FRANCE-SENEGAL : La Recolonisation En Marche (DOSSIER)

La France est de retour

Le président Emmanuel Macron ne va pas être dépaysé au Sénégal. Dakar est déjà tricolore et son convive va, pour se rendre au palais de la République, passer, s’il ne les traverse pas, à côté d’avenues et de rues qui ont pour noms : André Peytavin, Jules Ferry, Albert Sarault, Georges Pompidou, Carnot, Charles Mangin, Armand Angrand, Félix Faure, Alfred Goux, William Ponty…

En plus de ces stigmates de la colonisation, du franc Cfa, de la langue et de l’armée française, Emmanuel Macron peut être assuré de trouver un homologue sénégalais  qui va bien s’occuper des 7 minarets de la France au Sénégal que sont : Orange, Bolloré, Bicis, Css, Total, Eiffage, Sgbs. Depuis qu’il est à la tête de l’Etat du Sénégal, Macky Sall s’évertue à consolider les acquis du pays de Macron.

«Le président Macky Sall dit souvent que «le problème entre la France et le Sénégal, c’est qu’il n’y a pas de problème». «Continuons ainsi !». C’est le Premier ministre français, Edouard Philippe, qui parle ainsi. C’était lors du séminaire intergouvernemental franco-sénégalais qui s’est déroulé au mois d’octobre dernier à Paris.

Et si le chef du gouvernement français ne tarit pas d’éloges sur Macky Sall, c’est parce que le président sénégalais ne fait pas que couvrir leurs arrières. Depuis son accession la tête de l’Etat du Sénégal, il agit comme le gouverneur d’une province française.

En fin 2011, début 2012, les militaires français préparaient leurs bagages après que le président Abdoulaye Wade leur a demandé de partir. Seize jours seulement après sa prestation de serment, Macky Sall a couru en France rencontrer Nicolas Sarkozy qui sera battu quelques jours plus tard par François Hollande à la présidentielle.

A son retour de Paris, les militaires français ne vont pas que garder leur position, ils seront davantage confortés. Bolloré, qui a été écarté du terminal à conteneurs du Port autonome de Dakar au profit de Dp World, va aussi revenir en force en mettant la main sur le terminal roulier. Avec l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio-Aibd, Eiffage tient une vache en mesure de lui donner du lait pendant des décennies sans être alimentée. Et le groupe français ne s’en limite pas. Tout projet en mesure de générer des fonds l’intéresse.

A travers ses filiales Eiffage Sénégal et Eiffage Génie Civil, le groupe a mis la main sur le lot 2 du projet de traitement et d’adduction d’eau potable de Keur Momar Sarr 3 (KMS 3) à Dakar (Sénégal) pour un montant de 34 millions d’euros. La centrale solaire de Medina Ndakhar, inaugurée dernièrement par Macky Sall, Eiffage est derrière. Selon le ministère français des Affaires étrangères, les investissements directs français au Sénégal étaient de 1 431,300 milliards de F Cfa en 2015. Au courant de la même année, 5 716 entreprises françaises ont exporté vers le Sénégal.

Macky remue ciel et Ter pour la France

Le Sénégal «pour tous et de tous» ne se fera pas sans la France. Alors que leurs multinationales sont déjà bien enracinées dans la terre de Léopold Sédar Senghor, nos cousins Gaulois sont en possession de tous les bons fromages du Sénégal, surtout dans les projets d’envergure du secteur des transports. Ce, après l’octroi de contrats de prospection pétrolière dans ce nouveau bassin où miraculeusement on trouve beaucoup, pour bien huiler les avions et trains commandés à Macron.

Non content de persister pour le maintien du Franc Cfa, Macky signe à tour de bras de juteux contrats aux firmes françaises dont certaines étaient dans un gouffre financier qui allait les pousser à la faillite. Dans le transport aérien, il a permis à l’avionneur franco-italien Atr de vendre deux aéronefs à la toute nouvelle compagnie sénégalaise qu’il a fondée, Air Sénégal Sa, dont le seul actionnaire reste encore la Caisse des dépôts et consignations (Cdc).

