Evaluation Des Elections Locales du 29 Juin 2014

Ibrahima SèneUn nombre significatif de résultats des élections du 29 juin est rendu public pour permettre de procéder à une évaluation de celles-ci.

Mais pour ce faire, comme pour toutes autres élections, il est nécessaire d’aborder cette évaluation à partir du contexte, des enjeux, des objectifs des principaux protagonistes, et des stratégies électorales mises en œuvre pour les atteindre.

1) Le contexte

Abdoulaye Rokhaya WANE, Stratégiste, Président du Think Tank Leadership Afrique, dans une brillante contribution, décrivait le contexte général dans lequel se sont tenues les élections locales du 29 Juin, en ces termes :

« A bien des égards, ce que vit le Sénégal d’aujourd’hui correspond à ce qui a été à l’origine de la « révolution tranquille » du Québec qui est définie comme : « le bref moment pendant lequel, fort d’un large consensus, l’Etat, son personnage principal, a été à la fois intensément réformiste et intensément nationaliste. L’Etat québécois a poursuivi en même temps un objectif de modernisation accéléré et un objectif très net de promotion nationale des Québécois francophones ».

En effet, c’est ce type de « Révolution », théorisé par les Assises nationales, que portait l’avènement du Président Macky Sall au pouvoir, fort d’un large consensus incarné par la coalition BBY qui l’a soutenu au second tour de l’élection présidentielle du 25 Mars 2012.

Et plus spécifiquement, cela s’est traduit par des options de réforme phare sur les Institutions, sur le foncier, sur la Décentralisation, sur l’Education et la Santé publiques, et sur la promotion d’un « partenariat public- privé », qui devait épauler l’entreprenariat national pour relancer l’économie et faire face aux problèmes d’emploi, ceux de la jeunesse notamment.

Mais la mise en œuvre de cette feuille de route par les nouvelles autorités s’est heurtée à la nature sociale des principales forces politiques au pouvoir, et aux ambitions de second mandat, devenues centrales dans les préoccupations du Chef de l’Etat.

A cet égard, la nature sociale de la formation politique du Chef de l’Etat, qui est « l’Alliance pour la République » (APR) est en quelque sorte, un instrument pour satisfaire l’ambition politique de son leader, tout comme d’ailleurs l’ont été le PDS de Wade 1974, l’URD de Djibo Kâ 1998, l’AFP de Moustapha Niasse en 1999, et REWMI de Idrissa Seck.

Ce ne sont pas des Partis de réforme, à plus forte raison de transformation sociale, mais des Partis de réalisation des ambitions de leadership personnel de leur fondateur, quelque soit l’idéologie dont ils se revendiquent.

Ces types de Parti ne peuvent réaliser les ambitions de leur fondateur, que dans le cadre d’un régime présidentiel fort, qui peut évoluer rapidement vers un « Césarisme démocratique » ou un « Despotisme éclairé » selon la terminologie de Wade, ou vers un « Bonapartisme » selon la terminologie généralement utilisée pour caractériser ce genre de régime.

Ce sont donc ces types de Parti (APR et AFP) qui cohabitent avec des Partis de réforme (PS) et de transformation sociale (Partis de Gauche) pour constituer la coalition BBY au pouvoir.

La capacité du nouveau pouvoir à réaliser la « Révolution tranquille » de type Québécois que nécessite le contexte général actuel au Sénégal, dépend donc du degré de cohésion au sein de BBY et de l’effectivité de concertations sur les grands dossiers de réformes projetées.

Mais BBY fut plombé dès le début, en perspectives des Législatives de Juillet 2002, par les ambitions des cadres du Parti du Président , qui trouvaient déjà dans ces joutes législatives, une occasion rêvée pour une place au soleil, et militaient pour la plupart, pour des listes « Apéristes » qui étaient pour eux, l’unique moyen pour leur jeune formation politique de se tailler une majorité confortable à l’Assemblée et, par voie de conséquence, permettre au président Macky sall de dérouler sans anicroches, son programme pour le Sénégal.

Mais logique avec lui-même, parce que porté au pinacle par la coalition Bennoo Bokk Yakkar, ( BBY), il y avait à peine 4 mois, le président Macky Sall prenait le contrepied de cette option qui a été théorisée par la plupart de ses lieutenants « Apéristes ».

