GERALDINE LE CHENE, DIRECTRICE GENERALE DU FESTIVAL DU CINEMA « VUES D'AFRIQUE » «On a changé le regard du monde…»

Géraldine Le Chêne, Directrice générale du Festival du Cinéma(Envoyé spécial). Comme une conteuse, Géraldine Le Chêne, Directrice générale du Festival du Cinéma « Vues D’Afrique», garde derrière son nom et son histoire, une grande part d’Afrique. Elle aime ce continent et vit son évolution avec ses mots, sa passion et son imaginaire… Au four et au moulin en cette fin d’hiver québécois particulièrement long, la voilà qui réchauffe le cœur de tous ces gens férus d’images chaudes venues des Tropiques.

Mais qui êtes-vous Géraldine Le Chêne ?
Je  suis d’origine togolaise et brésilienne, mais aussi, bretonne par    Gérard Le Chêne qui est le fondateur  de ce festival du cinéma avec des  amis qui voulaient montrer l’Afrique de la façon la plus juste. Géraldine Le chêne c’est une personne toute simple qui est très fière d’être  africaine ; et très fière  d’apporter le meilleur d’elle-même tous les jours depuis  30 ans à un organisme à but non lucratif qui s’appelle  «Vues D’Afrique» pour parler  de cinéma, de  film, de télévision.  Donc, c’était une manière de faire la  promotion du cinéma africain pour que les gens d’ici, les Canadiens, puissent mieux nous comprendre et nous apprécier et voir surtout le meilleur de nous mêmes ; parce qu’à l’époque en 1985 lorsqu’on  a  commencé le premier festival, il n’y avait  que les images de  la télévision et tous les stéréotypes médiatiques pessimistes misérabilistes sur le continent. On voulait que l’Afrique soit présentée comme elle est ; avec tout son rayonnement, toutes ses connaissances, toutes  ses richesses, et toute son intelligence.  C’est de là  que nous avons commencé  le festival qui a eu un succès fou.
Cette forme de discours qui veut faire comprendre que toutes les Afriques sont utiles, est-il toujours compris ?
Il est vrai qu’il est important que toutes les Afriques qu’elle soit du sud de l’est, de l’ouest et du nord puissent se retrouver; qu’on vive à l’étranger ou dans le continent ; qu’on vienne de la diaspora. Quand on est africain, il est important de comprendre que lorsqu’on fait quelque chose, on le fait pour nous-mêmes mais aussi pour les autres. Lorsqu’on le fait bien, il faut qu’on puisse apporter le meilleur de ce que nous sommes dans nos connaissances, notre vécu et notre expertise pour que ce soit utile à l’autre.
Pour moi, si j’ai choisi le domaine de la culture, et cela fait 30 ans que je donne de mon temps ; (même si j’appelle ça du don de soi), c’est ma passion et mon expertise que je donne au continent ; parce que je suis une des personnes qui se bat quotidiennement depuis tout ce temps, pour que la place du cinéma africain et créole puisse être non seulement mieux comprise ; mais aussi qu’on puisse voir qu’on rayonne et qu’on a des films de qualité, une sagesse, une richesse culturelle. Et qu’on a vraiment tout pour être au top aujourd’hui.
Qu’est-ce Montréal représente pour ce festival et qu’est ce le festival représente pour cette ville ?
Déjà « Vues d’Afrique » représente beaucoup pour Montréal ; grâce à « Vues d’Afrique », Montréal rayonne à l’international et je pense qu’on a ouvert ici les yeux ou le regard des gens qui ne connaissaient pas l’Afrique et les pays créoles. On a enlevé des préjugés parce que certains en avaient et on voit à travers les médias les guerres, les difficultés ; mais les difficultés et les guerres il y a en un peu partout malheureusement et de ces choses, on n’en veut pas bien sûr de même que les difficultés. On a changé le regard du monde pour qu’il soit positif et que les gens vivent à travers la musique, la gastronomie, le cinéma et aient envie de découvrir et de se rapprocher du continent.
Aujourd’hui, c’est aussi une rencontre des générations qui se passe à Montréal. La ville est le creuset d’une immigration qui favorise le brassage de différentes communautés.