Une commande qui a enrichi le carnet de commandes du spécialiste des avions régionaux de moins de 90 places. Lequel s’est récemment targué, dans les médias français, d’avoir désormais «trois ans de travail pour occuper ses lignes d’assemblage qui emploient 1 300 salariés sur le site Airbus, à Saint-Martin du Touch, en banlieue toulousaine».

Cependant, l’achat de ce type d’aéronefs montre le manque d’ambition du nouveau porte étendard sénégalais. Ces appareils, très limités en termes de passagers à convoyer, font beaucoup de bruit avec leurs deux turbines à hélice. En effet, les vibrations de ces turbopropulseurs mettent à mal les oreilles des passagers.

Pis, ces petits appareils ne peuvent voler plus d’une distance maximale de 1 500 km. Ainsi, avec une telle flotte, Air Sénégal Sa ne pourra dépasser la Côte d’Ivoire dans le voisinage. Et quand on voit le type d’appareils alignés par la concurrence, notamment l’ivoirienne Air Ivoir, la togolaise Asky et maintenant le camerounais CamerCo.

Mais, le régime de Macky Sall n’en a pas fini avec les avionneurs français. Incurable, il offre une cerise sur le gâteau au pays de Marianne. Air Sénégal a annoncé, depuis Dubaï, l’acquisition prochaine de 2 Airbus A330. Lesquels devraient être livrés un an jour pour jour, c’est-à-dire en janvier 2019.

Ce qui, en sus du conflit d’intérêt qu’on peut y flairer avec un Dg venant de Airbus, peut paraître une bonne chose si et seulement si le porte-étendard national déploie ses ailes jusqu’en France pour tenter de capter des parts de marché dans la très demandée ligne Dakar-Paris. En effet, pour une compagnie africaine, il n’est jamais facile d’obtenir une autorisation de se poser sur les aéroports français à cause des nombreuses conditions de sécurité exigées par ce pays.

Et pour huiler ces juteux contrats, le major français du pétrole s’est rattrapé au Sénégal. Le pouvoir lui a, en effet, paraphé deux accords qui vont lui permettre de contribuer à dynamiser l’exploration pétrolière en mer profonde et très profonde au large du pays. Acteur historique du raffinage et de la distribution de produits pétroliers au Sénégal, Total va ainsi élargir sa présence dans le pays dans le secteur de l’exploration-production.

Ainsi, Macky Sall a explosé le plafond des dépenses pour satisfaire les fleurons du savoir-faire tricolore. Lesquelles entreprises touchent le jackpot au Sénégal qui risque de s’en tirer à mauvais compte.

Ter, le Sénégal sauve des emplois en France 

Mais, c’est surtout avec le Train Express régional (Ter) que Macky Sall s’est le plus illustré en faveur de la France. En juillet 2016, Stéphane Le Foll, alors ministre français de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, a quitté Dakar pour aller quelques heures plus tard promettre une solution «dans les jours qui viennent» aux  salariés d’Alstom à Belfort.

Le gouvernement français qui avait trouvé un moratoire de quatre ans grâce à l’achat de 15 Tgv, semble avoir trouvé le bon client (ou pigeon) pour maintenir l’usine en vie pour quelques années encore. En achetant 15 trains bi-mode (diesel/électrique) à l’usine, le Sénégal enlève une méchante épine au pied de François Hollande qui a fait du maintien en vie d’Alstom une affaire personnelle.

«François Hollande tente de reprendre la main après qu’Alstom a annoncé mercredi (7 septembre 2016) l’arrêt de la production de trains sur le site d’ici 2018. La décision du groupe industriel, arguant d’une pénurie de commandes, mettrait en péril l’avenir de 400 salariés», écrivait septembre 2016 un journal français. Pour un contrat estimé à 149,66 milliards de FCfa soient 228,4 millions d’euros, l’usine, à défaut d’être rayonnante, a de quoi tenir pour quelques autres années.

Ainsi, président d’un pays du tiers monde, Macky Sall est allé sauver des emplois en France, cinquième puissance du monde. Comme un gâteau, le Train express régional (Ter), même en l’état de projet, a été découpé et partagé entre entreprises françaises.

