Fatalement sénégalais

Gare routiereComment faut-il analyser cette pénurie d’eau et qui dure depuis plusieurs jours ? Sinon que l’eau est une question de souveraineté nationale qui échappe à la maîtrise d’un état indépendant depuis 1960 et qui n’arrive pourtant pas à s’assumer, tant il prouve qu’il a encore besoin de la France, l’ancienne puissance colonisatrice et de cette nouvelle puissance qui étend ses tentacules partout qu’est la Chine.

Et pourtant ce pays rempli d’ingénieurs dont on dit qu’ils sont de grande qualité et qu’on a fini de crier sur tous les toits, n’arrive pourtant pas à gérer ce problème avec sérénité, tant les explications techniques s’enchaînent et embrouillent davantage, des esprits sénégalais déjà bien dépités.

On nous dira que la fonderie est un métier de spécialiste et qu’il n’est pas donné à n’importe qui de réaliser des tuyaux de ce genre. Mais au-delà de ce fait, il y a au aussi une question grave que cette crise soulève, celle des contrats que l’Etat signe. Les lit-on seulement ? S’entoure t-on de garanties suffisantes quant à la qualité des outils qu’on nous livre, leur durée de vie, la question de leur maintenance, les pénalités en cas de manquements ou de non respect des clauses du contrat ?

Aminata Touré a en tout cas répondu à la question car si on s’en tient au communiqué du conseil des ministres de jeudi dernier, elle a bien fait de dire que “Tout nouveau contrat d’affermage signé avec la SDE devra nécessairement comporter des clauses qui assurent une protection optimale de l’Etat et des usagers, en cas de manquements notés dans l’exécution des engagements contractuels de la part du fermier”.

N’est-ce pas finalement un aveu qui signifie que nos intérêts ne sont pas suffisamment pris en compte, lorsque des contrats sont signés avec des sociétés étrangères, de surcroît sur un produit aussi sensible et vital qu’est l’eau. Les signataires de ces contrats, auraient-ils les mains liées ? De quelle manière ? Leur tient-on le stylo à la main ? Où passe l’argent de la maintenance ? Est-il utilisé comme il se doit ? Autant de bonnes questions que l’on est en droit de se poser et auxquelles, il faut évidemment trouver des réponses.

Le tout nouveau ministre de l’hydraulique, Pape Diouf n’a même pas été capable de produire un rapport circonstancié de manière à permettre au chef de l’Etat de sortir de cette batterie classique des arguments de bonne gouvernance : audit technique, financier et quelques autres mesures, alors qu’il aurait pu brandir une explication technique maîtrisée. De quoi se mettre sous la dent pour ces citoyens quant aux délais. Le pauvre, il se posait les mauvaises questions notamment sur les défaillances d’une conduite installée en 2004 ayant coûté de 11 milliards et qui a subi sa première à partir de 2009. 11 milliards ce n’est quand pas rien. 11 milliards on a dit !

Mais au-delà, se pose la question de savoir si le Sénégal serait le pays au monde le plus béni des Dieux au point où on en arrive à penser qu’il ne fallait point se prémunir contre un éventuel problème de ce genre ? Par exemple avoir une pièce de rechange ou plus exactement un back up comme disent les informaticiens, de manière à ce que lorsqu’un événement imprévu survient, l’on puisse adopter une solution déjà prévue afin que la machine ne s’arrête pas. Bizarre.

Cette pénurie est en tout cas révélatrice de la sublime fragilité du pays le plus prétentieux d’Afrique de l’Ouest et pose la question de l’incurie libérale dont est en partie responsable Macky Sall et dont il hérita par la suite.

Hasard du calendrier ou coïncidence bavarde, cette crise se produit au moment où on fête l’anniversaire du Diola, la plus grande catastrophe maritime du monde qui rappelle un laxisme bien sénégalais et une imprudence bien ancrée sociologiquement et où l’on abandonne tout au bon Dieu qui va nous délivrer de tous nos maux, sans qu’on se donne la peine de bouger le moindre doigt.

Sacrés Sénégalais, c’est à croire que le soleil ne brillerait que sous nos tropiques. Ainsi va ce pays et continuera à aller jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’on risque un jour de tous y passer et de manière bien banale.

Le laxisme, le manque de rigueur, la corruption, l’excès de confiance, le mépris des autres, voilà des vices qui finiront par tuer ce pays et décimer ce peuple tout entier. Nous avons de grosses tares. Eh bien des tares qui nous amènent à toujours remettre à demain ce que nous pouvons faire aujourd’hui, à ne point développer le culte de l’entretien de ce qui nous fait vivre, mais aussi à trop verser dans cette propension à tout vouloir négocier ; mais il y a, eh bien cette bonne vieille habitude de la plupart d’entre nous qui consiste à toujours grignoter sur les marchés et les budgets dont la responsabilité est confiée par l’Etat

En tout cas voilà un pays peuplé en majorité de musulmans qui portent tous l’étendard de l’Islam et qui en arrive à oublier jusqu’à un élément central et qui est un dogme, le travail. Ces Sénégalais préfèrent jouer la carte de sélection, c’est à adopter le « inchallah » (s’il plaît à Dieu) et tous les vices qui vont à l’encontre de l’Islam, notamment le mensonge, les rendez vous manqués, le non respect de la parole donnée, les détournements de deniers publics, la corruption et surtout le fait de ne pas travailler suffisamment, voire correctement.

Il est bien évident que tout ce qui arrive, arrive certes par la volonté de Dieu. Mais où est bon sang la part d’action de l’homme ? Une question bien philosophique au demeurant, mais sachons que les Etats Unis, la France, l’Allemagne, etc ne sont pas devenues les puissances qu’elles sont, en dormant. L’histoire est là pour nous édifier sur les péripéties qu’ils ont dû traverser pour aboutir à ce niveau de développement.

La catastrophe du Diolaet cette pénurie d’eau, doivent nous renseigner sur un fait.Ce n’est pas en continuant à agir comme nous le faisons que nous arriverons à éviter les catastrophes. Il y en aura, et encore et encore même si, on est loin d souhaiter que pareil événement ne se reproduise.

C’est également le rôle des gouvernants qui ont promis la rupture et une accélération des actions engagées, de dire stop et de travailler sur les fondamentaux que sont la planification, l’action, le contrôle, le suivi, l’évaluation, les sanctions, le culte du résultat et de la performance. Mais pour l’heure, sortons d’abord de ce problème d’approvisionnement en eau et voyons ce que les audits techniques, financiers et autres commandités par Macky Sall, donneront.

Un proverbe pulaar fait tellement bien de dire que l’homme s’habitue à tout, même au malheur. Mais nous y ajouterons que s’il y a, à l’heure actuelle des choses auxquelles il ne s’habituera pas, c’est le fait de ne pas se laver le matin, de ne pas boire de l’eau, de ne pas laver ses vêtements et ses ustensiles de cuisine. Donc vivement que l’eau revienne.

Nettali

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