FESTIVAL VOYAGE SUR LE FLEUVE » Le Bou El Mogdad sur le fleuve tranquille du métissage

Le Bou El Mogdad sur le fleuve KoldaCouleurs, musiques et images, c’est sur ce triptyque que s’est  déroulée la deuxième édition du festival «  Voyage sur le Fleuve »,  du 12 au 14 décembre 2013, dans la ville de  Saint-Louis enveloppée dans une lumière laiteuse de clair de lune. Le thème de cette édition était « Métissage et culture créole ».

«Lâchez les amarres, il est temps de partir avant que  ne tombe la nuit », l’ordre du capitaine de Bou El Mogdad tombé de la cabine de pilotage fut aussitôt relayé. Les mariniers restés à quai dénouèrent non sans difficulté les cordages pour désamarrer le géant du fleuve dont l’image à elle seule résume la ville.

La blancheur de Bou El Mogdad sur les eaux gris bleu du Fleuve  Sénégal se dessine, accompagnée de teintes rouge ocre du coucher du soleil. Saint Louis vu du fleuve est splendide. Elle est une île flottante.

Les quais sur la façade du grand bras du fleuve, les vieilles maisons, le blanc des minarets et celui de « Keur Général ». L’île s’éloigne ne laissant à l’œil que  des points lumineux. Le vent friquet soulève la chevelure des femmes et des hommes assis ou à demi coucher sur les banquettes installées sur le pont du navire. Les invités de la deuxième édition du festival « Voyage sur le Fleuve » ont l’âme en croisière.

Ils sont heureux d’être là, non pas en vacances, mais de contribuer au développement d’industries culturelles dans la ville et la région de Saint Louis. Bientôt le « Bou … » va mouiller dans les Bolong de « l’Ile du Diable » entouré de palétuviers avec au loin les arches du pont Faidherbe et son ruban de lumière.

Cette petite escapade des festivaliers marque le clou de trois jours d’une manifestation guirlandée d’images venues de l’Ile Maurice, de la Martinique, du Cap Vert, des Etats Unis, de musique du monde et de textile à l’apparence trompeuse.
Sur le bateau  démarre non pas un défilé de mode mais bien une performance mode sur une déclinaison des années 70-80, avec des mannequins et des danseurs de la troupe des EJT Dakar, à la coiffure afro sous  des airs de funky et soul music avec James Brown, Aretha Franklin  etc … et un clin d’oeil au boxeur américain  Mohamed Ali.

Le concept sur lequel ont travaillé les stylistes créateurs: SERAKA (Selly Kane / Sénégal), FORPLAY (Mario Guillot / Ile Maurice), COINCIDENCE (Lenny Guerrier / Guyane), CLAIRE KANE (Sénégal)  refaisait vivre une époque de patte d’Elph,  de jupes et robes courtes.  De l’audace dans la création avec un retour sur une époque d’insouciance.

L’Afrique a bel et bien influencé la mode internationale et il nous faut répertorier, cataloguer et référencer nos textiles,  l’idée a été défendue par  Madame Khady Diallo qui traitait du  thème « le textile et les métiers de la mode » à la mairie de la ville.

Il est question de créer un site web spécialement dédié au textile africain permettant aux chercheurs intéressés par la question d’y trouver documentations et informations sur tout ou partie du continent.

Cinéma et musique

Le cinéma fut un autre pôle d’attraction avec la présence de grands réalisateurs et producteurs de films.  Le romancier et documentariste mauricien Alain Gordon Gentil est arrivé à Saint louis avec son tout nouveau film «  Brel ,la dernière ligne droite aux Marquises » , un film qui ne braque pas l’objectif de la caméra sur le chanteur, parolier  et poète belge Jacques Brel mais sur l’autre versant de sa vie discrètement menée loin des feux de la rampe.

Malheureusement le public n’a eu droit qu’à un aperçu provoqué par des incidents  techniques lors de la projection. Fort heureusement le public de l’institut Français avait déjà vu un autre film de lui consacré aux Franco- mauriciens, premier volet de quatre films qui éclairent sur le peuplement de l’île.

Les étudiants de l’université de Gaston Berger ont eu droit au deuxième volet sur les afro-mauriciens. La réalisatrice sénégalo- française qu’est Laurence Gavron  a donné à voir « Saudade à Dakar », film dédié à la communauté cap-verdienne.

Les cérémonies d’hommage à Nelson Mandela avaient retenu en Afrique du Sud , Youssou Ndour et Euzhan Palcy, deux têtes d’affiche  qui devaient accompagner les projections de «  Siméon » et de « I bring what I love ». Une exposition photos à la galerie du Comptoir du Fleuve,  retraçait le parcours des  grandes familles saint-louisiennes.

La manifestation fut clôturée sur des  Funana et autres par  Philip Monteiro et son orchestre sur le quai Bacre Wally Guèye. Cerise sur le gâteau, le Tchoub Tchoub du  DJ Tamsir  en soirée dansante au quai des Arts a réveillé certains muscles endoloris des quinqua…

Un pont est désormais jeté entre la Martinique, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et l’Ile Maurice avec le réseau de salles de cinéma « art et essai »  que le réalisateur et producteur Willy Rameau met en place avec la participation du « cinéma des cinéastes » dés septembre 2014.

La volonté des organisateurs et des invités est de faire de ce  festival une occasion de rapprocher les  cultures, de partager et enrichir la programmation en facilitant l’accès aux films dans le cadre du réseau de cinéma Caraïbes-Afriques, le PAX – IMAGES DAILLEURS avec des échanges entre scolaires et étudiants des différents territoires concernés.

Des échanges se feront avec les Artistes et professionnels du cinéma, de la mode et de la musique, du monde entier, en lien avec la programmation.

Le festival du Fleuve a gagné en mise en synergie. Il faut à présent développer à St-Louis un pôle de services spécifiquement dédié aux métiers d’industries culturelles et  réhabiliter le  cinéma « Vox ».  Pendant trois jours Saint Louis a été la ville métisse qu’elle n’a jamais cessée d’être.

Baba DIOP

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