FILM L'enfer fleuri de Mbeubeuss

Nicolas Sawalo CisséLe tandem Nicolas Sawalo Cissé – John Njaga Demps se poursuit dans une grande complicité créatrice. Après «Blissis La visite de la  dame », voici que le réalisateur Nicolas Cissé fait encore appel au directeur de la photo africain-américain, John Njaga Demps, pour les images de Mbeubeus, son premier long métrage, placé sous le signe du cinéma indépendant. La projection a lieu ce lundi 12 mai 2014 à 20 h au Grand Théâtre à Dakar.

Désastre écologique. Images apocalyptiques de terre brulée. De terre en flamme. Le pied nu des enfants sur les détritus et tout au sommet de la montagne d’ordures, le chant du poète qui bute sur  l’insouciance de l’homme   qui n’a pas en conscience « Qu’on ne lègue pas la terre à nos enfants, ce sont bien eux qui nous la prêtent ».

Dans ce premier long métrage fiction du réalisateur Nicolas Sawalo Cissé, nouvellement arrivé au cinéma, sont plantés dans la toison du mammouth Ecologie, de disgracieuses oriflammes que sont le viol, les enfants soldats, la drogue, l’hypocrisie, la jalousie, la mégalomanie.  Mais, sous la crasse  se cachent des pépites d’or que sont l’amour, l’adoption, la tolérance et la rédemption qui ouvre les portes d’un Mbebeus, Jardin d’Eden.

Tout part d’une interview à l’occasion de la parution du  livre autobiographique de la maman de Yadicone, femme sexuellement agressée d’où naitra le bébé  Yadicone ( en wolof : la revenante ou la ressuscitée) qu’elle « confiera » à un bac à ordures avec pour berceau,  non pas un panier en osier, mais une boite en carton. Il y a dans la trajectoire de Yadicone, quelque chose de biblique, tout au moins une allusion à Moïse qui conduit son peuple vers la terre promise : le jardin d’Eden. C’est aussi un film duel dans tous les sens du mot.
Duel parce que s’entrechoquent les forces du Mal et du Bien ( horreur et beauté aussi bien dans  le paysage que dans les actes des personnages) ,une conception sur laquelle reposait déjà « Blissi Ndiaye, la visite de la  dame » son premier court métrage; duel, aussi  en référence à la catégorie des nombres ( les deux jumelles et l’évocation des deux cheminées de l’empereur) et enfin duel dans les oppositions :  réalisme / onirisme ; raison / folie ; cruauté/  lyrisme ; tension /relâche.  Les retrouvailles  de Yadicone et de sa mère , comme celle de la mère avec son mari , auraient mérité une tension plus soutenue.
Nicolas Sawalo Cissé s’appuie sur son intelligence d’architecte doublé de designer pour habiller l’univers de cette méga décharge d’un halo esthétique bien particulier aidé en cela par son ami et directeur de la photo l’africain-américain John Njaga Demps et aussi par  la Directrice artistique Selly Raby Kane, l’une des stylistes les plus audacieuses en matière de création sur la place, de Dakar. «Le tournage de ce film fut un véritable challenge pour moi. Entre la fumée, l’odeur âcre des détritus et pendant quinze jours à filmer avec un masque sur le nez  pour se protéger de l’odeur nauséabonde des ordures tout en respectant la conception esthétique de Nicolas», explique John Njaga Demps.
Le film est tourné en décor naturel avec des enfants qui vivent  et travaillent sur la décharge. Le réalisateur  Nicolas Sawalo Cissé a mis toute son énergie dans ce film (dont le coût est évalué à 150 millions cfa = 230 mille euros  par le réalisateur qui en est le producteur) pour y avoir travaillé sans relâche deux bonnes années durant. Film tourné avec une grande économie de moyens en recourant à des effets spéciaux par transparence dans la reconstitution en images de Mbeubeus Jardin d’Eden. « Nous n’avons pas eu à construire un décor puisque la décharge à elle seule nous servait de décor.

Le film aurait coûté très cher, s’il fallait construire, un décor à l’identique. Nous n’avons pas le budget de Hollywood pour le faire. Il en est de même pour les effets spéciaux.», a expliqué le réalisateur au cours du visionnage presse. Le film se situe dans la lignée du travail de Djibril  Diop Mambetty et de Ameth Diallo , deux réalisateurs qui avaient à cœur de renouveler constamment le langage cinématographique dans une démarche toute personnelle.

Baba DIOP

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