| Au procès de Charles TAYLOR : Retour sur une sale guerre |
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L’ancien warlord (seigneur de guerre) libérien doit répondre de 11 chefs d’inculpation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Depuis janvier, il se rend tous les jours à son procès en complet veston impeccable. Derrière ses lunettes cerclées d'or, il scrute parfois les visages du public : des étudiants en droit, quelques journalistes, et parfois, l’une de ses filles. A droite de la salle, les procureurs se relaient pour interroger les témoins cités par l’accusation. Au milieu, des stores sont baissés. Le témoin du jour a choisi l’anonymat, à cause des menaces qui planent encore sur les familles restées au pays, six ans après la fin de la guerre civile. Le conflit, en Sierra Leone, a fait plus de 200 000 morts, entre 1991 et 2002. On ne voit pas son visage, mais on entend sa vraie voix. Elle n’est pas déformée par un micro spécial, comme le demandent, pour des raisons de sécurité, certains des 59 inside men, ces ‘hommes de l’intérieur’, anciens combattants et collaborateurs de Charles Taylor, qui se succèdent depuis le 7 janvier devant le Tribunal spécial sur la Sierra Leone (Tssl), abrité par la Cpi à La Haye C’est un ancien opérateur radio du Front révolutionnaire unifié (Ruf) qui parle. Dans un anglais au fort accent sierra-léonais, il revient sur le siège de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, un assaut de trois semaines livré en 1999 par le Ruf. Cette milice, armée et financée par le chef de guerre libérien Charles Taylor, a exporté la guerre libérienne en Sierra Leone. Dans ce pays voisin, Charles Taylor convoitait surtout la richesse du sous-sol, des diamants plus abondants qu’au Liberia. ‘Sam Bockarie (le chef militaire du Ruf, Ndlr) pouvait passer la frontière pour aller chercher du matériel et des munitions’, explique le témoin. ‘L’a-t-il fait ?’, demande un procureur. ‘Oui Monsieur, une fois, on l’a appelé pour un briefing à Monrovia, il a fait l’aller-retour en 72 heures. Il est revenu avec des armes et des munitions’. L’opérateur radio revient sur les messages codés qu’envoyait Sam Bockarie à la radio d’Executive Mansion, le palais présidentiel de Monrovia. ‘J’ai faim’ signifiait ‘Nous manquons d’armes’. Un ‘oiseau de fer viendra avec de la nourriture’ se traduisait par ‘un hélicoptère viendra avec des armes’. Les livraisons se faisaient à Foya, une localité du Liberia proche de la frontière sierra-léonaise. ‘C’était un point stratégique, rappelle le témoin. Les diamants partaient de Foya pour s’envoler vers Monrovia et les armes arrivaient à Foya de Monrovia. Le pétrole, les médicaments venaient du Liberia. Quelquefois, Monrovia nous envoyait des cartons de treillis militaires libyens.’ Superman, Zigzag, Amphibian Father, Moskito, Bulldog… Ce sont les surnoms des hommes du Front national patriotique libérien (Npfl) de Charles Taylor, chargés de sécuriser la zone de Foya. Et ils prenaient leur mission très au sérieux. Joseph Zigzag Marzah, un de ses anciens lieutenants, avait livré un témoignage effrayant le 13 mars dernier. Il n’a pas seulement confirmé avoir livré des armes en Sierra Leone et convoyé des diamants extraits du sous-sol sierra-léonais jusqu’à Monrovia, il a aussi expliqué comment Charles Taylor encourageait ses hommes à des actes de cannibalisme à l’encontre de leurs ennemis, pour ‘faire un exemple et faire peur aux gens’. ‘Nous avons mangé quelques soldats de l’Ecomog (la force d’interposition ouest-africaine déployée au Liberia, Ndlr), mais pas trop. Beaucoup sont morts. Nous en avons exécuté 68’. Lorsque l’un des avocats de la défense, Courtenay Griffith, incrédule, lui a demandé comment les miliciens préparaient la chair humaine, Zigzag a donné une recette à faire frémir. Comment l’opérateur radio du Ruf, cité plus haut, en est-il arrivé à servir la rébellion ? Son récit offre un bon résumé de la méthode Taylor : un village dévasté par les miliciens, l’enrôlement forcé des civils dans un camp d’entraînement, la mise au pas avec décapitation des récalcitrants, quelques compétences, dans son cas de mécanicien, qui lui ont valu d’être promu radio. Depuis neuf mois, les témoignages s’accumulent contre Charles Taylor et son soutien actif au Ruf, une faction dont les principaux chefs sont morts - certains, comme Sam Bockarie, exécutés sur ses ordres. Le procès doit s’achever en juin 2009. Un verdict est attendu en décembre de la même année. L’accusé plaide non coupable. Il risque la prison à vie. Sabine CESSOU
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SYFIA - A mi-parcours du procès fleuve de Charles Taylor, l’ancien président libérien, les témoins se succèdent à la barre. A La Haye, victimes et bourreaux livrent des détails accablants sur le système Taylor : mise en coupe réglée des régions contrôlées, guerre et terreur érigées en mode de vie. Retour sur l’un des conflits les plus sanglants d’Afrique. A l’un des étages de l’immeuble blanc de la Cour pénale internationale (Cpi) à La Haye (Pays-Bas), la salle d’audience s’étire, toute en longueur, derrière une longue vitre qui isole la partie réservée au public. A gauche, Charles Taylor, 59 ans, affiche tous les jours le même air impassible. Assis entre deux gardes, il est placé derrière ses deux avocats, aux mines soucieuses.