Et si on revisitait le lexique pulaar hérité du commerce du fleuve au temps de compagnies ?

Merlanga, Lappitooji, Bula et Kumba Wuppa Bula EN

Et si on revisitait le lexique pulaar hérité du commerce du fleuve au temps de compagnies ?

L’embarcation typique utilisée dans le commerce européen du fleuve Sénégal était un gros porteur évasé à fond plat, appelé « mbana » par les Wolof. Cete barque ou chaland (laana salang), d’une capacité utile de dix à vingt-cinq tonnes, était conçue pour la navigation fluviale.

Les « maîtres de barques » étaient choisis pour leur connaissance parfaite du fleuve. Dans tous les pays riverains du fleuve, les autorités locales exerçaient leur souveraineté en exigeant des traitants européens le paiement de redevances appelées « coutumes » et qui étaient synonymes de droit de commerce dans leurs territoires respectifs de même que le droit de passage au pays de Galam (Gajjaga) où des coutumes devaient aussi être versées aux chefs locaux.

Le « maitre-langue » ou maître de langues, était choisi pour sa parfaite connaissance des coutumes et langues du pays et pour gérer l’épineuse question des coutumes. Il épargnait aussi aux négociants européens les longues palabres et les langoureux marchandages.

Le nom a survécu dans les gares routières du Fuuta sénégalais sous le vocable « merlanga », c’est-à-dire un auxiliaire, généralement un chauffeur à la retraite, chargé d’orienter les passagers et de « couper » les billets. Aujourd’hui le terme « coxeur » tend à le remplacer. Les « laptots » (lappitooji en pulaar), navigateurs et soldats à l’occasion, étaient aussi des auxiliaires indispensables.

Sans ces prototypes des futurs tirailleurs sénégalais, il serait impossible de monter au Pays de Galam pour le besoin du commerce de l’or et des esclaves. Quand le vent était contraire, ils halaient les barques à la cordelle en se mettent quelque fois dans l’eau jusqu’au cou, lorsque le bord de la rivière n’était pas praticable et le tout en dépit du fait que certains se faisaient dévorer par les crocodiles.

Ils étaient aussi chargés, au risque de leur vie, d’affronter à la rame la barre de l’embouchure du fleuve Sénégal pour s’occuper des transbordements des passagers et des marchandises des vaisseaux qui se signalaient au large de Saint-Louis.

Les laptots se recrutaient parmi toutes les nations du fleuve, surtout parmi les Bambara où d’autres gens supposés appartenir à ce groupe. Ils étaient aussi des captifs de case ou des affranchis liés au service des signares de Saint-Louis qui contrôlaient une bonne partie du commerce de la ville. Jusqu’aux années soixante, les « laptots » étaient encore visibles dans le commerce du fleuve Sénégal, torse et pieds nus, le pantalon bouffant de la ceinture aux genoux, le regard sombre, tirant péniblement leurs salangs (chalands) sous un soleil de plomb, traversant les haies épineuses des champs de décrue (palé), s’époumonant parfois dans des courses folles pour attraper et punir les enfants qui s’offraient le malicieux plaisir de se moquer d’eux et de les caillasser.

Le personnel des barques comprenait aussi des mousses, apprentis navigateurs, et des pileuses, femmes indigènes recrutées pour faire la cuisine et laver le linge.

Les gens du Fuuta appelaient ces dernières Kumba wuppa bula en (littéralement les Kumba-qui-blanchissent-le-linge-à-l’indigo), nom péjoratif qui faisait allusion au possible abus de ces captives de case comme “laveuses de mélancolie.”

L’indigo pur (le fameux bleu d’outre-mer) dissout dans l’eau en petite quantité, donne au linge une blancheur éclatante. Le produit était importé de l’Inde avant d’être produit dans les colonies américaines d’où il était exporté en Europe.

Les gens du Fuuta ont découvert ce produit entre les mains de ces femmes-matelots car, au Sénégal, aucune indigoterie n’avait été construite avant le projet agricole du baron Roger au début des années 1820.

Si vous en savez des mots hérités du commerce européen du fleuve, veuillez nous les communiquer SVP.

Sur le mur Facebook de Dr Ibrahima Seck Chercheur UCAD

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