Idrissa Diop, artiste-musicien : «Le secret de ma jeunesse…»

Idrissa Diop qui se décrit comme un solitaire et qui aime «les Sénégalaises dans leur feeling, dans leur diongoma là» ne désespère pas de se remarier. L’artiste se réjouit du sort de ses enfants et annonce la sortie prochaine d’un grand album qu’il est en train de concocter. Il parle presque sans tabou de sa vie privée entre autres sujets.

Idrissa Diop, êtes-vous marié ?
K k…quoi ? Est-ce que je suis marié (l’air surpris) ? Hum ! Pour l’instant non. Je suis là avec mes amis. Je suis marié avec mes amis, entre guillemets, avec la musique. Je suis marié avec toutes les femmes de ma vie, toutes les amours de ma vie. Voilà.

Mais vous ne vous êtes jamais marié avec une femme ?
Si j’ai été marié. J’ai de grands enfants. Mais comme je dis souvent, je suis très pudique avec ma vie privée. Parce que je me dis : «Ça n’intéresse personne que moi.» En plus, chacun a sa petite vie secrète et voilà. Je ne parle jamais de ma petite vie privée. J’ai 7 enfants de 2 mères différentes.

On dirait que le mariage ne vous réussit pas ?
Non. Non, ce n’est pas ça. C’est la vie qui fait que les choses se passent comme ça. Tu veux bien changer de sujet. Ce n’est pas intéressant que je sois marié ou non.

Depuis quand êtes-vous divorcé ?
Oh ! Ça fait longtemps que je vis tranquillement tout seul. Cela fait quelques années. (Rires)

Ça ne vous fait rien de vivre tout seul ?
Je préfère vivre… (Il ne termine pas la phrase) parce que moi je suis un grand solitaire. Je suis un très, très grand solitaire. Mon père m’appelait le cheval solitaire. Je vis discrètement, je vis tranquillement. Et je n’ai rien à me reprocher à ce niveau-là. Comme on dit aussi, pour vivre heureux vivons caché. Moi, je ne vis même pas caché, mais comme je vous l’ai dit, je suis très pudique.

Vous n’envisagez pas de vous remarier ?
Ce n’est pas parce qu’on a envie de quelque chose que cela va forcément se produire. J’en ai envie, mais Dieu ne l’a pas encore décidé. La flamme n’est pas encore là, même si je le veux bien. C’est peut-être dû à plusieurs déceptions et plusieurs choses qui m’ont vraiment fait beaucoup de mal, beaucoup de peine. Mais je ne critique personne. Je dis simplement que c’est la vie qui a fait que les choses se sont passées comme ça. Je rends grâce à Allah. Peut-être que c’est un manque, mais si Dieu le veut «Yalla dina ma andil ben Angelle». (Dieu va m’amener une Angelle).

C’est quoi votre genre de femme ?
Je n’ai pas spécialement un genre de femme. Seulement la femme qui me plaît, c’est une femme avec qui je peux avoir une grande complicité. On peut l’avoir dans toutes les avenues du monde. En tout cas, j’ai un grand respect pour les femmes et pour vous dire la vérité, j’aime toutes les femmes que je rencontre.

Parlez-nous un peu de vos déceptions ?
Quand on est profondément blessé, on n’a pas trop envie d’en parler. Donc, je garde tout pour moi. Je ne reproche rien à personne.
Est-ce que ce n’est pas cela qui vous empêche de vous remarier ?
Non. Je suis tout simplement prudent avec les femmes. Avant de rentrer encore dans la gueule du loup, il faut que je réfléchisse beaucoup. Il y a des choses personnelles, mais n’empêche, je suis très heureux comme ça, hein. Ne vous inquiétez pas.

A un moment donné, on vous a vu soutenir Abdoulaye Wade lors de la Présidentielle de 2012. Depuis lors, On ne vous entend plus. Vous avez arrêté la politique ?

Non. Je ne vais jamais arrêter la politique. Parce qu’un musicien, c’est un politicien par essence. Je continue de croire à ce grand monsieur. Je l’ai connu en 1974 devant le Sahel, où on jouait tous les jours et qui se trouve juste entre Fass et Gueule-Tapée. Il venait de créer son parti, le Parti démocratique sénégalais (Pds) et depuis, je lui voue un respect immense. C’est un homme qui a changé le Sénégal en bien. Et quand une personne fait quelque chose de bien, il faut en tenir compte. C’est important. Moi, je n’ai rien contre le pouvoir actuel, mais j’ai un immense (il insiste sur ce mot) respect pour la vision de Me Wade. Parce que je connaissais le Sénégal de Senghor, de Abdoul Diouf, mais c’est Abdoulaye Wade qui a changé le visage de ce pays. Ça on ne peut pas le cacher. Même si on n’est pas d’accord avec lui, il faut lui reconnaître cela.