Toutefois, comme le rapporte talentueux journaliste Alassane Farba Sy, dans une brillante analyse de la nature de l’APR, à en croire l’administrateur du parti, « l’Apr a fait le choix de créer des leaders plutôt que d’en recycler ». Et pour

arriver à cela, « Macky Sall devra nommer ses militants à de hauts postes de responsabilité, histoire de leur donner une puissance financière pour faire de la politique ».

En d’autres termes, le Président Macky Sall veut user de l’insertion de ses cadres dans l’appareil d’Etat et les entreprises publiques pour les donner les moyens de devenirs des « cadres politiques », au service de sa formation. C’est donc une option de « fabrication artificielle de « cadres politiques » au service de son Parti pour promouvoir son leadership, comme Wade le fit pour promouvoir le sien, à travers des « entrepreneurs artificiellement créés ».

Ainsi, au lieu que le Parti forme des cadres politiques aptes à servir l’Etat, et que l’Etat s’appuie sur les entrepreneurs nationaux existants pour qu’ils développent leurs activités pour booster l’économie, créer des emplois et servir d’encadreurs pour les nouveaux venus dans le monde des affaires, c’est le contraire qui se produit et bloque les perspectives de la « Révolution tranquille ».

C’est donc ce contexte qu’il faut prendre en compte pour bien comprendre les enjeux des élections locales, les objectifs des protagonistes et leurs stratégies électorales.

2) Enjeux et objectifs des protagonistes.

Les véritables enjeux des élections locales du 29 juin ne sont rien d’autres que le parachèvement, par BBY, de la conquête du pouvoir entamée depuis les présidentielles de Février – Mars 2012, confortée par les Législatives de Juillet 2012, en remportant l’essentiel des collectivités locales qui sont restées majoritairement entre les mains du pouvoir déchu.

Mais ces enjeux furent occultés par les objectifs du Président de la République et de ses cadres politiques, de se tailler une large base politique pour massifier leur formation en perspective, de la lutte future pour un second mandat.

Ce sont ces objectifs qui ont présidé à l’Acte 3 de la Décentralisation qui n’a été rien d’autre qu’une restructuration des collectivités locales en vue de leur contrôle par le Parti du Chef de l‘Etat, comme le fit son prédécesseur en perspectives des Locales de 2009.

Ainsi, le nombre des Collectivités locales fut porté de 488 aux élections locales de 2009, à 602 après la suppression des 14 Conseils régionaux , la création de 42 Conseils Départementaux et le réaménagement des Villes pour affaiblir politiquent les Maires sortants, afin d’augmenter les chances de leur conquête par les cadres de l’APR.

Le Code électoral fut révisé dans cette perspective, en autorisant le cumul de fonction de Maire, avec des fonctions dans l’Etat et dans les Entreprises publiques..

Ce sont ces préoccupations étroitement partisanes qui ont plombé ce qui devait être une réforme essentielle de notre politique de Décentralisation, pour rendre plus effectives, les avancées historiques du peuple, organisé en collectivités locales, qui sont traduites dans la Constitution en termes « d’auto -administration » et « d’autonomie de gestion » par leurs Conseillers élus au suffrage universel direct.

Les autres composantes de la coalition au pouvoir, (Macky 2012, Benno AK TANOR et BSS) étaient ainsi mises devant le choix d’accepter ces objectifs visés par le Chef de l’Etat pour asseoir l’hégémonie de son Parti, dans laquelle il voit le moyen de réaliser son vœu d’un second mandat, ou de devoir l’affronter dans les Locales, rejoignant ainsi les thèses soutenues par ces cadres, de se doter d’une nouvelle majorité différente et distincte de BBY dans cette perspective.

L’opposition, représentée par le PDS et REWMI, espérait non seulement conserver les collectivités locales qu’elle avait gagnées en 2009, mais rêvait d’un désaveu populaire vis-à-vis du pouvoir, suite à leur large déception par les performances mitigées des nouvelles autorités. Mais ils comptaient surtout profiter de l’éclatement en vue de BBY en direction des Locales, à cause des ambitions hégémoniques de l’APR.