Grâce à la générosité de Macky Sall, le géant français Alstom reprend son souffle. Sa fermeture pour défaut de commande tant redoutée n’est plus à l’ordre du jour. François Hollande peut boucler sa présidence avec le sentiment d’avoir sauvé le site.

«Le président du Sénégal Macky Sall ne se contente pas de commander 15 Ter à l’usine Alstom de Reichshoffen, il se déplace en personne pour venir signer le contrat et visiter les locaux. La commande devrait assurer du travail aux 850 salariés alsaciens d’Alstom jusqu’en 2019. Alors qu’il y a quelques mois le site d’Alstom de Reichshoffen était inquiet, voilà la machine relancée grâce à un contrat signé avec le Sénégal : son président achète une quinzaine de trains», s’extasiait un autre journal français.

Pourtant, cette observation est loin de rendre compte fidèlement des efforts que le Sénégal a consentis pour sauver ces salariés français. Le Sénégal emprunte de l’argent à la France, 200 millions d’euros dégagés notamment par l’Agence française de développement, pour passer la commande chez une entreprise française, Alstom, et traîner une dette à solder avec des intérêts en sus.

Pourtant, Alstom n’est pas la seule entreprise française à se refaire une santé financière grâce au Ter. Face à une soixantaine d’entreprises qui ont soumissionné à l’appel d’offres international, Aston, Thales, Cde, Systra, Eiffage et Engie ont damé le pion à tout le monde. Même le géant chinois China Railway construction corporation (Crcc) n’y a vu que du feu.

TOTAL, SGBS, ORANGE, BICIS… : Les Dinosaures De La France-Afrique Toujours Plus Forts

FRANCE-SENEGAL : La recolonisation En Marche 

La France n’a pas attendu l’avènement du président Sall pour s’accaparer des secteurs les plus vitaux de l’économie sénégalaise. Présentes au pays de la Téranga sous le régime des socialistes, Orange, Total, la Bicis, la Sgbs et la Css font, depuis longtemps, partie du paysage sénégalais. Et, ces cinq majeurs sont loin de faire de l’aumône aux Sénégalais.

Orange

La fondation de Sonatel Mobiles avec la marque Alizé grandissait, florissant tous les jours davantage. Alizérapportait tellement d’argent à l’Etat du Sénégal que Sonatel était devenue l’un de ses bailleurs majeurs. Un vent d’Harmattan est passé, soufflé par des bailleurs de fonds intéressés et promouvant la privatisation, et Orange en a fait son auge.

Ainsi, le 29 août 1995, à l’Assemblée nationale, contre toute attente, les députés examinent et adoptent la loi 95-25 du 29/08/95. Celle-ci autorise l’ouverture du capital de Sonatel à des investisseurs privés. France Telecom, à la suite d’un appel d’offres parmi les plus nébuleux, rafle la mise.

En effet, alors que le consortium suédo-américain, Télia, avait fait la meilleure offre financière et technique, suivi des Saoudiens qui voulaient aussi la Sonatel, celle-ci tombe dans l’escarcelle de France Telecom.

Mais, c’était sans compter sur la boulimie de l’entreprise française qui s’est très vite engagée à récupérer les fonds qu’elle a investis. Ainsi, au départ, il était question de 34 % à l’Etat, 33 % à France Télécom, 10 % aux travailleurs, 5 % retenus pour un éventuel opérateur africain dans le cadre de la politique d’intégration économique sous régionale, le reste appartenait aux collectivités locales et aux personnes physiques.

Seulement, France Telecom, qui est entrée dans le capital de la Sonatel à travers sa filiale France Cables et Radio, ne va pas tarder à imposer sa suprématie. A la faveur d’une cession plus qu’opaque de 9 % d’actions faite par l’Etat du Sénégal deux ans plus tard, France Telecom devient l’actionnaire majoritaire de la Sonatel.

Depuis, le groupe qui a réalisé un chiffre d’affaires de 905 milliards de FCfa en 2016, est plus français que sénégalais même en gardant son acronyme. Et, si la Sonatel a effectué un résultat aussi positif en 2016, c’est, en grande partie, parce que le renouvellement de la convention de concession et l’attribution de la licence 4G ne lui ont coûté que 100 milliards de nos francs. Et ce, grâce à l’altruisme de Macky Sall.

