FRANCE – Sortie de Nicolas Sarkozy sur Tf1 et Europe 1 : «Je ne suis pas un homme qui se décourage devant les vilenies»

«Jamais je n’ai commis un acte contraire à l’Etat de droit» : la contre-attaque télévisée de Nicolas Sarkozy est intervenue quelques heures à peine après sa mise en examen pour recel de violation du secret professionnel, corruption et trafic d’influence actifs, au terme d’une garde à vue d’environ 15 heures, une procédure coercitive inédite en France à l’encontre d’un ancien Président.

Nicolas Sarkozy contre-attaque. Au lendemain de l’annonce de sa mise en examen pour corruption active, trafic d’influence actif et recel de violation du secret professionnel,  il est sorti de son silence médiatique pour dénoncer, dans un entretien donné à Tf1 et Europe 1, «l’instrumentalisation politique d’une partie de la justice aujourd’hui». 

«Tout est fait pour donner une image de moi qui n’est pas conforme à la réalité, déplore-t-il. Dans notre pays, pays des droits de l’Homme […], les Français doivent […] juger de ce qu’il en est. […] Je n’ai jamais commis un acte contraire aux principes républicains ou à l’Etat de droit. Il était venu le temps pour moi de m’expliquer.»

«Profondément choqué»

L’ancien Président s’est dit «profondément choqué». «La nuit dernière qui me fut réservée m’a convaincu de m’exprimer ici et maintenant. […] Je ne demande aucun privilège. Et si j’ai commis des fautes, j’en assumerai toutes les conséquences. Je ne suis pas un homme qui fuit ses responsabilités. Mais enfin, j’en appelle à la conscience de chacun, de chacun de nos compatriotes : est-il normal que je sois écouté dans mes conversations les plus intimes depuis le mois de septembre de l’année dernière ?», a-t-il interrogé.

Haro sur la Hollandie

Dénonçant une instrumentalisation politique de la justice, l’ancien chef de l’Etat a attaqué des membres du gouvernement. «Mme Taubira, Garde des Sceaux, sur le plateau de M. Bouleau, a été convaincue de mensonge lorsqu’elle a dit : «Je n’ai jamais eu connaissance des écoutes des conversations de monsieur Sarkozy.» Vous avez prouvé qu’elle avait menti.»

«Vous savez comme moi que M. Valls a menti lorsqu’il était ministre de l’intérieur. D’ailleurs, je suis très étonné. Ce matin même, monsieur Valls dit : «Les faits qui sont reprochés à Nicolas Sarkozy sont très graves.» Mais qu’en sait-il ?»

«A moi de poser la question ! Qu’en sait-il ? A-t-il eu les juges au téléphone ? Lui a-t-on fait un rapport ? Il aurait dû dire : «Les faits supposés, reprochés à M. Sarkozy.» M. Sapin, ministre des finances, a déclaré dans une interview récente, stupéfiante de sincérité : «Sarkozy, mais on va s’en occuper !»»

«Quant à monsieur Hollande, ses collaborateurs se sont livrés à une exploitation éhontée de mes archives, en violation de toutes les règles républicaines, qui ont été consultées sans que l’on m’en demande l’autorisation, distribuées à toute personne qui les voulait.»

Attaque contre les juges d’instruction

Nicolas Sarkozy s’en est pris par ailleurs directement à Claire Thépaut, l’une des deux magistrates qui l’a mis en examen, à qui il a reproché son appartenance au Syndicat de la magistrature. «Quel justiciable aimerait avoir un magistrat dont l’obsession politique est de détruire la personne en face de lui ?», a-t-il demandé après avoir lu l’extrait d’une lettre ouverte très critique que le Syndicat de la magistrature lui avait adressée en 2012. L’ancien chef de l’Etat n’a pas pour autant demandé le dessaisissement de Claire Thépaut.

Il a par ailleurs vertement critiqué son placement en garde à vue soulignant que M. Cahuzac n’avait pas fait l’objet d’une telle mesure : «Est-il normal que je sois placé en garde à vue pendant quinze heures sous la surveillance, d’ailleurs, de policiers qui ont remarquablement fait leur travail, à qui, bien sûr, je n’ai rien à reprocher. Mais ne pouvait-on pas me convoquer pour que je réponde aux questions des juges ?» 

«Devais-je absolument avoir rendez-vous avec les deux dames qui m’ont donné rendez-vous à 2 heures du matin cette nuit, après quatorze heures d’interrogatoire par les policiers ?»

«Je n’ai pas fait de démarche» en faveur de M. Azibert

Sur le fond du dossier, Nicolas Sarkozy a expliqué que M. Herzog lui avait effectivement demandé s’il pouvait agir en faveur de Gilbert Azibert pour qu’il obtienne un poste à Monaco. «Je n’ai pas fait cette démarche», a-t-il dit.

«Il existe une écoute où je dis à Thierry Herzog, qui bizarrement n’est pas sortie dans la presse où je dis : «Non je ne ferai pas d’intervention.» M Azibert n’a rien obtenu. Où est la corruption ? Où est le trafic d’influence ? Ces motifs ont été retenus dans le seul objectif de m’humilier et de me diffamer.»

Les juges d’instruction cherchent à établir si M. Sarkozy a tenté d’obtenir des informations couvertes par le secret auprès du haut magistrat près la Cour de cassation Gilbert Azibert, sur une décision de justice le concernant, en échange de la promesse d’une intervention pour un poste de prestige à Monaco. L’avocat historique de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog, et M. Azibert ont également été mis en examen.

Interrogé sur l’affaire Bygmalion, l’ancien chef de l’Etat a affirmé que sa «campagne n’a[vait] pas coûté un centime au contribuable». «Croyez-vous que les rapporteurs du Conseil constitutionnel ont laissé passer 17 millions d’euros de dépenses sur une campagne de 21 millions sans s’en rendre compte ?»

«Si la justice avérait que la société Bygmalion a prélevé de l’argent à l’Ump, alors qu’il n’y avait aucune raison, les dirigeants de l’Ump seraient alors en droit de porter plainte. Il ne s’agit pas de ma campagne.» 

«En ce qui concerne ma campagne, je le dis à tous ceux qui m’ont soutenu : il n’y a jamais eu le moindre système de double facturation, que les 17 millions qu’on prétend dépendre de ma campagne qui ont été cachés, c’est une folie.»

Nicolas Sarkozy ne renonce pas à la présidence de l’Ump

L’ancien Président a laissé, par ailleurs, ouverte la possibilité de son retour à la tête de l’Ump. «J’aurai à décider à la fin du mois d’août, au début du mois de septembre (…). Je ne suis pas un homme qui se décourage devant les vilenies et les manipulations politiques», a-t-il déclaré. 

rfi.fr et lemonde.fr

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