Wade espérait pouvoir catalyser et canaliser un puissant mouvement populaire, notamment à Dakar et dans les autres grandes villes, pour créer des rapports de force pouvant obliger Macky Sall à négocier son maintien au pouvoir en contre partie de la libération des fils, ou empêcher la tenue du procès.

Il a conscience que c’est son dernier combat électoral pour laver l’affront qu’il a subi par sa lourde défaite face à Macky, et que, c’est aussi, c’est sa dernière opportunité pour libérer son fils.

Les personnalités et organisations de la Société civile, écartées des élections par la Constitution en vigueur, le nouveau Code des Collectivités Locales, et le nouveau Code Electoral, espéraient trouver des voies de contournement, pour évincer les « Politiques » qui auraient échoué aux yeux des populations.

L’interdiction de participer es qualité aux Locales que les « Politiques » leur avaient faite, les confortaient dans leurs convictions que les populations s’étaient détournées d’eux, et voyaient en elles des « Alternatives citoyennes crédibles ».

Ainsi, trois champs de bataille électorale se dégageaient, à savoir :

* Les collectivités locales gagnées par BSS en 2009 ;

* Les collectivités locales gagnées par le PDS et REWMI en 2009

* Les 42 nouvelles Collectivités locales, sous formes de Conseils Départementaux.

C’est pour investir ces trois champs de bataille que les principaux protagonistes ont élaboré leurs stratégies électorales.

3) Les stratégies électorales.

La première étape de ces stratégies s’est traduite dans les options de confections de listes électorales.

Pour BBY, en vertu des contradictions qui minent ses différentes composantes en direction des Locales, il était décidé d’une stratégie à deux niveaux : ou bien, aller ensemble dans les collectivités locales où des listes unitaires peuvent être retenues consensuellement, ou bien, aller dans une coalition de son choix à l’exclusion d’alliance avec les Partis de l’Opposition.

Pour le PDS et REWMI, il faillait aller en alliance partout où c’est possible, à l’exclusion de l’APR.

Pour la Société civile, il faillait trouver un Parti pour parrainer leurs listes.

La mise en œuvre de ces options s’est traduite par une dislocation de fait de BBY dans tous les trois champs de bataille, même si le Chef de l’Etat a confisqué le sigle pour y abriter ses cadres et ses hommes issus de la société civile, pour faire un raid sur les collectivités locales, y compris celles sous le contrôle de ses alliés au pouvoir.

Mais, elle n’a pas épargné le Parti du Chef de l’Etat, APR, qui a vu ses contradictions internes s’accentuer par l’appât des promesses de promotion dans l’appareil d’Etat et les Entreprises publiques, que le Président de la République a fait à ses cadres qui gagneraient leurs collectivités locales, mais aussi, par les menaces de perte de poste à tous ceux qui en détiennent et qui n’auraient pas gagner leurs collectivités locales.

L’utilisation de l’Etat pour massifier son parti est devenue option politique mise en œuvre ouvertement.

Macky 2012, qui est la première alliance qui l’a porté au premier tour pour le qualifier au second tour des élections présidentielles de 2012, s’est démarquée des listes parrainées par le Chef de l’Etat, pour confectionner les siennes propres et aller à l’assaut des collectivités locales en concurrence ouverte et hostile, avec la Liste des hommes du Président de la République sous couvert de BBY.

Benno AK TANOR en a fait de même, singulièrement dans le Département de Dakar, où le Maire socialiste sortant, a su établir une large coalition de partis politiques et d’organisations de la société civile, pour défendre les acquis de 2009 dans la capitale.

BSS, désemparé par le ralliement spectaculaire de l’AFP à la stratégie électorale du Chef de l’Etat, est parti en ordre dispersé. Sa composante de Gauche n’a pas su s’ériger en une alternative à l’AFP, pour promouvoir une liste commune ouverte à la société civile.

Comme à BBY, la mise en œuvre de la stratégie électorale du Chef de l’Etat s’est traduite par l’éclatement de fait de BBS.

