October 17, 2017
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«In fine, le traitement des médias nous positionne comme la seule opposition»

De nombreux militants de La France insoumise approuvent les critiques de leur chef envers les journalistes. Ceux qui émettent des réserves font figure d’exception.

«Vous avez vu ce sale con ?» C’est un secret de polichinelle. Entre Jean-Luc Mélenchon et la presse, les relations sont orageuses. Les médias le défrisent. En témoigne cette phrase du leader de La France insoumise (LFI) pendant la campagne présidentielle, à l’égard d’un journaliste. Chez les militants, c’est «je t’aime, moi non plus». Sur Twitter, ils font partie des utilisateurs les plus virulents. Nathalie, 55 ans, est de ceux-là. «Les Christophe Barbier, Ruth Elkrief, j’ai envie de les gifler. Mais je ne mets pas tous les médias dans le même sac», rigole-t-elle. Pour cette insoumise du Tarn, il y a un problème de fond dans la presse française. D’ailleurs, elle la lit peu et lui préfère des journaux étrangers. Un seul titre hexagonal trouve grâce à ses yeux, le Canard enchaîné. «Eux au moins, ils tapent sur tout le monde.»

Car ce que Nathalie reproche aux journalistes français, comme beaucoup d’autres dans son camp, c’est d’avoir un parti pris. «Pendant la campagne présidentielle, c’était inadmissible. Sortir dix jours avant le premier tour que Mélenchon soutient Maduro… C’est faux ! Je suis d’accord quand il dit que ce sont les médias qui l’ont fait perdre, s’insurge-t-elle. Vous avez vu des unes sur Mélenchon ? C’était que Macron. Macron au musée, Macron à la plage…» Même rengaine du côté de Yannick, directeur de société à Cachan (Val-de-Marne). «Si les journaux appartiennent à des grands groupes financiers ou à des milliardaires, ça pose un souci démocratique. Même les penseurs du capitalisme disaient que la presse devait être indépendante ! Et ça n’est pas le cas pour tous les titres», se désole le quinquagénaire.

«Victimisation». Quatre mois après la présidentielle, le courroux de Mélenchon ne faiblit pas. Dans un récent post de blog, il déverse sa colère sur la «hargne ordinaire du parti médiatique». A rebours, Yannick se frotte les mains. «Je pense que le traitement “infligé” aux insoumis est très positif ! In fine, ça nous positionne comme la seule opposition.» «Comme on dit, du moment qu’on parle de vous, en bien ou en mal, l’essentiel c’est qu’on parle de vous», résume Guillaume, élu à Clermont-Ferrand. S’il est en accord avec «toutes les idées» prônées par le programme «l’Avenir en commun», cet ancien «journaleux» ne mâche pas ses mots à l’endroit de LFI. «Je trouve que leur politique vis-à-vis des médias est en dessous de tout, les journalistes font leur job. Cette victimisation permanente me gêne.» Il ironise. «A ma connaissance, ils sont bien contents quand les médias tapent sur les autres.» Autre pilule difficile à avaler, le poste de chroniqueuse sur C8 de Raquel Garrido. «Elle est avocate, candidate aux législatives, porte-parole de Mélenchon ou chroniqueuse pour Bolloré ? Faudrait qu’on m’explique le mélange des genres», grommelle-t-il. L’intéressée, non élue, revendique de porter la parole insoumise au cœur du système.

Hormis cette voix dissonante, les insoumis interrogés par Libération sont au diapason. Et malgré leur méfiance, tous lisent, regardent et écoutent des journalistes. Parfois même ceux qu’ils critiquent. Pêle-mêle, Mediapart, BFM TV et BFM Business, France Culture et les quotidiens nationaux et régionaux. Mais aussi des sites moins connus comme Reporterre ou Euractiv. Artiste à Aubervilliers, Valérie est révoltée par «l’incroyable manipulation des cerveaux» par les médias. «Les journalistes sont plus orientés que les politiques. Ça doit être très compliqué quand on est une personne publique de gérer ces relations-là», estime la militante. Pour Nathalie, Mélenchon a des circonstances atténuantes : «Il a peut-être sale caractère, mais les journalistes lui rabâchent toujours la même chose.»

Au cours de la campagne présidentielle, l’insoumis en chef avait lancé sa propre chaîne YouTube. Elle compte près de 370 000 abonnés et celle de La France insoumise un peu plus de 32 000. En guise de comparaison, la chaîne de La République en marche est suivie par 24 000 internautes.

«Sandwich LFI». A présent, La France insoumise envisagerait de créer sa propre télé sur Internet (lire page 3). «Ça ne me semble pas totalement idiot», réfléchit Yannick. «Je pense que ce sera une plateforme de questionnement» , juge Valérie. «Ça ne doit pas être de la propagande. Il faut ouvrir le débat, toutes les chaînes tournent en rond», renchérit Nathalie. Seul Guillaume est atterré. «J’ai pas envie de manger demain un sandwich LFI ! On va vers le totalitarisme ? […] Ils feraient mieux de s’occuper des gens dans la galère.» Est-ce vraiment incompatible ?

Clarisse Martin

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