Hommes providentiels aux activités douteuses

Politiciens-Senegalais-parti-politiquePendant de longues années, la rébellion au Sud du Sénégal est restée un vrai business pour les «Monsieur Casamance» C’est sous l’ère Abdoulaye Wade qu’ils ont réellement fait leur apparition dans le conflit casamançais. Mais, ces chargés de mission appelés «Monsieur Casamance» ont fini par devenir des personnalités répudiables à cause de l’impertinence de leur mission, du manque d’efficacité de leur action et de leurs activités «mafieuses». Comment faire pour mettre un terme au conflit en Casamance ?

Du président Abdou Diouf à Macky Sall en passant par Abdoulaye Wade, tous les chefs d’Etat sénégalais ont été confrontés à cette problématique. Chacun en ce qui le concerne a utilisé des stratégies pour pacifier cette région méridionale du Sénégal, soufflée par un vent irrédentiste, avec le déclenchement d’une lutte armée portée par une organisation qui se fait appeler Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc).

Et les révélations faites par le colonel Abdoul Aziz Ndaw dans son livre «Pour l’honneur de la gendarmerie» ne semblent pas surprendre certains habitués de la gestion du dossier casamançais. Tant l’argent dont il est question dans cet ouvrage a circulé ces dernières années dans le maquis.

C’est en fait le troisième président de la République, Abdoulaye Wade qui va expérimenter une nouvelle approche à caractère exclusif en écartant tous ceux qui s’activaient autour du dossier casamançais. Avait-il compris qu’il fallait mettre de l’ordre pour éviter la cacophonie dans la gestion d’une crise aussi sensible que complexe ?

Certainement. Mais, très tôt, Wade va inaugurer une nouvelle ère, celle des «Monsieur Casamance». Un des premiers à tenir ce rôle est Mbaye Jacques Diop. L’ancien maire socialiste de Rufisque séjournera à Ziguinchor pour une rencontre avec les différents acteurs du processus de paix. Mais, ce rendez-vous sera en réalité une séance de distribution de billets de banque.

Des appétits commencent dès lors à naître. Mbaye Jacques fera long feu. Il sera remplacé, à un moment, par un duo formé du Général Abdoulaye Fall et de Latif Aïdara. C’est en fait à partir de ce moment que les mallettes d’argent ont véritablement commencé à prendre la direction du maquis du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc).

Abdoulaye Wade nourrit donc les rebelles par le biais de ses «Monsieur Casamance». L’argent devient du coup le véritable enjeu du conflit casamançais. Chaque mois, une partie des sommes dégagées par l’Etat est versée à l’abbé Augustin Diamacoune Senghor et donc à l’aile politique et une autre partie aux combattants.

Combien ?

Mystère. La seule certitude est que l’argent du contribuable sénégalais «nourrit» la rébellion. Wade, lui-même, n’avait-il pas fait un aveu de taille lorsqu’il annonçait en pleine campagne électorale pour le second tour de l’élection présidentielle de 2012 dans les jardins de la gouvernance de Ziguinchor : «J’ai nourri les rebelles» ?

Pour la gestion du dossier et donc de cette supposée importante manne financière, des lobbies se forment et s’activent pour entrer dans les bonnes grâces du chef de l’Etat. Dans cet exercice, aucun moyen ne semble de trop, y compris la délation, la manipulation, l’intoxication… En 2006 déjà, des voies s’élevaient pour demander au chef de l’Etat d’arracher le dossier casamançais des mains de Latif Aïdara.

Pour faire aboutir cette «revendication», des combattants du Mfdc et autres sages du Fogny sont envoyés au front pour décliner cette doléance en exigence. Ces derniers reprochaient à Latif de s’enrichir au détriment des rebelles à qui l’argent était pourtant destiné (sic). Le président Abdoulaye Wade s’exécute et limoge son «Monsieur Casamance», remplacé par Chérif Samsidine Dino Néma Aïdara. Et l’argent continue à «inonder» la rébellion.

Hélas, Néma Aïdara sera assassiné par des inconnus armés dans son village de Mahmouda Chérif, dans le Bignona. Avec la complicité et la bénédiction du ministre Farba Senghor, Chérif Samsidine Dino Néma Aïdara sera remplacé par son «bëkk néeg».

On venait d’atteindre le fond de l’indécence et de l’immoralité avec un monsieur qui se faisait appeler Seydina Mouhamadou Moustapha Bassène pour dissimiler son passé carcéral. Avec un accoutrement atypique, le nouveau «Monsieur Casamance» se promène partout avec sa mallette d’argent.

Les Ziguinchorois qui connaissaient ce mystificateur affichent leur indignation. Heureusement que la deuxième alternance est venue pour mettre un terme à cette hérésie, et donc, pour le moment en tout cas, aux agissements peu orthodoxes de ces «Monsieur Casamance» qui n’ont réussi qu’une seule chose : s’enrichir.

Mamadou Papo MANE

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