Ainsi, en perspectives des élections locales du 29 Juin 2014, le Chef de l’Etat a réussi la prouesse de disloquer les principales coalitions (Macky 2012 et BBY) qui l’ont porté respectivement au premier tour et au second tour des élections présidentielles de 2012, et constituent sa majorité à l’Assemblée nationale, pour mettre en place une nouvelle majorité présidentielle en gestation dans ses listes présentées sous le sigle trompeur de BBY.

Le rejet de ce projet de « nouvelle majorité présidentielle » présentée comme une « CAP 21 bis » par BSS et Benno AK TANOR, a certainement été l’élément déclencheur du choix de la stratégie électorale du Chef de l’Etat en direction des Locales du 29 Juin, qui a abouti à cette dislocation de BBY et de BSS.

En outre, ni le PDS, ni REWMI, n’a su dégager, au niveau national, des coalitions pour matérialiser leurs mots d’ordre de « tous, sauf APR ». Leurs cadres sont allés en coalition avec des cadres de l’APR dans de nombreuses collectivités locales,

enlevant ainsi tout crédit à leurs tentatives de faire des Locales un « référendum » contre le pouvoir, en essayant d’entraîner au maximum les déçus, et les mécontents de sa politique.

La société civile s’est investie en masse, mais dans la dispersion, derrière des sigles empruntés de Partis politiques, donnant ainsi l’impression quelle est sont aussi omnibulée, comme les leaders politiques, par les lambris du pouvoir local, alors qu’elles n’ont eu de cesse à les dénoncer pour ces mêmes attitudes.

Ce sont ces listes en compétition qui se sont avérées être des listes non partisanes, et perçues comme des coalitions ouvertes entre politiques et société civile, et ou entre partis au pouvoir et partis de l’opposition, qui sont allées dans la deuxième étape de la stratégie électorale qui est la campagne électorale.

4) La campagne électorale.

Elle s’est déroulée de façon calme et pacifique dans sa globalité, et le peu de violences physiques notées a eu lieu entre membres de la coalition BBY au pouvoir, là où tout le monde craignait des violences entre pouvoir et opposition.

Cette situation inattendue reflète l’allure inédite de ces Locales où l’on s’attendait à une critique en règle du bilan du pouvoir par l’opposition. Mais la configuration des listes concurrentes ne permettait pas un tel contenu dans le discours de campagne.

Même le bilan des Maires et Présidents de Conseil Rural sortants n’était pas au centre des débats. Ce qui occupait les ténors des listes en compétition c’était, pour les uns, comment se faire accepter par les populations, et pour les autres, qui acheter pour obtenir des voix.

Les uns étaient à la recherche de solidarité de proximité, tandis que d’autres étaient à la recherche de clientèle.

Le devenir des collectivités dans le cadre de l’Acte 3 de la Décentralisation, ou le sort de la participation citoyenne dans les collectivités locales étaient les derniers soucis des prétendants au suffrage dans leurs collectivités locales.

Dans cette situation, la voix de ceux qui se voyaient porteurs d’un « programme de développement local » était inaudible.

La rivalité entre longueurs de caravanes, et de puissances de sons musicaux dans les rassemblements avait le dessus.

C’était une période de traite pour les « ambianceurs » et pour les prestataires d’appareils de musique.

Dans cette atmosphère de campagne « bon enfant », Wade avait du mal à faire entendre ses mots d’ordre de « départ de Macky en cas de défaite » ou de « dissolution de l’Assemblée nationale ». Même son évocation du problème « Mittal » qu’il a présenté comme le « scandale » qui pourrait enterrer Macky, n’a pas reçu l’attention qu’il attendait, ni susciter l’indignation qu’il espérait.

C’est donc à son corps défendant, qu’il assistait à son incapacité à réaliser ce vaste rassemblement derrière ses mots d’ordre, sans lequel son rêve de libérer son fils allait se transformer en son pire cauchemar.

De même, Macky se rendait compte que son « Plan Emergent pour le Sénégal » et ses « Pôles régionaux de territorialisation de ses Politiques de Développement » étaient inaudibles, et n’étaient même pas la tasse de thé de ses cadres durant la campagne.

