Hamon: «C’est mieux d’abandonner un texte qui divise»

850445-prodlibe-L’article instaurant la déchéance de nationalité dans la Constitution a été voté de justesse mardi soir. Les députés annoncent un scrutin serré ce mercredi sur l’ensemble du texte.

Il s’en est fallu de peu. L’article 2 de la révision constitutionnelle, qui porte sur l’inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution pour les auteurs de crimes et délits terroristes, a été adopté mardi soir par une courte majorité de 162 voix, contre 148. Cet écart, de seulement 14 voix, fait beaucoup réagir. D’autant plus que 92 élus socialistes se sont opposés à cet article controversé, ce qui laisse augurer d’un vote serré ce mercredi sur l’ensemble de la révision voulue par l’exécutif après les attentats de novembre.

Bruno Le Roux reste pourtant confiant. Invité sur France 2, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale pense que les députés «ser[ont] mobilisé[s] très largement» mercredi après-midi pour adopter la révision constitutionnelle. Il émet toutefois des doutes sur la convocation du Congrès de Versailles, qui exige que l’Assemblée et le Sénat votent le même texte. «Est-ce que l’on y arrive[ra] du premier coup, je ne suis pas sûr. Il faut qu’il y ait des débats, le Sénat peut avoir des nuances à exprimer, des mots à changer.»

Aucun doute, chez Aurélie Filippetti. L’ancienne ministre et députée PS qualifie même sur France Info de «mission impossible» l’adoption de cette réforme. «Ce projet d’inscription de la déchéance dans la Constitution finalement il ne sera pas voté au Congrès de Versailles […] C’est quand même beaucoup d’énergie gaspillée à un moment où le pays [en] avait besoin.»

Même ton chez l’ex-président de l’Assemblée nationale. Bernard Accoyer (Les Républicains) a assuré sur RFI que le Congrès voulu par François Hollande était «mort-né», la majorité des 3/5e des parlementaires étant «inatteignable». Il pronostique toutefois un vote «probablement favorable mais serré» de l’Assemblée nationale mercredi après-midi.

«J’ai l’impression qu’on s’est un peu perdu», estime pour sa part Benoît Hamon. Invité sur BFM TV, le député socialiste considère que la déchéance de nationalité «est inefficace à dissuader quelqu’un de faire un attentat». Et d’ajouter, après avoir évoqué des pressions de la part du gouvernement : «J’ai envie de dire au président de la République: la voie qui ramène à l’unité nationale, c’est l’abandon de ce texte. C’est mieux d’abandonner un texte qui divise.»

Cécile Duflot, qui a voté contre, rejoint l’avis de l’ancien ministre de l’Education. La députée écologiste affirme mercredi sur iTélé que ce vote a été «acquis dans des conditions un peu tristes». Si elle pense que le vote de ce mercredi va passer, elle reste perplexe sur son avenir au Congrès de Versailles. «Il ne s’agissait pas de torpiller [ce texte], il s’agissait de sauver ces valeurs […]. Je regrette qu’on soit dans cette situation, c’est aberrant qu’on se soit obstiné à pousser jusqu’à un vote dont on voit les dégats.»

Au sein du parti Les Républicains, le texte divise aussi toujours autant. Invité sur RTL, Luc Chatel dénonce un manque de clarté, faisant référence aux propos du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, sur son «inconfort philosphique». «Je pense que c’est un énorme gâchis. Nous le devons à la méthode que François Hollande a utilisé, qui consiste à privilégier les petits coups tactiques avant de penser à l’intérêt collectif.»

S’il compte voter pour ce texte, ce n’est pas le cas de Nathalie Kosciusko-Morizet. La députée LR affiche de nouveau son opposition à ce texte ce mercredi sur Radio Classique. «On est en état d’urgence et ça fait des semaines qu’on parle d’un texte qui ne sert à rien», déplore-t-elle. «Cette révision constitutionnelle ne sert à rien! Je souhaite qu’on la retire»

Les députés se prononceront mercredi après les questions au gouvernement sur l’ensemble de la révision constitutionnelle qui comprend également l’inscription du régime d’état d’urgence dans la loi fondamentale.

Aude Deraedt

Libération

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