France : Rokhaya Diallo Débarquée Du Conseil National Du Numérique Deux Jours Après Sa Nomination, Les Américains S’indignent

Il y a quelques semaines, la journaliste et militante associative Rokhaya Diallo était débarquée du Conseil national du numérique (CNNum), deux jours après sa nomination.

Le New York Times et le Guardian s’emparent de l’affaire et accusent la France de refuser d’affronter la question du racisme.

Qui aurait cru qu’une nomination discrète au sein d’un organisme périphérique des institutions françaises serait aussi clivante ? En demandant à Rokhaya Diallo à peine nommée de quitter le CNNum, le secrétaire d’Etat Mounir Mahjoubi a contribué à des démissions en cascade au sein du conseil, qui a perdu 27 de ses 30 membres. La décision a aussi envenimé une série de joutes verbales dans la presse et la Twittosphère.

Une personnalité « abrasive« 

Le cabinet de Mounir Mahjoubi assure que les qualités de Rokhaya Diallo ne sont pas remises en cause dans son éviction. Celle-ci serait liée aux réserves formulées par « le monde du numérique ».

Les prises de position souvent polémiques de la militante auguraient de telles critiques de la classe politique face à sa nomination. Madame Diallo reconnaissait d’ailleurs « être un peu abrasive sur certaines questions en France », dans un entretien accordé récemment au site Regards. Elle avait dénoncé publiquement « le racisme d’Etat » français ; terme désignant traditionnellement des régimes appliquant des politiques ségrégationnistes.  En condamnant les discriminations raciales et violences policières visant certains « jeunes hommes d’origine maghrébine, noirs, issus de quartiers populaires »,  ou en justifiant la tenue d’ateliers réservés aux femmes noires, la militante était parfois accusée de communautarisme et d’enflammer les tensions sociales par son antiracisme.

Se décrivant comme féministe, les prises de position de Rokhaya Diallo sur le port de signes religieux dans la sphère publique ont également fait grincer des dents.  « Je ne vois pas en quoi le fait de marquer la féminité par un voile, c’est plus sexiste que de le marquer par des talons aiguilles ou minijupe », disait-elle aux journalistes de Regards.  Ce à quoi Céline Pina, essayiste et militante, répondait dans un éditorial du Figaro : «  pour l’aider, rappelons que l’on ne connaît pas de femmes défigurées à l’acide ou assassinées pour avoir refusé de porter des talons-aiguilles. Que cette personne fasse la promotion d’un signe qui marque la place subalterne de la femme et son refus de lui accorder l’égalité en droit est son choix. Qu’elle fasse passer un tel engagement pour du féminisme est en revanche une imposture ».

«La France échoue à faire face au racisme »

Dans son éditorial du 28 décembre, le New-York Times critique « l’hypocrisie au cœur du nationalisme français ». L’éviction de Madame Diallo, selon le grand quotidien américain, reflète la « nécessité pressante pour la France d’ouvrir un débat sur le racisme ». Le racisme institutionnel étant qualifié par les journalistes outre-Atlantique d’ « affront à l’idéal républicain universaliste français ».

Dans un article du Guardian, on pouvait lire de similaires conclusions quant aux « difficultés à débattre du racisme» dans l’Hexagone, en raison des fondements de la République française, « pour qui tous les citoyens sont égaux et libres de toutes distinctions de classe, de race ou de religion ».

Une semaine plus tard, le quotidien britannique récidive en publiant l’analyse de l’universitaire franco-ivoirienne Maboula Soumahoro, selon laquelle « la devise nationale liberté-égalité-fraternité sonne comme une promesse brisée », tant que la lutte contre le racisme ne sera pas investie avec plus de force et de convictions par l’Etat français. Pour Madame Soumahoro, l’épisode du CNNum « révèle l’existence de forces réactionnaire très actives – à droite comme à gauche de l’échiquier politique – qui s’accrochent à une France qui n’existe plus et n’a en fait jamais existé, ainsi que l’incapacité du pouvoir à lutter pour le progrès racial et la justice ».

Les réactions n’ont pas tardé dans les médias français. Selon Céline Pina, l’éditorial du New York Times « abîme l’image d’un journalisme outre-Atlantique, fruit d’une méthodologie rigoureuse, d’un travail d’expertise et d’enquête sérieux où, les journalistes seraient de vrais professionnels et ne se prendraient pas pour des Saint-Just de cocktails mondains ». En pleine agitation de la classe politique française sur Twitter, l’essayiste rend la monnaie de sa pièce à l’accusation nord-américaine, en rappelant son histoire trouble de ségrégation raciale. « Il doit être déculpabilisant, lorsqu’on vit dans un pays qui a pratiqué la ségrégation jusque très tard dans son histoire et dont les crimes racistes sont toujours légion aujourd’hui, de pouvoir se poser en donneur de leçons ».

Face à cette escalade de critiques, la survie du CNNum pose plus de questions que son récent regain de popularité. Le secrétaire d’Etat Mounir Mahjoubi a annoncé de nouvelles nominations pour ce début d’année 2018. Le nouveau conseil devrait être « encore plus orienté sur les quartiers populaires et la ruralité ».

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