BICIS

Créée en 1962, la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Sénégal (Bicis) n’est sénégalaise que de nom. Mise en place par la Banque nationale de Paris (Bnp) et Paribas, qui ont fusionné, la Bicis a joint ses forces à celles de la Société financière pour les pays d’Outre-Mer (Sfom) qui détenait 41 % de ses actions, pour s’imposer.

Seulement, bras armé et poche du colonisateur qui s’y est appuyé pour payer médiocrement toutes les matières premières quittant le Sénégal pour la métropole, la Sfom s’est tristement illustrée au Sénégal.

Et, c’est bien plus tard, en 1975, que l’Etat du Sénégal fait son entrée dans le capital de la Bicis avec 42 % des actions. Avant de se faire éjecter en 1991.

Une privatisation d’une banque qui ne lui appartenait pas quelques années plus tôt. Ainsi, par un véritable tour de passe-passe, les actions du Sénégal passent de 42 à 24,8 %.  L’Etat presque dégagé, la Bicis décolle et se hisse parmi les banques les plus importantes de la sous-région.

SGBS

Fondée en novembre 1962, avec le même capital que la Bicis (500 millions F Cfa), la Société générale de banques au Sénégal (Sgbs) ne concurrence pas les plus grandes banques de l’Afrique sans avoir au préalable mis les mains dans le cambouis. Avant ses déboires qui ont commencé en 2008, la Sgbs était la première banque du Sénégal en termes de chiffre d’affaires.

Avant d’y arriver, elle a siphonné impunément la Société industrielle des produits laitiers (Sipl). En 1991, la banque s’approprie les actifs immobiliers du leader des produits lactés d’Afrique noire, provoquant inéluctablement sa chute en 1993. En 2015, la justice sénégalaise donne raison à Amadou Moctar Sow, président-fondateur de la Sipl, et condamne la Sgbs au remboursement des actifs illégalement destitués.

Bornée, la banque refuse de payer et fait usage de son influence diplomatique pour se défaire de ses obligations légales. Face aux pressions, c’est Monsieur l’Ambassadeur de France lui-même, Jean Félix-Paganon, qui informe le Quai d’Orsay de la situation pour que celui-ci fasse pression – et c’est ce qu’il fait – sur les autorités sénégalaises.

Du coup, un an après la condamnation de la Sgbs, la Sipl n’a toujours pas reçu le jugement officiel de la Cour, et ne peut de facto faire exécuter la décision du tribunal, renseigne le journal Continent noir qui n’hésite pas à dire que la Sgbs aligne ses opérations sur les objectifs diplomatiques de la France.

En 2006, une réunion du Conseil des ministres, présidée par Me Abdoulaye Wade, se penche sur le dossier et déclare qu’il s’agit de «la plus grande injustice économique dont ont été victimes les opérateurs économiques nationaux».

En dépit du mécontentement des autorités, la Sgbs respire la forme et affiche 38 agences et plus de 50 Distributeurs automatiques de billets (Dab) sur toute l’étendue du territoire national.

Compagnie sucrière sénégalaise

Fondée en 1970, pour disait-on permettre l’industrialisation du Sénégal, la Css n’est sénégalaise que de nom. En effet, créée par Jacques Mimran, avant son décès en 1975, la Compagnie sucrière sénégalaise (Css)  a échu entre les mains de Jean Claude Mimran et ses deux fils David et Nachson qui en assument l’administration au gré de leurs intérêts. Ils sont nombreux les Sénégalais qui se demandent pourquoi le sucre est aussi cher au Sénégal. La canne à sucre est cultivée par des Sénégalais, sur le sol sénégalais dans des plantations irriguées par le fleuve Sénégal. 

Cette canne ainsi obtenue n’est exportée nulle part pour transformation, elle est acheminée dans une usine où des Sénégalais s’activent. Pourtant, dans la plupart des pays, même ceux qui l’importent, le produit est moins cher. Pendant ce temps, la Compagnie sucrière mimranienne se targue, régulièrement, de chiffres d’affaires se comptant en millions d’euros. Et avant que le monopole du secteur ne soit dernièrement parcellement cassé, le baron Mimran se concurrençait tout seul à travers le sucre Souki que les Grands moulins de Dakar (Gmd), dont il est le propriétaire, distribuent.

