Etats-Unis et Corée du Nord : Trump s’obstine, la communauté internationale s’inquiète

Etats-Unis et Corée du Nord : Trump s’obstine, la communauté internationale s’inquiète

Alors que l’escalade verbale entre Washington et Pyongyang continue d’être entretenue par Donald Trump, des analystes envisagent plusieurs options de sortie de crise.

L’escalade verbale entre les Etats-Unis et la Corée du Nord ne semble pas près de s’arrêter au vu des dernières déclarations de Donald Trump, rendues publiques, vendredi 11 août, sur son compte Twitter.

« Des solutions militaires sont en place, verrouillées et chargées, au cas où la Corée du Nord agisse imprudemment. Espérons que Kim Jong-un s’engage sur une autre voie ! »
De son côté, Pyongyang a qualifié M. Trump « d’odieux fanatique de la guerre nucléaire », par la voix de l’agence officielle nord-coréenne KCNA. « Trump est en train de mener la situation dans la péninsule coréenne au bord d’une guerre nucléaire », a ajouté KCNA.

Nouveau florilège de menaces

Le président a renchéri depuis ses vacances dans son golf de Bedminster, vendredi soir, prévenant Kim Jong-un que « s’il fait quoi que ce soit visant Guam, ou un autre territoire américain, ou un allié des Etats-Unis, il le regrettera vraiment et il le regrettera rapidement », en référence aux annonces de Pyongyang, qui menace de tirer quatre missiles autour de l’île américaine de Guam, dans le Pacifique. La veille déjà, le locataire de la Maison Blanche avait défendu sa formule controversée sur « le feu et la fureur » promis à Pyongyang, estimant qu’elle n’était « peut-être pas assez dure ».

L’occupant du bureau Ovale a assuré à cette occasion que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avait « grandement manqué de respect à notre pays ». « Il a dit des choses horribles. Et avec moi, il ne va pas s’en tirer comme ça. (…) La donne a changé. »
« Ce n’est pas un défi. C’est une déclaration. (…) Il ne va pas continuer à menacer Guam. Et il ne va pas menacer les Etats-Unis. Et il ne va pas menacer le Japon. Et il ne va pas menacer la Corée du Sud. »

Le président en a profité pour dénoncer la passivité de ses prédécesseurs à la Maison Blanche. « Il est grand temps que quelqu’un parle haut et fort pour les habitants de notre pays et les habitants d’autres pays », a-t-il notamment déclaré.

Le retour aux négociations « toujours possible »

Plusieurs solutions de sortie de crise sont toutefois envisagées par les observateurs extérieurs.
Selon le Washington Post, le renseignement militaire américain en est désormais convaincu : Pyongyang a réussi à suffisamment miniaturiser une bombe atomique pour l’embarquer sur l’un de ses missiles intercontinentaux. Il faut accepter le fait que ce pays possède maintenant des armes nucléaires, expliquent certains spécialistes, ce qui rend toute action militaire impossible car trop dangereuse.

« Pour les Etats-Unis, il ne reste plus qu’à négocier avec la Corée du Nord, pour essayer de réduire les tensions et résoudre certains conflits. Il ne faut plus essayer de leur enlever l’arme nucléaire », développe Jeffrey Lewis, chercheur à l’Institut Middlebury des études internationales.
Jeudi, à la fin de sa conférence, Donald Trump a affirmé qu’une négociation avec Pyongyang était toujours possible, mais il a aussitôt ajouté que les pourparlers échouaient depuis vingt-cinq ans.

Dans les années 2000, la Corée du Nord semblait pourtant s’être faite à l’idée d’un ralentissement et d’un contrôle de son programme nucléaire, après des discussions multilatérales avec la Chine, la Russie, le Japon, les Etats-Unis et la Corée du Sud. Mais le pays était alors dirigé par Kim Jong-il. Son fils et actuel leader, Kim Jong-un, a pour sa part refusé tout dialogue.

