|
Sunuker.com: Un budget à la hauteur de l’évènement a été voté au Sénégal pour la commémoration de l’indépendance du Sénégal, plus d’un milliard et demi de francs CFA. Ainsi le Samedi 13 février 2010, il a été procédé au lancement des cérémonies devant accompagner la célébration du 50e anniversaire de l’« accession du Sénégal à la souveraineté internationale » intervenue le 4 Avril 1960. Quelle a été ma première déception de voir un stade à moitié rempli et un spectacle loin de toutes les attentes qui a marqué à jamais l’amateurisme des organisateurs. Fêter le cinquantenaire de l’indépendance du Sénégal en particulier et de la plupart des pays africains en général demande de faire un bilan judicieux de l’histoire du Sénégal dans tous les domaines.
Nous devons tout d’abord rappeler au souvenir de notre jeunesse, de l’Afrique et du monde entier, l’héroïque résistance de notre peuple face au colonialisme Français, marquée par de « grandes figures », que ceux qui se sont succédés au pouvoir jusqu’ici, ont cherché à faire oublier, comme si elles représentaient, dans leur subconscience les empêcheurs de tourner en rond dans leur triste besogne de destruction des richesses nationales.
Le sacrifice des Femmes de NDER, le 5 Mars 1820, qui ont préféré un suicide collectif à la captivité que leur réservaient les envahisseurs Arabo Berbères, la digne fin du dernier résistant armé, Lat Dior Ngoné Latyr Diop, tombé, le 26 Octobre 1886, les armes à la main, à DEKHLE, face à l’armée coloniale Française, l’exil d’Alboury Ndiaye, le 22 Mai 1890, pour aller chercher à fédérer les résistants de la sous région contre le colonialisme, et celui de Cheikh Ahmadou Bamba, le 21 Septembre 1895, pour avoir résisté à l’occupation coloniale française, sans oublier El hadji Omar « Foutiyou » Tall et tant d’autres encore, symbolisent à jamais la dignité du peuple sénégalais dans son ensemble.Avec tous ces sacrifices, pour s’opposer à la colonisation de notre peuple, se sont ajoutés des évènements majeurs dans notre histoire comme la déportation d’Aline Sitoé Diatta, suite à sa condamnation par Arrêté du Gouverneur Général de l’AOF, le 15 juin 1943, pour son refus de la colonisation française en Casamance, et le massacre des « Tirailleurs Sénégalais», par l’armée coloniale française à Thiaroye, le 1er Décembre 1944, pour avoir exigé tout simplement « un traitement égal » avec leurs homologues Français.Ce sont donc tous ces héros que le cinquantenaire de notre indépendance devrait immortaliser, pour mieux armer notre jeunesse, tenue dans l’ignorance totale de notre histoire, par tous ceux qui ont présidé aux destinées de notre peuple. Ainsi, ceux qui refusent, aujourd’hui, de les honorer, sont disqualifiés à jamais pour édifier un « Monument » dédié à la « Renaissance Africaine » et veulent faire de cette date le prélude à une campagne électorale de 2012. Pour eux, l’histoire du Sénégal a débuté avec Wade et s’arrêtera avec Wade occultant le grand divorce entre Wade et le Sénégal.
Si le président Senghor, malgré son refus de l’indépendance en votant « oui » à l’appel du Général De Gaulle, a constitué la nation sénégalaise en effectuant les réformes nécessaires pour l’édification de l’Etat nation, Abdou DIOUF a renforcé les institutions du pays et comme son prédécesseur a montré que le pouvoir n’est pas un droit acquis dans un régime démocratique digne de ce nom. Tous les deux ont quitté le pouvoir, l’un en renonçant tout simplement, le second en acceptant le verdict des urnes.
