Extraits du livre «Où va la république ? »: Malick Ndiaye présente Macky comme un président nul et ethniciste

malick-ndiaye-300x155Ministre-conseiller à la Présidence de la République et membre de la coalition qui a porté Macky Sall au pouvoir, le Pr Malick Ndiaye n’en demeure pas moins un homme amer, déçu et meurtri par la conduite des affaires de l’Etat par l’actuel régime. Intellectuel prolixe, la liberté de ton chevillée au corps, Malick Ndiaye vient de publier un livre-pamphlet sur la gouvernance Macky Sall. Dans l’ouvrage intitulé «Où va la République ?», il met à nu les tares et carences du régime, évoque ses angoisses et prévient sur les dangers que courent les Sénégalais si les autorités ne rectifient pas le tir.

Dès l’Introduction générale, l’auteur de «Où va la République ?», gagné par un énorme désenchantement, laisse d’emblée transparaître son scepticisme quant à la capacité sinon la volonté des autorités issues de l’alternance du 25 mars 2012 de prendre correctement en charge les préoccupations des populations et d’amorcer les ruptures tant annoncées. «L’évaluation des ruptures n’attend point le nombre d’années ni les échéances électorales», note le Pr Malick Ndiaye qui s’interroge sur les raisons fondamentales de l’inefficacité du pouvoir en place : «Pourquoi malgré ses origines éthiques, populaires, urbaines et citoyennes profondes, la Seconde Alternance a-t-elle tant de peine à prendre le pli comportemental ainsi que le profil et les attitudes conformes à sa nature comme à ses missions et rôles ?». Même s’il reconnaît quelques avancées au gouvernement de Macky Sall, il estime que l’élite dirigeante de la Seconde Alternance ne laisse pas de choquer.

«Et ce, au plus haut niveau, par une inconduite caractérisée, mélange de saugrenu désopilant et de dérives caractérologiques qui en disent long sur les contours sociologiques qui s’élaborent au sein de la nouvelle classe au Pouvoir, non seulement dans les matières politiques et sociales classiques, mais aussi dans les questions de la spiritualité et de la foi telles qu’elles avaient fait brèche dans la Conscience citoyenne nouvelle, à la différence de la première Alternance», lit-on dans le livre.

Parmi la kyrielle de manquements que le célèbre sociologue oppose aux tenants du pouvoir, figurent «le manque d’égards pour l’étiquette et le cérémonial, le style déroutant, la tendance marquée au culte de la personnalité, les propos navrants, voire étonnants, de la part de membres éminents du nouveau Groupe dirigeant, sans autre forme de retenue, d’un pouvoir de nomination ou d’une capacité à faire et à défaire Premiers ministres, Dg et Pca des sociétés nationales. Qui plus est, de quoi s’autorise donc l’achat avéré de conscience à l’aide de fonds d’origine non élucidée jusqu’ici ? Quid du défaut de civilité et d’urbanité ? Ne sommes-nous pas en présence d’indices signalétiques de l’arrivée au pouvoir d’un Groupe, d’une manière de civilisation, d’une sous-culture, qui prennent à contrepied les traditions éprouvées de Gouvernance de notre pays, à commencer par la culture senghorienne de l’Etat fondée sur le respect qu’ont le serviteur de l’intérêt général et son entourage de la dignité de leurs fonctions ? Que ce soit en termes de conduite, de discipline personnelle ou de sens de la mesure et du discernement ou de la simple culture de courtoisie !».

«L’intrusion insolite, voire impromptue, d’une variable familiale, clanique et patronymique»

Devant ces pratiques récurrentes qui l’ont poussé à se demander si celles-ci n’étaient pas un indice pertinent quant à l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle classe sociologique, l’auteur poursuit son procès en dénonçant «l’intrusion insolite, voire impromptue, d’une variable familiale, clanique et patronymique allant de la parentèle lisible du Président soi-même à la belle-famille. Sans compter les réseaux d’amitiés visibles et les rapports relevant, à l’analyse, de l’ethnicité, de la caste, de la condition et du rang, etc., et vous obtiendrez, sans que le Président y prenne garde – une conflictualité d’un type nouveau de déformer toutes les perceptions, de dénigrer tous les acquis et d’altérer tous les bilans positifs, et de conduire à toutes les dérives déjà répertoriées dans l’histoire et la sociologie du pays. (…) Qui plus est, a-t-on seulement idée du rapport de causalité inversée entre d’éventuelles moeurs non conformes du nouveau Groupe au Pouvoir et la progression, par encouragement et défaut d’exemples à suivre, de l’anomie qui fait des ravages dans la population générale, au travers de ce que l’opinion appelle la crise des valeurs et la dégradation des moeurs».

«Un pse sans ame»

A la page 14 de son livre, le Pr Malick Ndiaye, manifestement outré par le spectacle qu’offrent certaines personnalités du régime, ne manque pas d’interpeller le chef de l’Etat. Interrogatif, il indique : «Le Président mesure-t-il les effets probables du libertinage des classes dirigeantes sur les sentiments du Peuple et sur la Morale publique comme sur la foi, le civisme, le respect des symboles, la religion, le patriotisme, etc. ?

Lorsque tout ou partie du Groupe dirigeant prêche la vertu cependant qu’il pourfend la morale chaque jour que Dieu fait, convoque les valeurs communes durant les cérémonies officielles et se conduit aux antipodes de la conscience collective, qu’est-ce à dire sinon que les professions de foi et les déclarations d’intention des Gouvernants finissent par exaspérer le peuple et pousser ce dernier à l’apathie, à la révolte ou à la révolution ? Mieux, n’estce pas admettre que la Révolution citoyenne qui avait vocation de régénérer les bonnes moeurs, ou à tout le moins, de substituer à une classe dirigeante indélicate un leadership vertueux, a été abusée par les tours de passe-passe d’un Groupe qui aura caché son jeu jusqu’au bout ? Mais d’un autre côté, à considérer même que le développement matériel escompté remplisse le ventre du peuple de Ceep, Mburu et de Dëwlin, la demande morale et citoyenne qui a fait la seconde alternance sera-t-elle pour autant résolue ?

La nouvelle éthique citoyenne consentira-telle à se résorber dans le matérialisme économique et productiviste d’un Plan YY ou d’un Pse sans âme qui laisserait les mains libres à un processus éventuel de « Ben- Alisation»/«Dynastisation2» du Régime politique de la Seconde Alternance ? Cette question est également ouverte en ce sens que les choses sont loin d’être tranchées à l’avance, soit par le fait du peuple soit par celui du Groupe dirigeant».

« L’As »

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