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carlou_d_micro.jpgRadio Sunuker: LA VOIX/VOIE DES JEUNES recevait MR. Ibrahima Loucard (Carlou D) Musicien Icône de la scène hip hop au Sénégal. Il entame sa sixième année de carrière solo, avec un nouvel album qui synthétise musique moderne et chants religieux, Musikr. Rencontre avec l'artiste sacré Meilleur artiste de l'année 2009 et Meilleur artiste de variété lors de la première édition des Sunu Music Awards en février dernier. Interview par Pr. Amadou Diouf et N'diawar Diop

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PHOSPHATE DE MATAM: Les 3 millions de tonnes de la Serpm « tueront »-ils le gisement ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

goana_phosphate_bags.jpgL’exploitation de la Société d’études et de réalisation des phosphates de Matam (Serpm) créée en 2007, qui visent à transformer à peu prés 3 millions de tonnes de minerais bruts en granulées de phosphates pour donner un coup de pouce à la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana) si chère au président de la République, inaugurée récemment en grande pompe par celui-ci à Ndendouri, va-t-elle plomber le véritable gisement de la région dont les dernières estimations situent à 41 millions de tonnes. Plusieurs observateurs et « hommes de l’art » le pensent et s’en désolent.

En effet, en « soustrayant » pour des besoins plus « politiciennes et électoralistes » que de rentabilité, affirment plusieurs techniciens interrogés, les 3 millions de tonnes du gisement global de 41 millions de tonnes estimées, « on rend économiquement intéressant le reste », d’autant plus que selon plusieurs experts interrogés, « il faut au moins un gisement de 80 à 90 millions de tonnes » dans les tendances actuelles de l’industrie phosphatière pour amortir et rentabiliser toute exploitation.

Le président de la République, Me Abdoulaye Wade a inauguré récemment en grande pompe la petite unité d’exploitation de la Société d’études et de réalisation des phosphates de Matam (Serpm) dans la petite localité de Ndendouri. Transporté par une foule nombreuse et enthousiaste ainsi qu’il aime, il avait assuré en l’occasion que le développement du nord et du Sénégal tout entier pourrait reposer sur l’exploitation des phosphates de Matam. « La valorisation des gisements de Ndendouri est la concrétisation d’une réflexion écrite dans ma thèse qui date de 1959.

Senghor et Diouf n’ont pas su exploiter ma thèse sur les phosphates de Matam. S’ils l’avaient étudiée, ils auraient réalisé un travail excellent qui fera peut-être que je ne serais pas aujourd’hui là à Matam », avait-il soutenu devant un parterre où l’on remarquait le président du Sénat, Pape Diop, le ministre d’Etat, ministre des Mines et de l’industrie, Me Ousmane Ngom, le ministre de l’Agriculture, Fatou Guèye Sarr pour ne citer que ceux-là. Il avait poursuivi tirant toute la couverture à lui en affirmant que « Dieu a voulu que Wade soit à la magistrature suprême du pays pour que l’exploitation des phosphates de Matam puisse démarrer ».

Le chef de l’Etat avait ajouté, confirmé par son ministre d’Etat, ministre des Mines, que le potentiel du gisement était estimé à 41,5 millions de tonnes. Euphorique, Me Wade avait indiqué que « certains le portent à 120 millions de tonnes ». Mais ce que les deux hommes n’ont pas dit au grand public, c’est que l’exploitation de la Serpm ne porte que sur 3 millions de tonnes qui sont ainsi distraites des 41 millions tonnes estimées du gisement.

Cette « petite » exploitation qui vise à donner un coup de pouce à la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana). Dans le cadre de l’exploitation en petite mine de ces phosphates, 20.000 tonnes du produit seraient livrées aux paysans à un "prix dérisoire" dans le cadre de la campagne agricole 2008-2009, avait déclaré l’ancien ministre de l’Agriculture Hamath Sall, aujourd’hui nouveau directeur général de la nouvelle agence de l’Aménagement du territoire. Il participait en compagnie de Me Ousmane Ngom, ministre de l’Industrie, des Mines et des PME d’alors, au lancement officiel de l’exploitation en petite mine, première unité industrielle de la région, du gisement de Ndendouri, Ouali-diala plus connu sous l’appellation phosphate de Matam. Ce qui veut dire que l’inauguration de la semaine dernière n’en est qu’une seconde, voire une troisième. Mais trop de biens ne nuit point.