Maître Wade en 2000 a nourri beaucoup d’espoir dans l’«alternance » ou le « Sopi », mais la montagne a accouché d’une souris. Il n’a pas hésité à violer à sa guise les institutions longuement muries par les socialistes, reléguant au second plan l’espoir d’une souveraineté économique portée sur sa personne. Celle-ci, tant voulue par Mamadou DIA et qui a été freinée par la France et Senghor qui se sont débarrassés de lui, deux ans après, en 1962, en l'accusant d'avoir tenté de faire un coup d'Etat, n’a pas trouvé écho chez le chantre du « Sopi », l’économiste de service.Dans les années 60 et 70, le nationalisme économique s'était tellement développé en Afrique, au point d’obliger Senghor a nationalisé les secteurs clés de la souveraineté d'un peuple qui marche inexorablement vers son destin. Malheureusement, après cinquante ans de lutte pour recouvrer notre souveraineté internationale, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont remis les secteurs stratégiques du pays à la France, à la Chine, aux pays arabes et le reste à l’Inde.Ce cinquantenaire doit donc être l'occasion pour les Sénégalais, surtout pour la jeunesse, de se reprendre, en s’abreuvant de l’héroïsme de notre peuple, aujourd’hui mis entre parenthèses, pour engager une deuxième bataille pour l’indépendance. Ce n’est pas une question de politique politicienne mais d’intérêt national. Nous devons taire nos différends à cette occasion pour notre avenir commun et montrer au monde entier que nous sommes de dignes fils du Sénégal. Nous ne pouvons plus accepter que notre pays continue d'être une néo-colonie, ni une propriété de qui que ce soit, ni de la France, ni des Etats-Unis, ni de la Chine, de l’Inde, encore moins d’aucun autre pays du monde. Cette seconde bataille pour l’indépendance est donc le défi que le cinquantenaire lance aux patriotes démocrates et républicains, et à la jeunesse de notre pays. Cette bataille passe par le recouvrement de notre souveraineté pleine et entière sur les secteurs clefs et les domaines les plus rentables de notre économie.Cette exigence de souveraineté, n’est plus, aujourd’hui, considérée comme un tabou, et encore moins, comme une hérésie, c’est un sacerdoce. En effet, Wade nationalise quand il veut, privatise quand il veut, élabore des projets irrationnels chargés de mégalomanie. La nationalisation et la privatisation ne sont plus devenues un terrain de confrontation entre la gauche et la droite dans le monde entier.
Mais ce qui est resté inchangé dans cette confrontation historique, c’est la place des peuples dans les décisions nationales et mondiales qui affectent leur existence, et celle des travailleurs dans la production et la répartition des biens et des richesses dans chaque pays et dans le monde. Mais le recouvrement de notre souveraineté ne devra plus passer par une « étatisation », dont Wade se croit seul héritier, et qui n’a servi qu’à fabriquer artificiellement, une « classe d’hommes riches » , pour régenter nos peuples et perpétuer notre soumission au capital étranger et à leurs institutions.
L’alternance est née avec une cuiller d’or et d’argent dans la bouche en 2000. Toute une coalition était acquise à la cause du « Wadisme », la croissance économique du pays frôlait les 8% entre 2000 et 2003, l’argent coulait à flots, c’était le moment choisi par maître Wade pour dilapider les deniers de l’Etat dans des projets ubuesques, et en tombant dans les bras des « danseurs de ventre » qui ne pensent qu’à profiter du système. Si pour construire des nations on avait besoin de grandes personnalités, de grandes figures au moment des indépendances, à nos jours on a besoin d’institutions fortes et des compétences. Le temps des grands hommes dont raffole Maître Wade est révolu, place aux patriotes soucieux des intérêts du peuple.Cette souveraineté économique devra se faire à travers un partenariat tripartite «public- privé-forces vives de la nation», dont les forces peuvent être trouvées dans les conclusions des « Assises Nationales du SENEGAL ». A cet effet, les forces politiques patriotiques devraient donc se rassembler et se mettre au service d’un « bloc historique », qui est appelé, à la fois, à honorer la mémoire de tous nos compatriotes tombés dans la résistance anti coloniale et dans les luttes pour l’indépendance nationale, et à donner espoir, à notre jeunesse, dans un avenir de dignité et de prospérité de l’Afrique, pour les motiver à se former et à se battre ici même, pour que notre continent, de par sa situation stratégique et son poids économique, pèse réellement dans les destinées du monde.Tout cela permet de croire, qu’il est possible de se donner comme objectif l’édification d’une « Fédération des Etats », comme cadre de réalisation de cette nouvelle indépendance des peuples de notre sous région, et comme base d’une Unité Africaine, sous la forme « des Etats Unis d’Afrique ». La bataille pour l’Indépendance et l’Unité des peuples d’Afrique est un combat pour la jeunesse africaine.Les patriotes de notre pays devraient donc jouer un rôle fondamental dans ce processus, comme cela fut le cas dans les années 50. D’autant plus que les 50 ans d’indépendance ont prouvé, qu’il est illusoire d’asseoir une souveraineté