FRANCOPHONIE – Candidatures au Secrétariat général de l’OIF : Michaëlle Jean, Jean-Claude de L’Estrac ou Blaise Compaoré ?

En l’absence de candidature africaine consensuelle, la Canadienne, Michaëlle Jean, poursuit tranquillement sa course vers le Secrétariat de l’Oif. Elle compte jouer pleinement sa carte de séduction au prochain sommet de Dakar prévu en novembre. Mais en attendant, d’autres noms à l’instar de ceux de Jean-Claude de L’Estrac, Bertrand Delanoë et du Président Blaise Compaoré sont agités.

Depuis la défaite des souverainistes du parti québécois aux élections du mois d’avril, le passé de Michaëlle Jean, qui, de 2005 à 2010, fut gouverneur général du Canada -et donc représentante de la reine d’Angleterre-, ne pose plus aucun problème sur les rives du Saint-Laurent : sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (Oif) bénéficie du soutien total du nouveau gouvernement.

C’est ce que Christine St-Pierre, le nouveau ministre des Relations internationales et de la francophonie (qui fut naguère la collègue de Jean à Radio Canada), était allée dire à Abdou Diouf, secrétaire général de l’Oif, et à Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, le 25 juin dernier, à Paris.

L’accueil a été cordial, mais réservé. La vérité est que cette candidature ne suscite pas l’enthousiasme des autorités françaises, au point que certaines parmi elles en viennent à réactiver d’autres hypothèses, improbables, comme celles de Bertrand Delanoë ou de Blaise Compaoré.

Reste qu’en l’absence de candidature africaine consensuelle, Jean continue de faire la course en tête et n’a nulle intention de ralentir. Du 3 au 8 juillet dernier, à Ottawa, elle a mis à profit la séance plénière de l’Assemblée parlementaire de la francophonie pour faire campagne.

Jean-Claude de L’Estrac dans la cour des grands

Il n’est pas un ancien chef d’Etat mais, à 66 ans, il a occupé plusieurs ministères clés. Le Mauri­cien Jean-Claude de L’Estrac sait qu’il lui sera difficile de succéder au Sénégalais Abdou Diouf à la tête de l’Oif, en novembre. Mais il veut malgré tout croire en sa bonne étoile. Pour cela, il ne ménage pas sa peine. Fin juin, il aurait participé au sommet de l’Union africaine à Malabo. Les semaines suivantes, il se serait rendu dans une petite dizaine de pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, et peut-être même ira-t-il à Washin­g­ton, début août, à l’occasion du sommet Etats-Unis-Afrique.

Il faut bien cela quand on est candidat à une élection et que l’on vient, comme il le dit lui-même, de l’un de ces pays «invisibles et inaudibles»: ces petites îles de l’océan Indien qu’on ne représente pas toujours sur les cartes du continent.

En réalité Jean-Claude de L’Estrac est un homme de convictions. Cela ne l’empêche pas d’être lucide. Il a beau avoir été le premier à se porter candidat, pouvoir compter sur le soutien indéfectible de son pays et de nombre d’Etats d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe, et être bien vu à Paris, où il a été promu officier de la Légion d’honneur, il sait que ses chances de succéder à Abdou Diouf à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie, en novembre prochain, sont minces. «Très minces», confirme une source diplomatique française.

Qui explique : «L’homme est sérieux et apprécié, mais il reste un outsider parce qu’il vient de Maurice.» Et que Maurice, c’est un minuscule rocher dans l’océan de la Francophonie – 1,3 million d’habitants, dans un ensemble qui en compte près de 900 millions.

Qu’à cela ne tienne. De L’Estrac, qui, tout au long de sa vie, a mené de nombreux combats (contre la censure, pour le droit au retour des Chagossiens, contre la marginalisation de l’île Rodrigues), n’est pas du genre à se laisser abattre. Il pourrait avoir face à lui quelques anciens chefs d’Etat comme le Burundais Pierre Buyoya et le Libanais Michel Sleiman, un diplomate aussi connecté que le Congolais Henri Lopes, la célèbre journaliste canadienne Michaëlle Jean, ou d’autres encore, qui attendent le dernier moment pour faire acte de candidature. Mais il croit en sa bonne étoile.

«C’est jouable, dit-il. Certes, je viens d’un petit pays, mais un pays qui a des leçons à offrir au monde. Et si je n’ai pas été chef d’Etat ou Premier ministre, j’ai quand même une certaine expérience gouvernementale.»

Un des pères fondateurs de la Commission de l’océan Indien
De L’Estrac, qui a vu le jour en 1948, a eu plusieurs vies. Il a été tour à tour journaliste, politique, diplomate et historien, puis à nouveau journaliste, et encore une fois diplomate. Il a été maire, député et ministre à plusieurs reprises : des Affaires étrangères (en 1982-1983, puis en 1990), du Développement économique, de l’Industrie. «Partout où il est passé, il a laissé son empreinte», avance l’un de ses proches. En 1982, il est l’un des pères fondateurs de la Commission de l’océan Indien (Coi). Trente ans plus tard, il en devient le secrétaire général et entreprend avec succès de ressusciter une organisation alors moribonde.

«C’est un Mauricien dans l’âme», juge un cadre du Mouvement militant mauricien (Mmm), le parti dans lequel a longtemps milité de L’Estrac. Comprendre : un homme résolument tourné vers l’extérieur. C’est d’ailleurs le message qu’il fait passer depuis qu’il est candidat : «Le moment est venu d’élargir la Francophonie. Il faut qu’elle s’ouvre à de nouvelles régions, à de nouvelles aires linguistiques. Il faut qu’elle s’intéresse davantage à l’économie aussi. L’Oif ne doit pas être perçue comme une institution tournée vers le passé, défendant des combats d’arrière-garde. Si parler français n’apparaît pas comme une valeur ajoutée pour leur intégration dans le monde mondialisé, les jeunes vont s’en détourner.»

(Sources : Jeuneafrique)

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