucial du processus électoral qu’il  fallait régler. Donc même si les partis politiques ne viennent pas le gouvernement est tenu de le régler. Il a pris de l’argent des sénégalais pour leur promettre des cartes d’identité biométriques. Or nous avons fait des études et nous avons appris que le Sénégal a payé plus cher que l’Algérie. Aujourd’hui il n’y a pas plus de 5 millions de sénégalais qui ont reçu leurs cartes d’identité truffées d’erreurs chez certains. Donc le gouvernement a un devoir républicain de donner à tous les sénégalais qui en ont droit, leurs cartes d’identité. Que l’opposition vienne répondre ou pas ça  c’est de leur devoir. L’autre point, il leur appartient également de répondre aux multiples questions pendantes, relatives au processus électoral. Nous avons vu la manière désastreuse dont les législatives ont été organisées, donc toutes ces questions relèvent de leur responsabilité. Maintenant ce qui devait intéresser l’opposition, c’est que nous puissions poser des préalables nécessaires. Choisir une personnalité neutre pour conduire le dialogue sur le processus si vraiment ils sont sérieux. Sinon ils vont nous faire perdre du temps jusqu’au jour des élections présidentielles 2019.

Alors j’en profite pour faire un appel à tous les sénégalais. Car le Sénégal ne vivra jamais une élection aussi importante que celle de 2019. Parce qu’il ne s’agira pas seulement de choisir un président de la république, mais il s’agira de choisir une personnalité qui pourra gérer le Sénégal du pétrole, de l’économie et de l’exploitation du gaz. Le Sénégal a toujours été un pays très convoité de tous les temps, mais il le sera beaucoup plus à partir de 2020. Et si on n’a pas à la tête de ce pays un homme qui a la tête sur les épaules, je me demande où irons nous.»

 

Volt face de la justice sur la levée de l’immunité parlementaire du maire de Dakar Khalifa Sall

«C’était l’ancien ministre de la justice qui  avait dit que Khalifa Sall ne peut pas bénéficier de son immunité parlementaire. Et aujourd’hui, en voulant de le juger ils se rendent compte qu’on doit lui lever son immunité parlementaire. Qui, si elle n’existait pas n’avait pas à être levée. L’Etat est entrain de commettre des erreurs dont tous les sénégalais se rendent compte. L’affaire Khalifa Sall est un faux problème inventé par l’Etat, pour liquider un adversaire politique.

Je pense que le peuple n’a qu’à prendre ces responsabilités et jouer son rôle. Parce que véritablement l’opposition est très éparpillée pour des raisons qu’il faut étudier. Le président Macky Sall est en train de faire un jeu qui n’est pas bon pour le pays. C’est vrai qu’il est en train d’éliminer ces opposants directs. Et ceux qui résistent, il essaie de leur  barrer la route par des moyens encore non conventionnels. Alors qu’il est chargé d’utiliser que des moyens conventionnels. Et c’est le cas de Mugabe qui risque bien de finir mal. Et tout chef d’Etat qui fait recours à ces moyens le payera cher. Il est temps pour le peuple sénégalais de prendre ses responsabilités car il est temps. Nous avons une politique sale, obscure et ténébreuse.»

Propos recueillis par Amadou Demba Lo

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