Passons.Située à 65 Km au Sud-est de la ville de Matam, la mine de Ndendouri est délimitée par les villages de Ouali-Diala, Polel Aoulabé, Weendou Bosseabé et Hamdy Ounaré. La découverte des phosphates sur le site remonte en 1984 à la faveur d’une campagne de recherche menée par le Bureau de recherches géologique et minière (Brgm), ayant bénéficié à l’époque d’un soutien financier de la France. Selon l’ancien ministre de l’Agriculture, le produit dont l’exploitation est quasiment à fleur de terre, devra permettre de "remplacer le DAP, le phosphate le plus cher sur le marché mondial" et créer les "conditions d’une compétitivité renforcée de l’agriculture et de la riziculture". "Les phosphates de chaux de Matam accusent une solubilité formique (...) nettement supérieure au seuil de 55% défini par la Commission des Communautés Européennes pour une utilisation directe en agriculture", avait ajouté, son collègue des Mines, Me Ousmane Ngom. Les nombreux essais de fertilisation qui avaient été réalisés, s’étaient révélés "tout à fait positifs", avait indiqué Eugène Ngor Faye directeur de la Société d’études et de réalisation des phosphates de Matam.

Compétitivité du Sénégal

Aux dernières informations livrées par les sites spécialisés, le Sénégal se classe au 13e rang mondial avec une production annuelle estimée à 1,5 Mt en 2006. Ce chiffre représente un fléchissement depuis 2001, quand la production sénégalaise de phosphates était de 1,7 Mt. Il est clair que la production sénégalaise, en recul depuis cinq ans, va à l’encontre des tendances internationales. La production au niveau mondial, ainsi que chez les grands producteurs comme la Chine et le Maroc, est en augmentation. Et pour cause.

Le seul grand producteur qui a vu sa production baisser est les Etats-Unis, mais ce fléchissement est temporaire suite à un décalage entre des fermetures et des ouvertures de mines en Floride. Le fléchissement de la production sénégalaise est en effet lié aux problèmes financiers et opérationnels des Industries Chimiques du Sénégal, dont les deux unités de production sont les principaux utilisateurs des phosphates du site minier de Taïba. L’exploitation de phosphates de Matam et la reprise des ICS par la coopérative indienne IFFCO devrait avoir un impact positif sur l’industrie des phosphates au Sénégal.

Les phosphates de Matam, d’une teneure moyenne de 28,7% P2O5, sont répartis sur deux sites adjacents : Ndendouri au nord avec des réserves de 28,4 Mt à 28,9% P2O5. Ouali-Diala au sud avec des réserves de 12,1 Mt à 28,0% P2O5, renseignent les experts. Selon les analyses préliminaires, les phosphates de Matam sont d’excellente qualité, grâce à une bonne teneur en phosphate, une bonne solubilité, et un recouvrement de faible épaisseur. De plus, la faible teneur en cadmium accroit la valeur marchande des phosphates de Matam, puisque ce phosphate (à l’encontre du gisement de Taïba) est exportable sur le marché européen, car il répond plus précisément aux critères environnementaux en vigueur dans l’Union européenne.

Cependant pour compétitif qu’il soit le phosphate de Matam n’est pas pour l’heure économiquement rentable. Selon des miniers interrogés, « bien qu’ouverte, donc d’un coût d’exploitation relativement faible, la mine de Matam requiert des infrastructures nouvelles ne serait-ce qu’au plan de son acheminement ». Ils ajoutent, « que des études de faisabilité sont en cours. Elles visent pour l’essentiel à réactualiser les anciennes faites dans les années 1980 qui avaient estimé la teneur du gisement à 41 millions de tonnes. Mais, il s’agit en plus de ces estimations de commander de nouvelles études de recherche pour voir si le gisement est plus important ou non.

Car pour rentabiliser les investissements nécessaires, il faut au moins un gisement de 80 à 90 millions de tonnes dans le cadre des tendances actuelles, selon l’avis de nombreux professionnels du secteur. C’est en partie ce qui explique que depuis les années 80 et bien que l’exploitation à fleur de terre de ce phosphate est relativement aisée, l’Etat du Sénégal tardait et tarde encore à le faire ».

