Implication du Pm Abdoul Mbaye dans le procès de Habré : Le Pds dépose une motion de censure contre le gouvernement

abdoul mbL’accusant d’avoir blanchi l’argent de Hissène Habré, les Libéraux ont décidé de déposer une motion de censure contre Abdoul Mbaye. En attendant, ils se heurtent à une  problématique : ils sont minoritaires à l’Assemblée nationale.

Les Libéraux se déchaînent. Traqués par les auditions, les responsables du Parti démocratique sénégalais (Pds) ouvrent un nouveau front contre le gouvernement. Devant la caserne Samba Diéry Diallo, épicentre de la contestation libérale et haut lieu d’auditions des ex-autorités, Me Ousmane Ngom a annoncé la déposition prochaine d’une motion de censure contre le gouvernement de Abdoul Mbaye. La raison ? Après le vote de la loi autorisant la création de Chambres africaines extraordinaires pour juger Hissène Habré, les députés du groupe parlementaire des Libéraux et démocrates ont décidé de passer à la vitesse supérieure après avoir demandé la démission de Abdoul Mbaye. En vain. Comme d’autres défenseurs de la bonne gouvernance, ils l’accusent d’avoir blanchi l’argent de l’ex-dictateur tchadien après ses aveux circonstanciés sur l’usage de ce pactole. A leurs yeux, il est inconcevable que cet homme dirige le Sénégal dans ce contexte de jugement de l’ancien chef de l’Etat tchadien. Me Ousmane Ngom plaide : «Cette motion de censure est motivée par deux choses : la première, le Sénégal va dans quelques semaines organiser le procès de Hissène Habré. Le gouvernement  l’a confirmé hier (avant-hier) à l’Assemblée nationale. Et toutes les dispositions sont prises pour que le procès puisse se tenir d’ici la fin de l’année. Hier (avant-hier Ndlr), le dernier acte a été posé avec l’adoption d’un projet de loi mettant en place des Chambres africaines pour juger Habré. Le gouvernement nous a également donné l’assurance que le fichier pour l’organisation du procès qui va durer 27 mois est déjà en place et toutes les dispositions et les modifications de notre dispositif judiciaire ont déjà été ficelées. Le Sénégal ne doit pas faillir à l’organisation de ce procès.» Quid du deuxième aspect qui motive cette décision qui n’a évidemment aucune chance de prospérer ? «C’est la présence à la tête du gouvernement d’un homme qui est au cœur de l’affaire Habré. C’est Abdoul Mbaye qui, lui-même, a tenu une conférence de presse pour reconnaître qu’il a joué un rôle essentiel dans cette affaire puisqu’il a été le réceptacle de cet argent que Habré a introduit dans notre pays. Ces fonds sont d’origine illicite et frauduleuse. Par conséquent, il est indéniable que le Premier ministre sera appelé, d’une façon ou d’une autre au Tribunal en tant que témoin, que ce soit par Hissène Habré pour confirmer que c’est lui qui lui a confié ces fonds qui sont en cause ou bien en tant qu’accusé. En tant que receleur des fonds, par les victimes, les parties civiles à ce procès», dixit Me Ngom.
«Républicains», les Libéraux tiennent à l’image de leur pays qui risque d’être écornée si évidemment Abdoul Mbaye se retrouve convoqué au Tribunal. «Nous pensons que si tel était le cas, cela va rejaillir sur l’image du gouvernement, sur l’image de notre pays. C’est un gros risque que notre pays ne doit pas courir. Parce que ce serait la première fois, dans l’histoire, qu’un Premier ministre serait attrait devant un Tribunal parce qu’il est accusé de recel de fonds d’origine illicite et  que notre pays connaisse ce paradoxe à travers l’affaire Habré. C’est pourquoi nous pensons qu’il est indécent que M. Abdoul Mbaye reste en fonction en cas d’ouverture de ce procès. Il devait démissionner  de son propre chef. Puisqu’il ne le fait pas, toutes les mesures doivent être prises pour qu’il démissionne et c’est en ce sens que nous avons déposé la motion de censure. En tant que représentant du Peuple, nous devons  préserver encore une fois l’image et la dignité du pays en l’amenant à démissionner.»

Obstacle de la majorité
Aujourd’hui, il reste une difficulté à surmonter. Et les Libéraux, minoritaires à l’Assemblée nationale, mesurent déjà l’ampleur de cette tâche. Même s’ils ne perdent pas espoir que la majorité présidentielle peut les rejoindre dans ce «combat». «Notre groupe a déposé la motion de censure. Le groupe Libéral Démocrate a été rejoint avant même le dépôt par d’autres députés appartenant à d’autres formations politiques. Ce qui fait que nous avons dépassé le nombre requis pour le dépôt valable d’une motion de censure. Nous espérons que nous aurons l’adhésion de la majorité des députés pour qu’elle puisse aboutir et faire tomber le gouvernement. Pas plus tard qu’hier, il y avait des fissures dans le camp de la majorité. Tous les députés de la majorité n’ont pas voté dans le même sens. Cela veut dire que c’est une affaire à enjeux multiples. Et les gens se prononceront beaucoup plus par rapport à leur conscience que par rapport à leurs convictions, leur appartenance politique ou à une sensibilité quelconque», espère Me Ngom. Avec leur longue expérience de l’opposition, les actes politiques risquent de se multiplier.

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