Total

Pour parler de Total qui contrôle 45 % de la distribution d’hydrocarbures au Sénégal (des chiffres officiels) avec 166 stations établies dans les quatre coins du Sénégal, revenons sur l’entreprise qui lui a permis d’être aussi gigantesque.

La Françafrique a prospéré pendant que la Gauche et la Droite se relayaient le pouvoir en France. Mis en place par le général De Gaule, ce système, qui a grandement participé à enrichir la France tout en appauvrissant les pays africains, a survécu à tous les présidents français qui ont succédé au premier président de la Ve République.  

Le symbole de cette grande complicité est sans doute la compagnie pétrolière Essence et lubrifiants français (Elf). Bras armé du Général du Gaule qui théorisait, à la fin de la deuxième guerre mondiale, que «la France ne peut être reconnue comme une grande puissance mondiale que si elle est indépendante sur le plan énergétique», Elf faisait et défaisait les démocraties en Afrique.

A travers des opérations secrètes, des coups d’Etat, le groupe pétrolier français faisait régner l’ordre selon les intérêts supérieurs de la France.  Ainsi, en 1990, le Gabon, dont le président Omar Bongo que ses compatriotes, affamés malgré le pétrole qui coule à flot, accusaient d’avoir fait assassiner l’opposant Joseph Rendiambé, était au bord de l’insurrection. La ville de Port-Gentil qui abritait les locaux d’Elf Gabon, polarisait les émeutes.

Conscient que son fauteuil vacillant allait lui échapper, Bongo, dans un sursaut de survie, va toucher le talon d’Achille des Français, Elf qu’il menace de fermer.

Il n’en fut pas plus pour que le Directeur d’Elf de l’époque, Loïk le Floch-Prigent, alerte la toute puissante armée de l’Hexagone qui se dépêche d’aller au secours de Bongo, massacrant tout sur son passage. La volonté des Gabonais fut bâillonnée, leur pétrole exporté.

Quelque temps après cet épisode, Elf allait, de nouveau, faire couler le sang pour avoir le pétrole. Cette fois au Congo-Brazzaville. Traitant directement avec le président-dictateur, Denis Sassou Nguesso, la compagnie pétrolière française a pesé de tout son poids pour que celui-ci reste au pouvoir malgré son impopularité.

En effet, après le cours magistral de démocratie que Mitterrand donna à ses homologues africains, des conférences nationales se sont tenues un peu partout sur le territoire africain.

Le Congo, à l’instar des nombreux pays francophones en crise, organise la sienne qui adopte une nouvelle Constitution préconisant le multipartisme. Mais, Denis Sassou Nguesso, qui est issue d’une ethnie minoritaire du Nord, risque de perdre le pouvoir aux élections présidentielles, les premières démocratiques du pays qu’il a fixées sous la pression.

Pour le sortir d’affaire, Elf va dénicher Pascal Lissouba avec qui il passe un ténébreux accord. Lissouba, ancien Premier ministre, éloigné des affaires depuis longtemps, mais qui a la chance d’appartenir à l’ethnie majoritaire du Sud du pays, est d’accord pour regagner le terrain politique. Il met en place une stratégie financée par Elf. Il remporte les élections avec plus de 60 %.

Mais, une fois élu, Lissouba, que les Français pensaient trop malléable, rompt les accords du deal et veut gérer le pouvoir selon sa convenance. Sûr de son assise populaire, il écarte systématiquement Sassou Nguesso ainsi que tous ses proches du pouvoir. Les responsables d’Elf se braquent et refusent de verser l’argent qui perfuse l’administration congolaise et tient debout son armée.  

Acculé, le nouveau président fait appel à Oxy, une multinationale pétrolière américaine. Cocue, giflée, la France, qui ne pouvait comme elle l’avait fait au Gabon, intervenir directement au risque d’affronter les Usa, va aider Sassou Nguesso, en  finançant gracieusement sa milice de Cobras décidée à débarquer Lissouba.