Est-ce que vous avez de ses nouvelles?
Oui. J’ai été le voir à Versailles, deux ou trois fois. C’est un papa, un grand-père pour moi. C’est un homme qui m’apaise.
Vous l’avez vu à Versailles. Comment vit-il tout ce qui se passe ici, notamment l’emprisonnement de son fils Karim ?
Vous savez, il a une grande sérénité. Il ne faut pas oublier l’histoire de Abdoulaye Wade. Il a fait plusieurs fois la prison. Il prend ça avec une grande philosophie. Je suis sûr qu’il a dit à son fils Karim : «Je suis passé par-là. Et pour être au sommet, il faut passer par ce chemin.»

Vous êtes dans la politique comme vous dites. Mais depuis que Wade est parti, on ne vous sent plus…
Moi, je suis un vrai rebelle, mais profondément sénégalais. J’ai beaucoup de respect pour nos valeurs humaines, spirituelles. Je n’ai pas de référence pour les Africains Kwame N’krumah, Sankara. Ce ne sont pas mes références. Mes références c’est Serigne Touba, c’est El Hadji Malick Sy, c’est Baye Niass,… Ces érudits qui nous ont apporté tellement de biens. Ils m’ont ouvert les yeux et la cervelle. Donc, la politique j’en parle avec vous. Je fais des actions. Avec Pacotille et d’autres gens, on est en train de monter un truc magnifique. On se rencontre, on partage des choses. On va dans la banlieue.

Vous avez une carte de membre du Pds ?
Non. Moi je suis profondément Wadois (Un terme qu’il a créé pour réaffirmer sa fidélité au pape du Sopi).

Idrissa, on vous voit toujours avec votre casquette bien vissée. C’est quoi ce style ?
(Il enlève la casquette). Vous voyez, je n’ai pas de cheveux blancs.

Alors, pourquoi avez-vous toujours la casquette bien vissée sur la tête ?
J’ai comme l’impression que la casquette me protège des choses qui pourraient me tomber sur la tête, les choses de la vie. Les choses mystiques de la vie. (Rires). C’est une façon de parler. Depuis tout jeune, à l’âge de 12, 13 ans, j’ai commencé à mettre des chapeaux, des casquettes. Je ne l’enlève que pour me coucher.

Vous ne sortez jamais sans votre casquette…
Si ça m’arrive, mais c’est très rare. Ça fait partie de moi. C’est comme vous les femmes quand on vous enlève vos sacs à main, vous êtes bizarres. Moi quand on m’enlève ma casquette, je suis très bizarre.

Vous en avez de toutes les couleurs, j’imagine…
J’en ai beaucoup. Oh ! J’ai 150 chapeaux et 350 casquettes et plus. J’ai un univers de casquettes et de chapeaux. Je traîne partout avec ça, c’est connu.

Quel est votre secret ? Vous paraissez toujours jeune…
Je ne suis pas jeune. Mon secret, c’est peut-être le fait que je ne mange pas de viande depuis plus de 30 ans. J’essaie d’équilibrer mon alimentation. Je mange beaucoup de céréales, beaucoup de fruits et de légumes. Je suis un lapin, moi.

Quel âge avez-vous?
J’ai l’âge que j’ai.

Comme les femmes, vous refusez de donner votre âge ?
Ce n’est pas important. Je suis un musicien et un musicien c’est un vendeur de rêves. Il n’a pas d’âge. On peut jouer jusqu’à l’éternité.

Quel est votre livre de chevet ?
C’est le Coran. J’ai le Coran matin, midi, soir, qui m’accompagne.

Vous respectez les cinq prières de la journée ?
Parfois je ne les respecte pas. Que Dieu me pardonne. Personne ne peut accomplir tout ce que veut Dieu, mais on peut être proche de ce qu’Il veut qu’on soit. Il y a un ami qui me disait : «C’est quoi la spiritualité pour vous ?» Je lui ai dit : «La spiritualité pour moi, c’est rendre à Dieu ce qui Lui appartient. Même si on ne peut pas tout lui rendre.» Des fois, je rate de prier, mais j’en fais quand même beaucoup.