nationale durable, dans le cadre étroit des limites territoriales léguées par le colonialisme. Beaucoup d’intellectuels africanistes l’ont expérimenté aux périls de leurs vies.Les patriotes du Sénégal ont donc le devoir de jouer pleinement, dès maintenant, ce rôle là, en commençant par établir des liens de coopération et de solidarité avec tous ceux qui, dans les pays de la sous région, partagent les mêmes idéaux de souveraineté nationale et d’Unité Africaine. Parce que n'oublions jamais que la colonisation a commencé, dans cette partie de l'Afrique, par ici chez nous au Sénégal ; la libération véritable de l'Afrique devrait donc aussi commencer par le Sénégal. Faut-il rappeler à l’Afrique qu’en matière de développement, nous avons l’habitude d’entendre des experts donner l’exemple du Japon. Dans les années 1960 ce pays était dans le sous-développement comme nos pays en Afrique. Aujourd’hui le Japon est l’un des pays les plus développés au monde.Quelques éléments sont à la base de ce bond extraordinaire le temps d’une génération : le travail, la discipline, la conscience de la domination de l’intérêt général sur l’intérêt personnel… Bien des choses qu’il nous faut aujourd’hui, pour faire les mêmes bonds après cinquante ans d’indépendance.Ce qui me rend triste et me désole, si on faisait un bilan depuis 1960, est que les pères de la Nation ont fondé une République avec des bases démocratiques, mais apparemment les fondements pour un développement économique durable ne sont pas aussi solides. Sinon comment comprendre le statu quo sur bien des domaines économiques cinquante ans après ? Est-ce que notre société dans sa constitution intrinsèque n’a pas de valeurs qui peuvent être le fondement d’un développement économique ? Sommes-nous encore incapables d’être des démocrates, est-ce un luxe pour nous ?Quelques soient les soubresauts, nous sommes une Nation, une société multiculturelle, une société de paix, de tolérance, fière de son esprit démocratique qui nous a permis de dépasser maintes crises. Nous pouvons transcender les clivages au nom de l’intérêt général. Alors qu’est-ce qui ne va pas ? Les experts vous diront les choix économiques. Oui, mais c’est aussi l’absence d’adéquation entre les discours et les pratiques et surtout l’absence d’une culture du travail, du civisme, du patriotisme. La faute d’hier comme celle d’aujourd’hui incombe aux politiques. Dans son discours de fin d’année, le Président de la République lançait un appel pour un engagement de plus pour le travail. Qu’en est-il de l’éducation, de la réalisation des multitudes de projets de Wade qui devaient faire sortir notre pays du sous-développement ? Rien, à part une mascarade de réalisations en « trompe l’œil » pour cacher bien des trafics. En tout cas pour la célébration de ces cinquante ans, le Premier Ministre dit qu’il s’agit : « d’exhorter toutes les couches sociales et toutes les catégories socioprofessionnelles à la culture du travail… ». Malheureusement jusqu’ici c’est l’engagement pour certains, pour des familles, pour des partisans. Les discours sont pour la Nation, mais les bénéfices sont pour une petite minorité, une famille, un clan.A ce rythme cent ans après ce sera certainement le statu quo ou pire encore. L’ancien Président du Conseil le « Grand Maodo » dont la commémoration de sa disparition a eu lieu le 25 janvier dernier nous donne la clé du succès : « foi et action sont indissociables, l’action sans foi ne peut rien donner, la foi sans l’action ne peut aller loin ». « J’ai la chance, disait-il, par mon travail de faire ces trois dernières années beaucoup de coins et recoins du Sénégal, de rencontrer durant plusieurs jours quelques cinq cents enfants et jeunes par an. J’ai l’espoir qu’on peut compter sur cette prochaine génération mais j’ai compris combien aussi les discours et actes de nos dirigeants peuvent impacter négativement sur cette jeunesse ». « Dis moi quelle jeunesse tu as, je te dirai quel pays tu seras »? Une génération a fait et continue de faire de ce pays ce qu’il est aujourd’hui mais elle semble oublier celle de demain. Une génération exigeante, parfois inconsciente et violente. Si tout cela se conjugue avec sous-développement et injustice sociale, c’est une véritable bombe à retardement. Nous avons de la matière première, les ressources humaines, une société de valeurs qui doivent être gardées et entretenues.Il revient tout juste aux prochains dirigeants de ce pays de travailler pour le Sénégal et les sénégalais. Rien de plus et quelque soit l’appartenance politique ! Les hommes politiques sénégalais sont d’accord sur une seule chose : ils ne sont jamais d’accord. Ce pays ne mérite pas ce destin, les sénégalais peuvent avoir mieux car ils le méritent. Rappelons à nos dirigeants leurs responsabilités, comme l’a fait un philosophe africain : « il n’y a pas de destin forclos, il n’y a que des responsabilités désertées ». Ce qui manque le plus à la scène politique sénégalaise d’aujourd’hui, l’engagement patriotique, la constance et l’éthique. Faisons de ce cinquantenaire un nouveau départ.
Amadou Diallo http://adiallo132009.blog4ever.com
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. SVP, connectez vous ou enregistrez vous. |