Une guerre civile de plusieurs années va en découler. Elf, qui avait, entretemps, pris pied en Angola, appuie Dos Santos qui se débarrasse de Jonas Savimbi, le chef rebelle qui perturbait l’exploitation du pétrole. Ce dernier vaincu, l’Angola apaisée, les forces spéciales de son Président braquent leurs armes sur le Congo.

Lourdement armés avec des équipements de dernier cri, les soldats de Dos Santos font une bouchée de la garde rapprochée de Pascal Lissouba qui capitule. Denis Sassou Nguesso reprend les rênes du pouvoir qu’il ne lâche toujours pas. Elf a le loisir de faire voguer ses gourmands cargos dans tout le littoral. L’argent qu’il  génère coule à flot au grand profit d’une poignée d’hommes politiques français.

Il a fallu que l’entente entre Mitterrand, président de la République (de Gauche), Edouard Balladur, Premier ministre de cohabitation et Jacques Chirac, maire de Paris (tous deux de Droite), vole en éclats pour que toute la conspiration soit révélée au grand jour. Les deux derniers s’affrontent aux élections présidentielles de 1995.

Une adversité de laquelle ressortent de méchants cafards. Ainsi, les premières enquêtes, faisant suite à des fuites, conduites  par la Commission des opérations boursières, vont révéler des sommes pharaoniques transférées d’Elf à une société de textile dénommée Bidermann, domiciliée en Corrèze, le fief de Jacques Chirac.

La juge d’instruction chargée de l’affaire, Eva Joly, découvrira des sommes colossales chiffrées en millions d’euros. Ce qui semblait être, aux yeux des enquêteurs, une banale histoire de détournement, va révéler un scandale d’Etat aux tentacules gigantesques.

Edouard Balladur et Jacques Chirac, de vieux amis avaient, ainsi, réussi à mettre à nu un système conçu par le Général de Gaule et qui obéissait, depuis, à une omerta respectée par tous les autres présidents de Gauche comme de Droite. Et, pour définitivement étouffer l’enquête, Elf disparait. Il est liquidé. Englouti, absorbé, avalé par sa toute petite concurrente… Total.

Si ses méthodes ont quelque peu changé, Total n’a-t-il pas poussé Macky Sall à dégager Thierno Alassane Sall du ministère de l’Energie et du Développement des énergies renouvelables ?

Chasse en meute

Conscientes de leur présence massive au Sénégal, les entreprises françaises n’hésitent pas à se donner la main pour mieux triompher. Et leur «chasse en meute» en terre africaine, préconisée par d’éminents économistes français et bénie visiblement par l’Elysée, donne de probants résultats.

N’en déplaise à la proie. L’image de la station Total, trônant au beau milieu de l’autoroute à péage de Senac, filiale d’Eiffage, est des plus éloquentes. Pour ceux qui n’ont pas de cartes bancaires de la Sgbs et de la Bicis, inutile de s’y attarder.

Pourtant, cette chasse en meute ne vient pas de commencer. En 2008-2009 déjà, c’est à travers sa filiale BiciIBourse que la Bicis a permis l’achat des actions que l’Ipres avait à la Sonatel. Bien aidée par la banque française, l’Ipres a vendu, à la surprise générale, ses 75 000 actions et s’est fait 13 milliards de francs Cfa.

Seulement, après avoir passé une telle transaction, à la veille de l’introduction de l’action Sonatel à la Brvm, l’Ipres a mis une croix sur de juteux dividendes régulièrement en hausse. En juillet 2013, le groupe Total et le groupe Orange ont signé un protocole d’accord qui rend les services Orange Money accessibles dans les stations-service Total de 13 pays d’Afrique et du Moyen-Orient.

MONNAIE, LANGUE ET ARMEE : Le Sénégal Culturellement Assujetti

FRANCE-SENEGAL : La recolonisation En Marche 

 L’Algérie, considérée pendant longtemps comme un prolongement de la France en terre africaine, est fortement concurrencée par le Sénégal qui est en passe même de lui damer le pion. En effet, le pays du président Sall n’a jamais coupé le cordon ombilical le liant à l’Hexagone. Et la subordination n’est pas seulement d’ordre économique. Elle est avant tout culturelle.