N’est-il pas venu le temps de vous ouvrir à d’autres horizons toujours en y associant la belle ville du Québec que reste Montréal ; mais aussi Luanda, Dakar, Praia, Kinshasa, Abidjan, Ouagadougou ?
Rien ne nous interdit de rêver plus grand. On le fait déjà Montréal, Québec et Ottawa. Tout ne dépend que du financement. Le financement aidant, on peut le faire dans plusieurs villes. On a voulu faire Vues d’Afrique aux Etats Unis ; on nous avait proposé il y a 15 ans de le faire en France ; mais cela coûte quand même des moyens  de pouvoir envoyer une équipe de deux ou trois personnes,  pour travailler sur le projet. Mais, si ces moyens ne sont pas là, on ne peut le faire.
Donc, tout dépendra des moyens des investisseurs, des gens qui ont compris qu’aujourd’hui est important et qu’il faut appuyer des organismes comme les nôtres. Ce qui est aussi important à comprendre, c’est que si on fait toutes ces actions là, c’est pour qu’un message passe. Et, je fais appel à la jeunesse parce qu’elle a soif de montrer de quoi elle est capable ; nous sommes tous des êtres exceptionnels, mais il faut leur laisser la place qui leur revient ; il faut aussi leur dire de croire en eux pour qu’ils puissent  prendre notre place après. Si moi, dans mon travail, mon père ne croyait pas en moi, même s’il est le Pdg, je n’aurais pas eu la place qui est la mienne aujourd’hui. Et, il ne s’agit pas que d’une relation de père à fils seulement; mais de toute personne qui a cette passion en elle.
Aujourd’hui, est-ce que le fardeau n’est pas trop lourd pour vos frêles épaules, même si le «vieux» comme on dit, est toujours là et tient encore debout.
Oui effectivement, le fardeau est lourd à porter. Je peux dire que j’ai failli craquer plusieurs fois. Mais, Dieu merci, je me suis relevée. Il n’est pas facile de porter à la fois 54 pays et on veut garder que la note positive  avec tous ces pays créoles, les zones sœurs comme je les appelle. Donc, on parle de 70 pays qui sont représentés, et on représente le monde ; pour dire que le fardeau de porter Vues d’Afrique, c’est d’avoir à se battre quotidiennement pour le financement. Deuxièmement, il est clair que lorsqu’on souffre pour aller chercher ce financement-là, c’est à la sueur de notre front qu’on l’obtient ; c’est comme je dis, « après l’effort, le réconfort. » Ça fait du bien.
On a, à Vues d’Afrique, entre 60 et 150 bénévoles ; des gens qui viennent de partout pour que le festival se réalise. On a aussi entre 30 et 90 partenaires à qui on dit merci aussi ; et qui, vraiment donnent le meilleur et les appuis qu’il faut ; mais on a  besoin d’aller chercher plus de financement public et privé en argent.
C’est l’une des grosses difficultés évidemment. Mais, l’autre écueil est encore dans l’appauvrissement du cinéma en Afrique. Malgré quelques festivals comme le Fespaco, il n’y a presque plus de ciné en Afrique. C’est là que Vues d’Afrique reste pour moi l’une des rares portes ouvertes pour les scénaristes du continent ? N’est-ce pas votre sentiment? 
Oui tout à fait. En fait, ce qui se passe c’est très simple. Effectivement le cinéma africain ou créole doit être soutenu d’abord par les pays. Chaque pays doit avoir le devoir non seulement d’avoir des salles de cinéma, mais aussi d’organiser un espace culturel au sein duquel le cinéma est présent. Ça fait du bien à la population ; ça permet de voyager, de s’évader, de comprendre le monde et de partager ; et c’est  un médium vraiment très fort. C’est donc à nous de bien l’utiliser, pour faire passer les messages qu’on veut ; et tous les pays du monde, devraient avoir des salles de cinéma et mettre le cinéma en priorité. Comme je dis, le cinéma pour moi, çà commence par un « C ». C’est la culture. Et la culture c’est comme le cœur, un autre « C ».  Et le cœur est en chaque être. Il bât ; ce qui fait qu’on est en vie…
Pour cette année 2014, la particularité est que vous savez fait un partenariat avec l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (Ifdd) en montrant de petits scénarios sur le sujet avec un film sur la Mauritanie qui a été primé. Allez-vous poursuivre cette expérience.
