| ONG en Afrique: un couteau à double tranchant! |
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De nos jours, il semblerait qu'un consensus se soit dégagé pour parler d’ONG comme une association, une structure non étatique et non comme une fondation, telle que l'occident l'a conçue pour faciliter les rapports Nord-Sud. Le "modelage" des associations africaines sous la forme ONG procéderait de ce choix; cela dit, en analysant le processus de création des ONG africaines, on constate qu'elles voient globalement le jour de deux manières: pendant longtemps, elles ont été suscitées par les ONG du Nord qui en faisaient des relais; par la suite, elles se sont volontairement créées suivant diverses motivations, la plupart paraissant comme un retour vers un colonialisme déguisé. Ce mouvement d'appui à la création de structures locales a coïncidé par ailleurs avec l'avènement des projets dits de participation au développement, projets qui voulaient que l'initiative du développement vienne de structures locales détenant une certaine autonomie organisationnelle. Ainsi pour des besoins pratiques et/ou pour des besoins du concours financier des donateurs, des ONG du Nord ont adopté trois comportements différents: certaines ont créé de toutes pièces des ONG dans le Sud, d'autres ont décidé leur désengagement de l'action sur le terrain en encourageant des locaux à prendre la relève par la création de structures autonomes; d'autres enfin ont accompagné la maturation d'organisations embryonnaires de bénéficiaires. C’est à partir de ce moment que certaines ONG en premier lieu, ont pris d’autres dimensions, soit on n’accordait pas trop d’importance sur l’origine des fonds ou tout simplement on faisait appel à des incompétents pour la réalisation des projets. En second lieu, les ONG de volontaires africaines sont généralement le fait de cadres africains, qui sont soit indépendants ; parce que n'appartenant pas à la classe politique, soit dites "de gauche" ; parce que opposées aux politiques et pratiques conduites par les dirigeants de leurs pays, ou enfin tout simplement au chômage. Les motivations qui vont pousser ces personnes à mettre sur pied des ONG sont diverses. Il peut s'agir d'un devoir de solidarité à l'égard notamment d'un monde rural qui ne cesse de se paupériser suite aux crises répétées : sécheresse, invasion de sauterelles, gabegie, incompétence des élites politiques…. Une autre motivation réside en une réaction aux limites des ONG occidentales, surtout de volontaires occidentaux plutôt considérés comme de "bricoleurs" ; de "touristes" déguisés ou tout simplement de néocolonialistes. Enfin, la motivation peut être la nécessité de trouver du travail, le créneau de la coopération non gouvernementale étant devenu un véritable secteur créateur d'emploi.L'adage selon lequel "c'est en forgeant que l'on devient forgeron" constitue donc la pratique courante de nombreuses ONG. Il n'est dès lors pas étonnant que certains observateurs qualifient leurs actions de bricolages. Cette tendance s'inverse toutefois petit à petit puisque de nombreuses ONG africaines souhaitent améliorer leurs performances soit par le recrutement de personnel qualifié, soit par la formation technique de leurs agents. Malheureusement, il est dit que leurs partenaires restent peu réceptifs à ces nouvelles demandes. En effet, ceux-ci privilégient les tâches de gestion et de contrôle au détriment des efforts d'animation et de formation des ressources humaines des ONG africaines. Aujourd'hui, s'il est partout question de renforcement organisationnel et de développement institutionnel de ces ONG, dans la pratique, les expériences réussies sont peu nombreuses. Le rendement des actions demeure l'urgence. On peut dés lors se demander si les ONG ont leur raison d’être ; si au Sénégal il existe plus de 700 ONG il n’en demeure pas moins que le sous-développement et les problèmes de toutes sortes restent de mise.Cette double pauvreté accentue en outre les deux impératifs que sont les besoins des populations et les priorités des donateurs. Or, tous deux changent. Les actions des ONG sont passées des actions d'urgence aux actions de développement à travers l'exécution de microprojets; aujourd'hui, elles embrassent des activités économiques et tendent de plus en plus vers la considération des besoins de participation et d'affirmations politiques. Les ONG africaines ont beaucoup de difficultés à suivre cette évolution et se trouvent pour beaucoup d'entre elles en déphasage par rapport aux besoins réels des populations qu'elles appuient. En outre, les priorités des donateurs sont également changeantes. Les considérations humanitaires et géopolitiques qui motivaient principalement les donateurs ont cédé la priorité à de nouvelles motivations telles que le respect des droits de l'homme, l'instauration de la démocratie, l’environnement, le réchauffement climatique ou le libéralisme économique. Ces priorités nouvelles, qui apparaissent comme des exigences, des moyens de pression sur les dirigeants africains ; même si elles sont partagées par beaucoup d’analystes, créent de véritables problèmes à des ONG africaines qui dès lors semblent être en "rade" par rapport aux attentes des donateurs.De nos jours, la prolifération des ONG africaines semble à la fois être porteuse d'espoir pour la société civile mais également d'inquiétudes et apparaissent dés lors comme un couteau à double tranchant. Il y a un espoir, car il est à présent reconnu que l'existence des ONG dessine l'amorce d'une sorte de société civile populaire. En effet, il apparaît clairement que les nombreuses associations populaires, leur fédération et les organismes qui les appuient visent à donner la qualité d'acteurs aux "petites gens" qui avaient jusque là été bâillonnées et manipulées