La Constitution rédigée dans une langue française officiellement ancrée dans la culture sénégalaise et l’armée française encore bien installée dans des points névralgiques de Dakar ne sont pas moins ostentatoires que les multiples rues et édifices portant le nom de Français qui n’ont pas toujours été tendres avec les Sénégalais. D’illustres inconnus de nombre de Sénégalais contemporains qui ont pour nom :

André Peytavin, Jules Ferry, Albert Sarault, Georges Pompidou, Carnot, Charles Mangin, Armand Angrand, Félix Faure, Alfred Goux…, ont soit leurs rues, soit leurs avenues au cœur de la capitale sénégalaise. Même William Ponty qui avait jadis ordonné l’expulsion des Sénégalais du Plateau vers la Médina, parce que les accusant d’être les vecteurs de la peste qui sévissait dans le pays, a toute une avenue en son nom.

En plus des nombreuses rues portant des noms de Français, d’autres sont baptisées en des termes que beaucoup de Sénégalais ne comprennent pas. Ainsi on retrouve Belfort, Dardanelles, rue de Reims, rue Grasland, rue Fleurus, rue Raffanel, rue Escarfait, allées Delmas, rue Bugnicourt, etc.

Avec l’utilisation exclusive de la langue de Molière qui est enseignée dans les écoles et utilisée dans l’administration, le Sénégal, contrairement à l’Algérie, refuse de se libérer de son «ancien» colonisateur. Et celui-ci fait tout pour entretenir cette relation de subordination. L’exemple le plus patent demeure le centre culturel français, rebaptisé Institut français qui véhicule la culture française à travers les projections de films, théâtres, séminaires, expositions.

Dans ce même sillage, on ne sait par quel accord, l’Etat du Sénégal encourage la fuite de cerveaux.  

Les meilleurs nouveaux bacheliers sénégalais ont des bourses d’études payées par le contribuable sénégalais et sont envoyés en Hexagone. Beaucoup d’entre eux ne reviennent pas et servent la France après leur formation.

A ce propos, l’ambassadeur de France au Sénégal, Christophe Bigot, estime que son pays accueille 10 000 étudiants sénégalais et qu’à travers Campus France, il souhaite doubler le nombre d’ici deux à trois ans.

Macky, continuateur de l’œuvre de Senghor

Un autre point qui rattache le Sénégal à son pays colonisateur, le franc Cfa. Pour Macky Sall, «le FCfa est une bonne monnaie à garder». Le président Sall le croit si bien que, quand ses homologues de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) se sont réunis à Niamey, au mois d’octobre dernier, pour discuter de la création d’une monnaie unique de la sous-région, Macky Sall s’était débrouillé pour se retrouver en Afrique du Sud. Pendant que ce débat faisait rage, il était aux abonnés absents.

Depuis qu’il est élu, c’est la première fois que le président sénégalais est aussi en marge d’une question concernant la Cedeao. Lui qui a mobilisé les Etats membres de l’organisation face à Yahya Jammeh, devient aphone dès qu’il est question de rompre avec le franc Cfa.

Au moment où ses homologues étaient réunis à Niamey, Macky Sall était en Afrique du sud, loin de la zone où la monnaie à créer devrait être en circulation. Ceux qui doutent de la volonté de Macky Sall de ne pas être présent là où la France est flétrie, n’ont qu’à demander à Kémi Seba. Pour avoir brûlé un billet de 5 000 F Cfa, lors d’une marche anti Franc Cfa à Dakar, le panafricaniste est fagoté et expédié en France. 

Et ce n’était pas la première fois que Macky Sall montrait son attachement exagéré à la France et à ce qu’elle symbolise.

Les Sénégalais se rappellent toujours du sprint qu’il avait fait pour rallier la France au lendemain de l’attentat qui a frappé le journal Charlie hebdo. Le président Sall a tout de suite couru en France pour prêter main forte aux Gaulois.

Pourtant, beaucoup de citoyens sénégalais étaient meurtris et avaient le cœur serré après la caricature faite sur le prophète de l’islam par le journal Charlie hebdo. Sa participation à cette marche de soutien a été vivement décriée au Sénégal.  Et, à chaque fois qu’une catastrophe se passe au Sénégal sans que Macky Sall ne se déplace, les Sénégalais lui rappellent ce fameux soutien à Charlie hebdo.

