| La doctrine de la violence, qui gouverne le Sénégal ? |
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Ce phénomène, certes latent, est relativement récent, en tous cas sous cette forme, avec cette vigueur et cette ampleur. Les affaires se suivent et se ressemblent. On fait semblant d’administrer la Justice, en rangeant discrètement les dossiers dans les tiroirs. Les cas d’impunité font légion dans notre pays, triste sort à celui qui marque sa différence et son opposition au régime en place. Depuis l’enterrement de l’affaire Me SEYE, ainsi que le vote la loi Ezzan, une loi inique d’amnistie visant, notamment, des infractions «ayant des motivations politiques» commises depuis 1983 et la mort de l’étudiant Balla Gaye, le régime de l’alternance a franchi le rubicond de la violence de toutes sortes. On se rappelle de Balla Gaye qui, suite à une grève d’étudiants réclamant de meilleures conditions de vie et de travail, est mort à fleur de l’âge. Cette affaire est sans nul doute la première grosse affaire de violence sous l’alternance. L’étudiant Balla Gaye, dont on commémore cette année sa mort, reçoit une balle dans le dos alors qu’il manifestait avec ses camarades, dans l’enceinte de la Cité universitaire. Cette mort tragique, de l'étudiant de première année de Droit, lors de la grève du 31 janvier 2001, est non encore élucidée et ne le sera certainement jamais. Neuf ans après les faits on continue de commémorer la mémoire de ce jeune étudiant et c’est toujours le grand mystère autour de cette triste affaire pour tous les sénégalais. Il s’en est suivi plusieurs évènements parmi lesquels on peut citer : l’agression de Talla Sylla, à coups de marteau, l’incendie du siège de Psd/Jant-bi, l’agression de Pape Cheikh Fall, correspondant de la Rfm, agression de militants à Paris en juin 2007, l’affaire Kambel et Thioune, la casse des journaux l’As et 24 heures, le saccage des locaux de Walf etc. L’acte d’impunité le plus récent est celui perpétré par le doctrinaire Mohamed Lamine Massaly de la Jeunesse Wadiste, dans la ville du rail. Après avoir revendiqué l’attentat de Thiès, voilà que Massaly fait le gros dos se sachant impuni. Mais rien n’y fera, il va être convoqué quand même par la police. Seulement, il ne tarda pas à retrouver la liberté après quelques heures d’audition et d’enquête. Il sortit de chez les limiers en jubilant, fier de son forfait. Même si, au départ, le pouvoir libéral montrait son désaccord face à cet acte de vandalisme et de sabotage, il est libre. Les sénégalais suivent cette affaire, sans être assurés que la Justice sera impitoyable. Le dossier est entre les mains du Procureur qui, cette-fois, on l’espère, fera certainement appliquer la loi. En somme, difficile de dire que le régime de liberté, dont se proclament le Sénégal et ses dirigeants, résiste à l’épreuve des faits. Les citoyens qui investissent les champs : politique, médiatique ou intellectuel, n’ont plus cette tranquillité de l’esprit, seule condition à toute liberté d'expression. La confiance cède le pas à la peur, la parole au silence, le respect aux invectives et aux insultes. Une bonne partie de ceux-là, majoritairement des jeunes, illettrés, frustrés d'avenir, sentent comme une provocation l'étalage insolent d’un luxe ostentatoire de leurs dirigeants, prêts à tous pour sauvegarder leurs droits acquis malhonnêtement à la barbe et au nez de tous les sénégalais. Ces citoyens sans attaches, sans culture, sans valeurs, sans références politiques ou humaines sont prêts à tout, il suffira d’un bon détonateur au bon moment.
Je ne suis pas par principe favorable à la violence sous toutes ses formes dans la vie politique. Mais malheureusement la personne élue en 2000 et en 2007 ne détient plus le pouvoir sa famille en a pris possession et fait de la violence le seul mode de gestion et de maintien au pouvoir. Si le président Senghor et Diouf ont eu leur pouvoir assis sur la cohésion et l’union de tout le peuple sénégalais, on ne connaissait même pas la religion de l’un ou la confrérie de l’autre, l’alternance s’appuie sur la division des sénégalais pour mieux régner. On monte les catholiques contre les musulmans, les mourides contre les tidianes, les ethnies du nord contre celles du sud. Les élites du pays sont foulées du pied dés lors qu’elles osent émettre leur avis. Madame Wade et son fils débauchent à tour de bras : Goudiaby Atepa, Youssouf Ndour empêché de télévision ou de diffusion, bientôt le PDG de la RTS, sans oublier les sorties fracassantes de Maître Wade à l’étranger contre les personnalités qui ont fait la fierté du Sénégal à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Refuser la violence c’est une idée, une philosophie, mais si la violence devient une doctrine et qu’on violente mes droits par des gens que je n’ai pas élu, j'ai le droit de me défendre y compris violemment, principe tout simple de légitime défense. Malheureusement à côté de cette violence dite « légitime », il y a la violence potentielle de ces jeunes sénégalais sans projet, sans réel objet, sans perspective, juste émotive et réactionnelle. Et cette violence est plus dangereuse, en témoigne cette jeunesse de jeunes tidianes qui ont montré toute leur désapprobation aux propos de l’ex-ministre de la défense, ministre de l’intérieur à Touba, avant de promettre l’enfer à Bécaye Diop, pour ne pas le nommer et de lui intimer l’ordre de ne plus mettre les pieds à Tivaouane. Et si cela se faisait il marcherait sur leurs corps car ils régleront son compte. Est-ce raisonnable dans un pays où toute forme de violence est bannie depuis les guerres coloniales. « Le rôle théorique des partis politiques est de donner du sens au ressentis, de comprendre et de théoriser pour passer de l'émotionnel au politique, de transformer l'indignation et la frustration en démarche politique pour gagner le pouvoir ». Aucun des partis politiques sénégalais ni même leurs responsables politiques, notamment ceux du PDS ou PDSL, ne correspond à cela. Sans doute n'en ont-ils, d'ailleurs, jamais eu l'ambition et l’envie. Aujourd’hui plus tournés vers la promotion d'un homme que d'idées, les partis politiques n'ont aucun pouvoir de séduction pour la majorité des jeunes sénégalais qui voient en eux plutôt un contre modèle d'action, tant les responsables de ces partis les ont déçus en considérant la politique comme un moyen d’ascension sociale au seul profit de leurs mentors. A force de voir leurs droits piétinés par des politiciens véreux, illuminés par l’argent facile, les manipulations de toutes sortes, paradoxalement les sénégalais dans leur grande majorité sont prêts à toutes les explosions. Mais en suivant leur forme d’action on peut se dire ; ils sont inconscients de leur réelle force politique car tout simplement ils leur manquent de vrais leaders et une pensée politique, c’est-à-dire des hommes nouveaux, de vrais patriotes, libres et prêts à changer le chemin de l’histoire.
Amadou DIALLO
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