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La musique traditionnelle au Sénégal met en exergue les talents multiples du griot. Pour s’accompagner, le griot sénégalais utilise souvent un instrument de musique à cordes ou à percussion. Le Tambour-major, Lamine Mboup, du groupe Mbouba Djalli basé à Rufisque rencontré, lors du Festival de musique traditionnelle de ladite ville (18-20 juin) explique l’histoire de quelques instruments de musique traditionnelle sénégalais et leur processus de fabrication. ‘Le xalam, le sabar, le riti, la kora, le tama, le djembé, le balafon, le xiin’ font partie de l'arsenal instrumental sénégalais et ouest-africain en général. ‘Tous ces instruments ont été créés par les griots’, lâche d’emblée Lamine Mboup, tambour-major du groupe ‘Mbouba djalli’ basé à Rufisque.
Une création qui est partie du désir du griot, autrefois attaché à la cour d’un souverain de divertir son maître. Ce griot était aussi un barde chantant et mimant les hauts-faits du roi, un généalogiste détenteur des traditions. Narrant l’histoire du xalam, une guitare traditionnelle constituée d'une petite calebasse sur laquelle est tendue une peau de chèvre ou de vache et quatre cordes, Lamine Mboup indique que l’instrument est fabriqué avec du bois de ndimb. ‘La vocation première du xalam était de dissiper les angoisses et tristesses des rois. Par la suite, l’instrument était joué pour saluer les exploits des monarques et des nobles de la société ancienne’, conte le griot. Ne joue pas le xalam qui veut.
‘Il faut être intelligent pour le jouer et son utilisation nécessite le recours préalable aux pouvoirs mystiques. Nous demandons aussi la permission à l’oiseau ‘ramatou’ par des incantations et pour avoir des doigts experts, nous enduisons nos mains d'un encens particulier’, explique Lamine Mboup. Le tam-tam, appelé ‘sabar’ en wolof est parmi les instruments les plus utilisés par le griot sénégalais. Il s’agit d’un instrument de percussion utilisé lors des cérémonies familiales chez les ethnies wolof et léboue… ’Auparavant, le rôle du sabar était de faire passer des messages dans les contrées pour faire part d'un événement. Une fois que l’on battait le tam-tam les habitants prêtaient l’oreille et c’était le moment choisi par le griot pour placer son message’, explique le percussionniste.

Ce tambour en bois en forme de calice allongé est confectionné avec la peau de chèvre, plus ‘résistante’, tendue par des arrêts en bois de ndimb ou de yiir, et des cordes qui permettent de l'accorder. ‘Le sabar est joué avec une main et une fine baguette. Il faut se protéger pour le jouer parce qu’en dehors des humains, c’est un instrument très prisé par les djinns (êtres surhumains)’, le batteur. Il s’empresse d’ajouter : ‘Autour du sabar gravitent d’autres instruments comme le ‘mbeug-mbeug’ qui vient après le sabar et légèrement moins long qui produit le son de la basse, le ‘thougnouné’, le ‘gorom babass’, le ‘talbatt’, le ‘lamb’, le ‘gorong’ pour accorder. Ce dernier instrument joue le même rôle que le sabar mais ne produit pas le même son.’
A ceux-là s’ajoute le tama, petit tambour en peau de chèvre. Il se cale sous l'aisselle et se joue avec le bout des doigts et un petit bâton recourbé. De l’avis de Lamine Mboup, le tama est une création récente, destiné à accompagner tous les autres instruments. Il est joué lors des mariages, baptêmes. Ce tambourin d’aisselle est connu chez les ethnies wolof, sérère et mandingue. Autre instrument de percussion : le xiin, un tambour utilisé habituellement par les ’Baye fall’. ‘Même s’il ressemble au sabar son utilisation est strictement religieuse’, tient à préciser Lamine Mboup.
A greffer dans cette famille d’instruments, le séoruba, le bougarabou, le bombolong, et le djung-djung. Le dernier cité est un gros cylindre en bois dont les deux extrémités sont recouvertes de peau de vache. Il se joue avec un bâton dans une main, et avec l’autre, on frappe une petite barre métallique sur la cloche en métal fixée sur le haut du tambour. Pour ce qui est du riti, sorte de violon peul à une corde dont la caisse est en bois de jujubier tendue d’une peau de varan, Mboup rappelle que ‘sa corde provient de la queue du cheval’, enduite d'un encens dénommé ndambe en wolof et qui a pour don de la rendre rugueuse. ‘Le fil issu de la queue du cheval tendu sur un arc est frotté sur la corde et c’est ce mouvement qui a donné son nom à l’instrument’, fait savoir le leader du Mbouba Djalli. Le riti est utilisé dans les cérémonies des ethnies peule et sérère.
A côté de ces instruments de musique traditionnelle, ‘les griots sénégalais se sont appropriés la kora (harpe-luth à 21 cordes), le djembé et le balafon (xylophone à lames de bois sous lesquelles sont fixées des calebasses de différentes tailles pour amplifier le son) venus du Mali’.Très imbu de sa tradition, le tambour-major rufisquois regrette qu’aujourd’hui ces instruments de musique traditionnelle soient relégués au second plan. ‘Nous les négligeons alors que l’Occident que nous imitons s’est inspiré de nos instruments’, déplore Lamine Mboup. Il ne reste plus à espérer que son appel va servir de déclic à une revalorisation des instruments de musique traditionnelle.
Sabelle CISSE
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