Parlez-nous un peu de votre projet musical…
On est dans un projet qui s’appelle Demb ak Tay (hier et aujourd’hui). Cet album a pris pas mal d’années de réflexion, de méditation et de partage avec Cheikh Tidiane Tall, Thio Mbaye, Dembel Diop… Tous les musiciens qu’on croit être bons dans leurs instruments ont participé à cet album. C’est une grande famille. C’est la génération d’hier et celle des Dembel et des Bara qui sont plus jeunes. On a voulu mettre ces deux énergies au service de la musique. Je pense que l’album sera le plus surprenant des albums ici au Sénégal. On le cuisine méthodiquement, mais humainement. Parce que la musique est un phénomène de partage.

Ça va sortir quand ?
On veut le sortir au mois de décembre, si tout va bien. Je pense que Demb Ak Tay ça va être le meilleur album que j’ai pu faire jusqu’à aujourd’hui. Et cela valait la peine de revenir au pays et de vivre vraiment cet album.

Idrissa Diop, parlez-nous des filles. Il paraît que vous êtes un dragueur…
Les filles, elles me reconnaissent dans la rue et je leur dis : «Salute.» Et c’est tout (rires).

Et c’est tout…
Les filles me disent : «Bonjour Idrissa et tout ça.» Je visse ma casquette et je dis : «Bonjour.» Non la vérité, c’est que les filles m’aiment beaucoup.

Et vous, vous le leur rendez bien ?
Moi, je les aime beaucoup. J’ai beaucoup de respect pour les femmes, en général. Je viens d’une femme. Nous les hommes, on parle beaucoup blabla, mais quand on est avec les filles on se sent tout petit, vraiment. Moi, j’aime beaucoup les femmes sénégalaises nak.

La prochaine élue de votre cœur sera sénégalaise ?
J’aime la Sénégalaise dans son entièreté. J’aime les Sénégalaises dans leur feeling, dans leur diongoma là. J’aime leur façon de bouger, de me sourire, de me rire. Leur façon de m’interpeller dans la rue avec tout le temps, une sorte d’élégance. Lolou sénégalaise rek lako Yalla maye. (Ça Dieu ne l’a donné qu’à la Sénégalaise).

Idrissa Diop, est-ce que vous êtes un homme riche ?
Je ne suis pas riche. Je suis très pauvre.

Ah oui…
Je suis riche humainement. Je n’aime pas parler d’argent, parce que ce n’est pas important. Mais je gagne bien ma vie. Je n’ai pas envie d’être super riche comme certains. Tout l’argent que je gagne, je l’investis dans la musique et sur l’humain. Je partage énormément ce que j’ai avec mes proches. Si c’est ça la richesse, je suis très riche.

Comment vivez-vous avec vos enfants ?
On se voit. Ils viennent me voir. On a une grande complicité. Comme je dis, les femmes de ma vie, c’est aussi mes enfants. Les filles sont aujourd’hui des femmes. J’ai eu de la chance, mes filles sont toutes mariées. Les hommes se tiennent bien. On est d’excellents copines et copains. Je suis leur papa-poule.

Qu’est-ce qui vous choque le plus aujourd’hui dans ce pays ?
C’est l’injustice et le manque de civisme. Il y a un morceau qu’on a écrit qui s’appelle civisme où on invite les gens à cesser d’uriner dans les rues et à arrêter de jeter des ordures sur les routes. J’ai l’impression que je ne reconnais plus mon pays. Les gens sont dans la rue, ils font n’importe quoi. Et quand tu interpelles quelqu’un, il te dit : «La rue n’est pas la propriété de ton père.» Ce qui me choque le plus, c’est ce manque de civisme-là. Il faut que les gens reviennent à ce que nous ont légué nos ancêtres. Soyons propres dans nos âmes.

Les cinq péchés mignons de Idrissa Diop ?    
Le premier, c’est le lakh (bouillie de mil avec du lait caillé). J’adore le lakh. Ouw ! Ah ! Le lakh avec du lait de vache pur avec des raisins autour. Oup là, j’adore ! Deuxième, le poisson. Je suis fou du poisson. Mon troisième péché mignon, ce sont les crudités. Je ne parle que de bouffe. Ce sont mes péchés mignons. Les ndiayène (ses cousins à plaisanterie) n’ont qu’à venir et faire ce qu’ils veulent. Le quatrième, c’est que je veux être entouré de mes amis. Je ne sais pas si je peux l’appeler péché mignon, mais j’ai besoin de ça. Je veux être entouré par des gens qui m’aiment et que j’aime et avec qui je partage des valeurs. Enfin, le cinquième j’adore arroser mes plantes. Je ne peux pas me lever sans arroser mes plantes. En le faisant, j’ai comme l’impression que je m’arrose moi-même. Et comme l’eau est source de vie, je donne de l’eau à l’autre pour que l’autre vive.

  • Écrit par  aicha
  • Source Lequotidien

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