par les tenants du pouvoir qui sont les Etats et leurs administrations. Il apparaît d'autre part que ces organisations qui sont en pleine croissance partout en Afrique soient en train de se doter progressivement d'un pouvoir de dialogue, de se forger une certaine conscience de prise en charge et d'opposer une certaine résistance au pouvoir. A cet égard, les ONG africaines sont sur la voie de créer, consciemment ou inconsciemment, un "pouvoir intermédiaire" qui a longtemps fait défaut entre les Etats d'Afrique et leur population.On note également le cas d'ONG qui sont porteuses d'idées toutes faites, reflétant généralement les attentes de leurs bailleurs. Elles entreprennent faiblement une véritable animation favorisant un nécessaire mûrissement des idées qui sous-tendent les actions qu'elles exécutent avec les populations de base. Par ailleurs, la plupart d'entre elles ont peu de compétence pour accompagner de manière pertinente les communautés qu’elles appuient. Les résultats auxquels elles aboutissent sont souvent disparates et sans lendemain, le service "après aide" des ONG existant rarement. La mission dans les différents pays a permis de constater les problèmes existants dans les relations entre les pouvoirs publics et les ONG. Ces problèmes se présentent de façon différente d’un pays à l’autre et sont différemment exposés d’une structure à l’autre. La collaboration entre les deux institutions est indispensable au bon fonctionnement de chacune d’elles et surtout à la promotion de l’entreprenariat privé et d’un parfait soutien aux populations concernées. La plupart des personnes rencontrées reconnaissent la nécessité de cette entente et la complémentarité entre l’Etat et les ONG pour le développement des micros et petites entreprises. Les ONG reprochent à l’administration les lenteurs administratives dans les réponses à leurs requêtes, la non contribution de l’Etat aux budgets des ONG, le non respect des engagements concernant la participation de l’Etat à la mise en œuvre des projets ou programmes, la méfiance de certains responsables vis-à-vis des ONG ainsi que le contrôle de la gestion des ONG, que recherchent certains ministères techniques qui soupçonnent à priori les responsables des ONG de mauvais gestionnaires. Les faits reprochés par l’Administration aux ONG locales sont l’absence de programme d’activités des ONG, prenant en compte les priorités du programme national de développement, le développement anarchique d’activités, leurs manœuvres frauduleuses pour avoir des exonérations, la trop grande dépendance des ONG locales vis-à-vis de l’extérieur, le refus opposé par certaines ONG au contrôle de leur gestion, ainsi que la non-information des autorités sur leurs activités, projets et manifestations. Les ONG africaines, souvent préoccupées par leur portefeuille d'actions, ne sont, pour la plupart d'entre elles, pas à même de mesurer ou de contrôler l'impact de leurs actions en vue de capitaliser et de développer des changements qui faciliteraient une véritable participation des populations concernées. A ce titre, elles témoignent souvent d'une peur de l'action politique. En effet, plutôt que de jouer un rôle de pompier face aux "situations de catastrophe" engendrées par la gestion et le comportement de l'Etat, les ONG locales feraient mieux de s'employer à des actions dont la dimension est plus politique. Le neutralisme de l'action des ONG doit être dépassé et les ONG africaines se doivent de prendre conscience de leur rôle de contre-pouvoir et du caractère politique de leurs appuis comme les ONG occidentales n’hésitent à le faire pour l’intérêt de leurs pourvoyeurs de fonds. Elles se doivent de définir des stratégies appropriées favorisant la pleine participation des populations à leur développement. Mais pour cela, en dépit d'une expérience riche acquise au cours des années, la plupart des ONG africaines manque toujours d'une "masse critique d'analystes" pour aider à définir des stratégies et méthodes pertinentes afin de mieux conduire leur travail d'accompagnement aux populations de base qu'elles disent représenter.Les ONG constituent des intermédiaires parfois indispensables à la mise en œuvre des dits programmes pourvu qu’ils soient judicieusement élaborés. Ce développement des petites et micro entreprises présente de nouvelles perspectives pour les ONG. Toutefois, afin de renforcer le rôle joué par les ONG dans le développement de l’entrepreneuriat prive, un certain nombre de mesures doivent être prises en considération, surtout en rapport avec les intérêts des populations. Malgré toutes les difficultés qu'elles rencontrent, les ONG africaines sont aujourd'hui des acteurs reconnus comme incontournables dans la reconstruction socio-économique et politique qui a cours en Afrique. Devant le refus par elles d’être le relais néocolonialiste des ONG du Nord, elles ont avantage à œuvrer dans l’intérêt des populations locales en modifiant leur règle de gestion et de réalisation de leur objectif. L’Afrique, le Sénégal en particulier a besoin de tous ses fils, de leur patriotisme pour sortir du sous-développement. Au cours de leur évolution et de leur développement, les inquiétudes, que les ONG locales suscitent, iront cependant en s'amenuisant pour que les espoirs placés en elles ne soient pas vains. Amadou DIALLO “voie/voix des jeunes” http://adiallo132009.blog4ever.com REECOUTER L'EMISSION DU 6 DECEMBRE 2009 Théme: L'aide internationale en faveur de l'Afrique à travers les ONG en question! Quel est le rôle des ONG? Pourquoi ne voit-on pas de progrès sensibles dans les pays africains? Pourquoi certains pays régressent même, alors que l’aide continue à affluer? L’aide internationale serait-elle insuffisante ou mal gérée?
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