Mais que ferait le Sénégal sans la France ?

Les gouvernants rechignant à s’occuper réellement des préoccupations des Sénégalais, les Français sont souvent appelés à la rescousse pour gérer des accidents que la Gambie aurait pu régler toute seule.

Les sapeurs-pompiers qui défilent élégamment, chaque année, n’ont pas pu venir à bout des flammes qui avaient retenu Karim Wade, en octobre 2009, à l’intérieur de l’immeuble Tamaro. Il a fallu une intervention française pour sortir le super ministre d’alors du bâtiment en feu.

En novembre 2013, face au fameux joint de l’usine de Keur Momar Sarr qui avait privé les Dakarois d’eau, durant plus de vingt jours, les ingénieurs sénégalais se sont révélés impuissants. Là également, il a fallu l’intervention de la France pour sortir la capitale de la pénurie d’eau.

Sollicité Par Macron Pour «Engager La Réflexion Autour De La Francophonie» : La Terrible Réponse Du Pr Mabanckou

Le président de la République française, Emmanuel Macron a proposé à Alain Mabanckou de contribuer aux «travaux de réflexion» qu’il souhaite «engager autour de la langue française et de la Francophonie». Alain Mabanckou lui a répondu à travers une lettre ouverte.

Monsieur le Président,

Dans votre discours du 28 novembre à l’université d’Ouagadougou, puis dans un courrier officiel que vous m’avez adressé le 13 décembre, vous m’avez proposé de «contribuer aux travaux de réflexion que vous souhaitez engager autour de la langue française et de la Francophonie».

Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s’agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale.

D’ailleurs, dans son ouvrage «Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique» (1904), dans le dessein de «pérenniser» la grandeur de la France, il se posait deux questions fondamentales : «Où renaître ? Comment durer ?» Qu’est-ce qui a changé de nos jours ?

La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies. Repenser la Francophonie, ce n’est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste, n’est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d’auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial. Les meilleurs spécialistes de la littérature française du Moyen-Âge sont américains.

Les étudiants d’Amérique du Nord sont plus sensibilisés aux lettres francophones que leurs camarades français. La plupart des universités américaines créent et financent, sans l’aide de la France, des départements de littérature française et d’études francophones.

Les écrivains qui ne sont pas nés en France et qui écrivent en français sont pour la plupart traduits en anglais : Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, etc.

La littérature française ne peut plus se contenter de la définition étriquée qui, à la longue, a fini par la marginaliser alors même que ses tentacules ne cessent de croître grâce à l’émergence d’un imaginaire-monde en français.

Tous les deux, nous avions eu à cet effet un échange à la Foire du livre de Francfort en octobre dernier, et je vous avais signifié publiquement mon désaccord quant à votre discours d’ouverture dans lequel vous n’aviez cité aucun auteur d’expression française venu d’ailleurs, vous contentant de porter au pinacle Goethe et Gérard de Nerval et d’affirmer que «l’Allemagne accueillait la France et la Francophonie», comme si la France n’était pas un pays francophone !

Dois-je rappeler aussi que le grand reproche qu’on adresse à la Francophonie «institutionnelle» est qu’elle n’a jamais pointé du doigt en Afrique les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression, tout cela orchestré par des monarques qui s’expriment et assujettissent leurs populations en français ?

Ces despotes s’accrochent au pouvoir en bidouillant les constitutions (rédigées en français) sans pour autant susciter l’indignation de tous les gouvernements qui ont précédé votre arrivée à la tête de l’Etat. Il est certes louable de faire un discours à Ouagadougou à la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à ces jeunes gens que vous êtes d’une autre génération, que vous avez tourné la page et qu’ils ont droit, ici et maintenant, à ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et d’inaliénable : la liberté.

Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle – en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine -, j’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet.

Alain MABANCKOU

Fait à Santa Monica, le 15 janvier 2018

Dossier réalisé par Mame Birame WATHIE, Seyni DIOP & Bineta BA (Stagiaire)

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