On va continuer absolument. En fait, l’Ifdd est un partenaire depuis le début et principalement plus maintenant, via l’Oif (1) aussi, qui lui aussi a été un partenaire depuis le début de Vues d’Afrique. Pour nous, la connexion avec le développement durable, c’est comme une suite logique ; comme tout le monde, on est préoccupé de l’avancement de la planète, de voir que ce nous faisons aujourd’hui nous apporte le bien être demain ; il faut que nous sachions consommer et préserver la nature. Donc, tout ce qui touche le développement durable nous importe, importe également le public ; parce qu’il ne faut pas oublier les générations à venir. Et, même si on veut être en santé, çà commence et se termine par le développement durable aussi.
Qu’est-ce que vous avez envie de dire à tous ces jeunes qui se nourrissent  encore du pessimiste qu’on leur vend sur le continent ?
Ce que j’ai envie de transmettre aux jeunes, c’est la chose suivante : n’oubliez pas que vos parents vous ont créés et que vous avez la chance d’être en vie ; la chance d’être précieux parce que tout le monde l’est finalement. Vous êtes tous artistes à la base, après vous êtes libres de choisir votre branche. La direction que vous allez suivre pour réussir votre vie. Et, pour cette réussite, croyez toujours en vous.
Ne pensez pas aux obstacles parce que les obstacles sont passagers et quelquefois, certains durent plus longtemps que d’autres, mais à chaque problème, sa solution. Si vous ne trouvez pas de solution, c’est qu’il n’y a pas  de problème. C’est à vous de vous battre positivement pour votre bien être et votre devenir en pensant toujours aux autres. N’oubliez pas que ce qu’on fait seul, n’apporte absolument rien. C’est en bâtissant avec d’autres, qu’on fait la part des choses. Maintenant, comment choisir, et comment s’entourer, c’est cela qui est difficile.
Mais, étant donné que la vie est un combat ; ce que je vous propose de faire, c’est de croire en vous, de trouver un projet ou quelque chose qui vous plaît, qui peut facilement devenir une passion, car dans chaque être, il y a une passion. Faut juste trouver quelle est la vôtre et aller droit au but et réaliser vos rêves. Car, il n’y a aucune limite dans vos rêves… croyez en vous ; vous êtes merveilleux, nous le sommes tous. Et voilà…
Avec le staff qui vous entoure Géraldine, vous avez une belle mosaïque de ce qu’est cette Afrique des jeunes. J’en ai vu qui viennent du Congo, du Burkina, du Rwanda, d’un peu partout dans le monde. Je les ai trouvés très enthousiastes autour de ce programme et quand je vous regarde, c’est un peu si étiez entrain de reconstruire votre monde à vous Vu d’Afrique et du monde ? Je me trompe ?
Non, vous ne vous trompez pas. Vous avez vu juste. Il est clair que, comme je vous le disais, chaque être est précieux. Et, quand les gens vous donnent du temps, ce temps est précieux. Il faut savoir l’utiliser, à bon escient dans le sens que ça leur plaise d’abord à eux. Lorsqu’on fait des choses avec les autres, il ne faut pas que penser à soi, mais aux forces de chacun, et utiliser cette force pour que cette passion se développe. C’est le positif qu’on va chercher dans chacun. On a tous plus de positif que de négatif. Il faut prendre ce positif et c’est lui qui nous transforme.
30 ans donc, vous les avez, mais comment vous voyez les autres 30 années qui viennent ? 
Tout dépendra de la volonté des jeunes à aller de l’avant et de ce que le Conseil d’administration décidera. Mais, des projets, j’en ai plein la tête et ils sont merveilleux. Merveilleux, pas parce que ce sont les idées ou l’imagination qui sont là, mais parce qu’ils sont réalisables et qui peuvent, s’il y a des partenaires financiers se réaliser. Par exemple, un espace Vues d’Afrique, ce serait une belle idée réalisée si on avait pignon sur rue. Ce serait un de mes rêves ; mais j’en ai plusieurs.

Mame Aly KONTE

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