Et pourtant, ils étaient pour Macky, le moyen de faire espérer tous ceux qui sont déçus par sa politique, pour éviter que ses listes ne soient sanctionnées.

Mais il s’est rendu compte, un peu trop tard, que c’est dans la division de son Parti, et dans sa rupture avec les coalitions qui l’ont porté au pouvoir, où se trouve son risque de perdre les élections.

C’est ce qui explique son cri de détresse lancé à ses cadres à Thiès en leur disant que « ce serait un miracle si vous parvenez à gagner cette localité ».

Ainsi, à l’issu de la campagne électorale, aucune tendance de rapports de force au niveau national ne s’étaient dégagée en faveur des listes de Macky, ou de Wade, encore moins de Idrissa Seck.

Même au niveau des principales collectivités locales, notamment à Dakar, Chaque liste pariait sur sa victoire et ne pouvait même pas envisager sa défaite, particulièrement chez les listes issues de la Société civile.

5) Le scrutin du 29 Juin et ses résultats.

Malgré le déroulement globalement pacifique du processus électoral, de fortes craintes de violence persistaient encore chez nombre de citoyens, particulièrement dans les collectivités locales à grands enjeux comme Dakar, Guediawaye, Rufisque, Thiès et St Louis.

Le nombre inédit de listes électorales au nombre de 2700, dans 602 collectivités locales contribuait aussi à susciter des craintes lors du déroulement du scrutin.

Le nombre de plus de 200 partis politiques jugés pléthorique a été indexé, à tord, comme étant la cause du nombre faramineux de 2700 listes de candidature en compétition.

En effet, si le pouvoir avait accepté la proposition qui lui a été faite lors de la révision du Code électoral, d’adopter le « bulletin unique », l’on aurait eu 602 listes et non 2700.

Mieux, on aurait eu même moins de 602 listes, si le pouvoir n’avait pas profité de la suppression des 14 régions pour transformer 42 Départements en Collectivités locales, on aurait eu 28 listes en moins.

Et si le pouvoir avait mis en œuvre son engagement de supprimer les collectivités locales que son prédécesseur avait créées après les élections locales de 2009 pour des raisons politiciennes dans des localités comme Mbane et Sangalkam, l’on aurait eu 488 Collectivités locales comme en 2009, donc 488 listes.

Donc, le nombre de Partis politiques n’est pour rien dans l’existence des 2700 listes. Ce qui est en cause, c’est l’émiettement irrationnel des Collectivités locales, et le refus du « bulletin unique ».

Ainsi, ceux qui veulent profiter de l’émoi causé par les 2700 listes en compétition aux Locales pour incriminer le nombre de partis politiques, cachent mal leurs objectifs anti démocratiques de supprimer des Partis politiques et /ou de renforcer le caractère censitaire du système électoral, pour ne réserver le droit de briguer le suffrage du peuple qu’aux puissances d’argent.

Mais à la surprise générale, le scrutin s’est déroulé pacifiquement, et n’a connu de graves problèmes qu’à St Louis, Podor et Kolda, avec la contestation des résultats provisoires.

Même, le taux de participation de 41% est très honorable, comparé au 37% des Législatives de Juillet 20012.

Le peuple Sénégalais a encore fait preuve de maturité qui va contribuer à rehausser son prestige international.

Selon les résultats provisoires, la coalition BBY du Chef de l’Etat a obtenu 8 capitales régionales sur les 14, là où son prédécesseur, le PDS, avait obtenu 11 sur 14 en 2OO9 !

Elle a obtenu 28 Conseils Départementaux sur 42, alors que son objectif en les créant, était d’avoir la main mise sur la totalité !

Enfin, sur les 602 Communes, dont les Communes d’Arrondissement, les Villes de Dakar, Thiès, et Rufisque, la grande Commune de Touba, celle de Ziguinchor et de Diourbel, qu’elle a perdues, elle aurait remporté 475 collectivités locales, l’autorisant à crier victoire !

Comme le PDS en 2009, la Coalition du Chef de l’Etat cherche à atténuer dans l’opinion, sa cuisante défaite dans les principales cités du Sénégal, notamment à Dakar, qui a renversé les rapports de force politique en sa défaveur.