Pour ces experts en effet, il faut résoudre la question du désenclavement de la région, du transport par conséquent. Plusieurs options s’offrent à ce niveau : la voie ferroviaire, Matam-Kidira (tronçon de 185 Km)-Dakar ; Matam-Tamba (tronçon de 135 Km)-Dakar, avec la réhabilitation du Dakar-Niger de sorte à supporter le tonnage des wagonnets de minerais extraits. La voie fluviale avec un transport par barges sur le fleuve Sénégal, un port à Saint-Louis derrière la Langue de Barbarie à cause des ensablements. Projet couteux et aléatoire à cause de l’insuffisance de navigabilité du fleuve. La voie terrestre avec le risque de voire les routes déjà trop sollicitées et souvent mal faites ne pas supporter le poids de camions.

Me Wade dit pour sa part, n’exclure ‘’aucune option’’. Selon lui, « aucune option n’est exclue, nous allons terminer la route Linguère-Matam dans les plus brefs délais’’, avait-il annoncé mercredi dernier en inaugurant l’unité de la Serpm de Ndendori. Le président de la République avait en outre informé de la réhabilitation de la route Saint-Louis-Bakel, ainsi que les trois ponts de Ourossogui-Matam. L’inexistence de ces infrastructures ralentissait, selon lui la mobilité interurbaine. « Le port fluvial de Saint-Louis va être construit », avait-il ajouté. Cette option suit la possibilité d’utilisation de barges sur le fleuve Sénégal pour transporter le minerai et les produits phosphatés. Bref, plusieurs options selon les techniciens sont à l’étude. Mais aucune d’elles n’a été « adjugée » pour l’heure. Pis l’exploitation du vrai gisement de Matam n’est pas encore à l’ordre du jour.

Agitation politicienne ?

En baptisant sous les flonflons et le youyou des Matamoises mobilisées l’unité de la Serpm le mercredi 20 janvier dernier, le président de la République s’était plus livré à une opération politique qu’à une démarche économique ? Les populations risquent de s’en apercevoir bientôt. Ils sont nombreux dans les milieux informés à le croire. Géologues et miniers qui trouvent que l’exploitation de la Serpm qui réalise l’opération d’extraction de phosphate, en la confiant à l’entreprise minière "Mapathé Ndiouck", n’est nullement pour rentabiliser le gisement, qui est lui, estimé à 41 millions de tonnes et qui est fortement concurrencé par celui de la Mauritanie de l’autre côté de la rive : à Bofane qui est estimé à 160 millions de tonnes. En Mauritanie, on réfléchit sur les voies et moyens de drainer cette manne jusqu’au port de Nouadhibou. Au Sénégal, on semble s’agiter pour des besoins d’une campagne électorale prématurée.

Pourtant, les prix des phosphates ont été multipliés presque par huit ces dernières années dans le monde. Le revenu annuel généré par les mines de phosphates situées au Sahara Occidental approche les 1,2 milliards $US. Pendant de nombreuses années, la tonne de minerai de phosphates valait environ 50 à 60 dollars sur le marché international. A la suite d’une demande mondiale en rapide augmentation, celle-ci approche maintenant les 400 dollars.

En mai 2008, la banque centrale marocaine, Bank Al-Maghrib, dans son premier rapport trimestriel sur la conjoncture économique, monétaire et financière du Royaume du Maroc, a publié une analyse des prix internationaux des phosphates et de ses effets sur la balance commerciale marocaine. C’est dire que les phosphates de Matam sont une aubaine si l’on découvre des tonnages supplémentaires et s’ils sont exploités dans un souci de rentabilité économie et seulement à ces conditions là, disent nos experts.

Des opérateurs étrangers s’y intéressent d’ores et déjà, apprenait-on de sources généralement bien informées, pas pour une mise en valeur immédiate, mais pour des recherches complémentaires de sorte à découvrir des gisements nouveaux de sorte à pouvoir rentabiliser toute exploitation. En définitive, pas plus hier qu’aujourd’hui, les phosphates de Matam ne sont pas encore exploités. Ils entendent à fleur de terre de l’être utilement.

par Madior FALL Sudonline.sn




Commentaires (1)
26-01-2010 00:00
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