Donald Trump et le vice-président Mike Pence (à droite) devant des reporters après un briefing sur la sécurité nationale, au golf Trump National de Bedminster dans le New Jersey, le 10 août.
Donald Trump et le vice-président Mike Pence (à droite) devant des reporters après un briefing sur la sécurité nationale, au golf Trump National de Bedminster dans le New Jersey, le 10 août. 

Samedi 5 août, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l’unanimité, sur proposition des Etats-Unis, de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord. La Russie et la Chine – partenaires économiques de Pyongyang – ont approuvé ces mesures, qui pourraient coûter au pays 1 milliard de dollars annuels en revenus (jusqu’à 850 millions d’euros).

« Il est clairement temps pour toutes les parties de se concentrer sur les moyens de faire baisser les tensions », a déclaré Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Pékin a enjoint vendredi aux Etats-Unis et à la Corée du Nord de « faire preuve de prudence » et a exhorté Pyongyang à éviter les « démonstrations de force ».

La Chine, qui compte pour 90 % des échanges commerciaux de la Corée du Nord, a déjà été accusée de ne pas appliquer les sanctions qu’elle avait pourtant votées contre Pyongyang. Jeudi, dans ses critiques, Donald Trump n’a d’ailleurs pas épargné Pékin et a exhorté le pays à durcir le ton avec la Corée du Nord estimant que le pays pouvait faire « beaucoup plus ».
De son côté, la chancelière allemande, Angela Merkel, a critiqué, vendredi, les déclarations belliqueuses de Donald Trump devant la presse à Berlin.

« Je ne vois pas de solution militaire à ce conflit. (…) L’Allemagne va participer de manière intensive aux possibilités de résolutions non militaires, mais je considère l’escalade verbale comme une mauvaise réponse. »

A Moscou, le ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a lui aussi fait part de ses préoccupations, suggérant qu’il revenait à Washington de faire un premier pas en vue d’une désescalade.

« Les risques sont très élevés, surtout en prenant en compte la sémantique employée. Il y a des menaces directes d’employer la force », a-t-il commenté lors d’une rencontre avec des jeunes retransmise à la télévision. « C’est pour cela, bien sûr, que nous sommes très inquiets », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il revenait au « plus fort et plus intelligent » de faire « un pas pour s’éloigner de la ligne dangereuse ».

Une option militaire encore peu probable

Les scénarios du Pentagone si une intervention militaire devait advenir varient de la frappe chirurgicale sur des cibles précises à l’attaque préventive pour pousser à un soulèvement de la population nord-coréenne avec l’espoir d’un renversement de Kim Jong-un.
Cependant, toute intervention armée entraînerait une réaction de Pyongyang aux conséquences difficiles à cerner, mais à la gravité certaine.

Le ministre américain de la défense, James Mattis, a déjà mis en garde contre la dangerosité des représailles de Pyongyang, en expliquant qu’elles seraient « d’un niveau inédit depuis 1953 », et la fin de la guerre de Corée. Kim Jong-un a notamment massé des unités d’artillerie à la frontière avec la Corée du Sud, à seulement 55 km de Séoul.

Mais le scénario d’une guerre ouverte entre les deux Corées semble peu probable, en tout cas à court terme. C’est bientôt la saison des récoltes et Kim Jong-un n’a pas annoncé de mobilisation militaire ; Joe Bermudez, analyste pour le site 38 North, rappelle qu’elle viderait aussitôt dangereusement les usines et surtout les champs, faisant resurgir le risque d’une famine. « Kim Jong-un n’est pas bête. Il est peu probable qu’il mobilise ses troupes à cette période de l’année », assure-t-il.

Un éventuel conflit entre les Etats-Unis et la Corée du Nord serait « catastrophique », a reconnu, jeudi, James Mattis, assurant à l’inverse que les efforts diplomatiques pour régler la crise avec Pyongyang portaient leurs fruits. « La guerre est une tragédie bien connue, il n’y a pas besoin de faire un dessin », a ajouté le chef du Pentagone alors que le président Donald Trump redoublait de virulence face à la Corée du Nord.

Le Monde 

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