Son triomphalisme artificiel affiché, ne devrait pas masquer la situation politique dangereuse pour la survie du régime, dans laquelle le Président de la République s’est mis de son propre chef.

Comme Wade au sortir des élections de Mars 2009, cette forme de massification de son parti l’a affaibli politiquement au sortir du scrutin du 29 Juin. Son propre Parti, et les deux coalitions qui l’ont porté au pouvoir, en sont sortis divisés et meurtris.

Sa « nouvelle majorité » sortie des urnes, porte les stigmates de sa gestation et de sa naissance, et focalise non seulement l’adversité de l’opposition, mais aussi celle de ses ex- alliés de BBY, sortis victorieux de l’épreuve de force qu’il leur a imposée.

Cependant, l’opposition constituée par le PDS et REWMI, s’en ont aussi sortie très affaiblie. Le PDS est devenu la troisième force politique au niveau national ; ce qui lui brise son rêve de devenir l’interlocuteur légitime du pouvoir qu’il était au sortir des Législatives de Juillet 2012, pour présenter ses exigences politiques, notamment, obtenir la libération de son fils ; tandis que REWMI, en perdant les Département de Tivaouane et de Mbour qu’il contrôlait politiquement à travers le Conseil régional de Thiès qu’il dirigeait, il voit s’évanouir ses ambitions de se présenter en alternative privilégiée du pouvoir en perspectives des prochaines Présidentielles.

Les personnalités et organisations de la Société civile, ont eu la leçon politique de leur vie, qui devrait leur faire comprendre, que les populations, au plan électoral, se déterminent par rapport aux partis politiques, dont l’existence et l’activité se sont historiquement imposées comme le véhicule de l’expression de leur suffrage qui est à la base de toute République Démocratique.

Notre peuple s’est historiquement investi pour l’existence des partis politiques, qu’il perçoit comme le garant de la Démocratie et de sa vitalité.

Malgré ses remontrances contre les Partis politiques, au moment de l’expression de son suffrage, il n’a jamais mis tous les partis politiques dans un même moule, appelé « classe politique ».

C’est donc peine perdue que de vouloir dresser notre peuple contre une « classe politique », pour se présenter en « alternative » pour réaliser ses aspirations.

Après les candidatures indépendantes infructueuses depuis 1993, aux Présidentielles et aux Législatives, le scrutin du 29 Juin 2014, est la troisième leçon politique, que les personnalités de la Société civile devraient méditer, pour sortir du rêve d’une alternative citoyenne à la « classe politique » dans notre pays.

Ainsi, la deuxième véritable force politique dont le pouvoir est obligé de tenir compte, est constituée de l’ensemble des coalitions locales qui ont regroupé des « politiques » et des « personnalités et organisations de la Société civile », et qui l’ont battu dans les collectivités les plus stratégiques et les plus sensibles. Elles sont devenues le creuset d’où devrait sortir la véritable alternative au Chef de l’Etat, en perspective des prochaines présidentielles.

Pourtant, l’objectif politique recherché par le Chef de l’Etat dans sa stratégie électorale, était de neutraliser toutes possibilités d’alternative crédible qui aurait pu menacer sa quête de son second mandat, qu’il voyait parmi les « politiques » dans les rangs des coalitions qui l’ont porté au pouvoir.

Mais au finish, il a réalisé la prouesse de créer les conditions objectives d’une recomposition du paysage politique en faveur des forces de Gauche acquises aux réformes arrivées à maturité, et des forces de la Gauche de transformation sociale, toutes issues de « Partis politiques et de la Société civile », pour réaliser, ensemble, la « Révolution tranquille » de Type Québécois, dont notre société est grosse.

Dans ce contexte, la Gauche de transformation sociale ne pourra jouer un rôle significatif dans cette « Révolution » qu’en s’unissant au sein d’une même organisation de lutte. Le positionnement individuel de ses différentes composantes dans les partis et dans les organisations de la société civile, a atteint aujourd’hui, ses limites sociales.

La situation post électorale du 29 Juin 2014, invite ces différentes composantes à franchir le cap des concertations, pour aller résolument à leur unification.

Ibrahima SENE

PIT/SENEGAL Dakar le 3 Juillet 2014

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