Etat de délabrement, baisse du niveau des élèves… : Le lycée Malick Sy n’est plus une sainteté

Longtemps, il a été un prestigieux établissement dont la réputation a débordé des limites… administratives de la ville de Thiès. Le lycée Malick Sy, dévasté par son délabrement, qui a perdu la bourse d’excellence, court après son glorieux passé. En fêtant le Cinquantenaire de sa création, il essaie de retrouver son lustre d’antan.

Le lycée Malick Sy de Thiès nourrit des fantasmes et entretient une réputation qui lui donne une classe d’établissement légendaire. Celle-ci se conjugue désormais au passé décomposé et essaie de retrouver cette place dans le… concert des foyers ardents du système éducatif sénégalais. Pari sur l’avenir. 

La cruelle vérité corrompt, néanmoins, une image de 50 ans : des fenêtres et de portes cassées, des salles mal éclairées, une peinture défraîchie sur des murs glauques. L’ensemble est couvert par une poussière exacerbant un défaut d’entretien et une insalubrité qui s’intègrent dans les mœurs de ce lycée. Ce décor est le reflet d’une agonie en sa phase terminale.

Le Lycée Malick Sy de Thiès aime cultiver un paradoxe environnemental saisissant. De loin, on meurt d’envie de l’intégrer : enjolivée par des massifs fleuris, la devanture de l’établissement offre une belle carte de visite. A l’intérieur, un décor de ruines lui donne une image de grand corps malade. Avec 3 300 élèves, Malick Sy est un quinqua hébété qui regarde l’avenir avec plusieurs interrogations. Depuis sa fondation, il n’a pas connu un coup de lifting ou un rafistolage qui aurait permis d’entretenir  ses fondamentaux. 

Il est 16 H. En cette après-midi du lancement du Cinquantenaire de ce lycée, les anciens sont revenus sur les terres de leurs exploits scolaires pour se ressourcer. Et aussi redonner à cette école son… souffle d’antan. Entre les maux, les anciens potaches, les parents d’élèves, les enseignants et les élèves n’ont pas…. mâché les mots pour fustiger la décadence de leur cadre d’études. Ce jour-là, il a connu un coup de lifting pour lui redonner un lustre qu’il n’aurait du jamais perdre. «C’est une  occasion pour l’administration, les anciens élèves et parents d’élèves de recadrer le rôle de chacun d’entre eux dans la reconquête de l’excellence jadis marque de fabrique du lycée Malick Sy de Thiès mais qu’il a fini de perdre avec le temps», renseigne un enseignant. Bien sûr ! 

L’excellence, un vieux souvenir
Quand on feuillette le classement des meilleurs établissements sénégalais au moment de la distribution des prix de Concours général, son nom  n’apparaît même pas dans les profondeurs. Il est retombé dans l’anonymat total au moment de célébrer les «grands esprits» du Sénégal. Les lycées Limamou Laye, Seydou Nourou Tall, Mariama Bâ ou le Prytanée militaire  trustent les hits parades. Est-ce une stratégie ? Le proviseur du lycée pense qu’il s’est recentré sur d’autres priorités pour expliquer ses performances à ce rendez-vous annuel : le succès aux résultats du baccalauréat qui constitue évidemment l’essence même de sa création. 

Alors qu’il a «enfanté» de grandes personnalités (voir par ailleurs), il  tente de retrouver l’esprit des anciens qui ont porté haut cette école. Dans ce lot, on peut citer des architectes, des avocats, des capitaines d’industrie, des hauts cadres des différentes administrations, des ingénieurs, des médecins, des officiers supérieurs entre autres. Il continue toujours d’en produire. 

Les anciens élèves et la nouvelle administration conjuguent leurs efforts en mettant en place un ambitieux programme de réhabilitation de ce temple du savoir. Fondé en 1965, parrainé par le vénéré marabout de Tivaouane, El Hadji Malick Sy, l’établissement est complètement dévasté par l’usure du temps. 

«Les  difficultés que nous traversons sont multiples», indique  le proviseur du lycée Malick Sy dont la description correspond à un outil en ruines. «L’établissement souffre d’étanchéité des bâtiments et  les salles de classe suintent pendant l’hivernage», révèle Ahmet  Lyane Diop, proviseur du lycée de Malick Sy de Thiès. En promenant son regard dans les couloirs du lycée, on est étreint par l’état de délabrement assez avancé de cette structure. 

Il ne faut pas occulter le persistant problème des tables-bancs, les installations électriques et l’eau. «Aujourd’hui, les canalisations sont complètement détériorées», tonne le proviseur. En effet, les robinets de  la fontaine ne fonctionnent plus. Et les toilettes sont dans un état de propreté pitoyable. L’odeur pestilentielle altère la qualité de l’air. «Le Malick Sy d’aujourd’hui nous laisse un peu un goût amer par rapport à notre belle histoire. Je suis sûr que les lycéens d’aujourd’hui vont relever le défi», se convainc Serigne Diop, ancien élève du lycée et actuel médiateur de la République.  

Déclin
Aujourd’hui, la Convention des Thiessois, qui regroupe les anciens élèves de Malick Sy, essaie de trouver les moyens pour réconcilier leur établissement avec son glorieux passé. Il s’agit de l’amélioration des conditions d’études des élèves et favoriser  leur réussite scolaire. Cet ambitieux programme comprend deux volets principaux : il s’agit du renforcement et la consolidation des bases qui ont fait de Malick Sy un lycée d’excellence.

Dans la quête de cet objectif, il vise aussi à renforcer de moyens pédagogiques par la fourniture de matériels pédagogiques, d’accompagnement spécifique des élèves candidats au concours général et au baccalauréat, de la réhabilitation de l’infrastructure par la reprise de l’étanchéité des bâtiments.

«Nous devons réfectionner toutes les toitures avant l’hivernage, la réfection des salles de classe et des bureaux, le renouvellement des équipements, la réfection des toilettes et la réhabilitation des installations électriques mais aussi des tables-bancs», liste Ousmane Diakhaté, le président de la convention. 

Au milieu de cette expression de complaintes, une voix laisse entrevoir un début de solutions. Mbaye Sène, un Thiessois de pure souche, s’est engagé à produire l’ensemble de l’immobilier scolaire. Sans oublier l’amélioration du cadre de vie par l’aménagement d’espaces verts et des plantations d’arbres, du développement d’activités génératrices de revenus pour le lycée. Dans le court terme, il vise l’institutionnalisation d’une kermesse annuelle. 

Aujourd’hui, les lycéens, enthousiastes, fêtent les débuts des festivités du Cinquantenaire dans l’allégresse. Souriantes, de belles hôtesses installent les «prestigieux» aînés sur l’estrade qui se dresse majestueusement en face des bâtiments écrasés par la poussière.  Les feuilles mortes jonchent le sol sali par un manque d’entretien. Des airs de chants religieux donnent à l’évènement un cachet plus solennel. Malmené par l’usure du temps, le lycée Malick Sy de Thiès court après son glorieux passé. Concurrencé par le lycée Ahmadou Ndack Seck, il n’assure plus l’exclusivité de la formation de l’élite thiessoise qui étrenne ses nouveaux bâtiments. Malick Sy cherche son nouveau souffle.

 

  • Écrit par  Khady SONKO

kasonko@lequotidien.sn

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