| Serigne Fallou DIENG : «Macky Sall a cautionné tous les desseins fantaisistes de Wade» |
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Sur l’affaire ayant opposé ce dernier à l’ex-président de l’Assemblée nationale, Serigne Fallou Dieng rappelle que Macky Sall a eu à cautionner «tous les desseins fantaisistes de Wade». Le Président Wade a effectué récemment une visite mouvementée à Touba. Certains avaient menacé de saboter cette visite sous prétexte qu’il n’a pas respecté ses engagements sur les chantiers de la Ville… Abdoulaye Wade est le président de la République. Et en tant que tel, il est très normal, dans le cadre de sa mission régalienne, qu’il vienne inaugurer une Centrale électrique de Kahoune. Satisfaire les besoins des populations, c’est une bonne chose. Ceci doit être aussi valable à Tivaoune et partout ailleurs. Je ne fais pas de politique, mais je voudrais attirer l’attention des gens qui s’agitent à Touba pour leur dire d’épargner la ville de la politique. La politique est en train de gangrener Touba. Ceci est aussi valable pour le président de la République. Il faut qu’il cesse ces visites aux relents politiques ; et qu’il vienne à Touba en tant que chef d’Etat. Touba n’est la chasse gardée de personne. La seule voix autorisée est celle du Khalife général des Mourides. Est-ce que ces visites aux relents politiques que vous dénoncez sont inévitables si l’on sait que Touba est devenu, de fait, un passage obligé pour les politiciens à la conquête des suffrages des citoyens ? Touba est certes un passage obligé (sic !) mais, nous ne sommes pas en campagne électorale. Il faut que les populations de Touba évitent d’être considérées comme des dindons de la farce. Touba est une ville religieuse. Je n’ai pas la prétention de donner des leçons de morales aux chefs religieux. Je prie pour eux. Mais il faut qu’ils évitent d’être à la solde des politiciens. Me Wade a encore pris des engagements pour la ville de Touba (voir Le Quotidien n°1756) alors que les chantiers présentement peinent à être achevés faute d’argent. Les Chinois qui ont en charge de réaliser les travaux commencent même à plier bagage. Qu’en pensez-vous ? Si vous vous rappelez, j’avais apporté, dans vos colonnes, des éclairages par rapport aux chantiers de Touba. Il est vrai que c’est le Khalife général qui gère ce dossier, mais je demande que ces chantiers respectent les critères de transparences. Qu’ils soient soumis à l’appréciation des organes de contrôle. Il faut que Wade sache qu’il est là pour un temps bien déterminé et qu’il n’est pas plus intelligent que les gens. Wade ne doit pas gérer ces chantiers de manière informelle. La priorité à Touba, c’est plus la question de l’assainissement qu’autre chose. Les eaux de ruissellement sont présentes dans toute la ville, sans parler de la saleté. Il ne sert à rien de tromper les gens ou d’amuser la galerie.
Personnellement, cet argent ne me concerne pas parce qu’on ne me l’a pas remis. Mais, si Abdoulaye Wade avait demandé mon avis, je lui aurais suggéré de ne pas se mêler de cet argent. Qu’il laisse les Mourides gérer eux-mêmes les chantiers. S’il veut les aider maintenant, il peut le faire ! C’est ce qui est normal. Est-ce que vous croyez aux nouvelles promesses de Me Wade prises à l’occasion de cette visite ? Un projet dans une République, on l’inscrit dans le budget avant de passer par les circuits normaux. Mais, des promesses qui sont tirées de l’imaginaire, je n’y crois pas. Je ne connais pas tout ce que Wade a promis, mais ce que je souhaite, c’est qu’il tienne ses promesses antérieures dans le cadre de la République. L’actualité, c’est aussi la destitution de Macky Sall à la tête de l’Assemblée nationale, malgré la médiation de Serigne Bara Mbacké. Quelle lecture en faites-vous ?
Cette histoire ne me surprend guère, car j’avais dit que cette réconciliation était une mascarade. J’avais même attaqué Me Madické Niang et les gens pensaient à l’époque que j’étais contre lui. Je n’ai rien contre lui. Il faut qu’on sépare la République et la politique. Wade ne peut être là à exécuter les ordres du Khalife général des Mourides. L’histoire m’a donné raison. Il n’est pas normal qu’on impose à Wade cette réconciliation. Une autorité doit éviter d’être un dindon de la farce. Quand on ignore ce qui oppose deux politiciens, on doit faire preuve de prudence. Bien que ses (le Khalife général des Mourides) intentions étaient louables. Quant à Wade, il ne doit subir aucune pression venant de la part de lobbies religieux ou autres afin de l’empêcher d’exercer pleinement sa mission régalienne. J’aurais compris cette médiation si le différend opposait deux forces égales. Si le président de l’Assemblée nationale était issu des rangs de l’opposition et ce différend pouvait déboucher sur des tensions sociales ; dans ce cas, le Khalife générale pouvait intervenir. Mais, il s’agit là d’un conflit interne au Pds. Cette histoire de réconciliation n’est rien d’autre qu’un jeu pour amuser le peuple sénégalais. Mais les lois sont votées par les députés de la majorité…
Je suis d’accord. Mais est-ce qu’il (Macky Sall) a une fois dit la vérité au président de la République comme le faisait par exemple Idrissa Seck ? Non, il a coopéré au détriment du peuple. On se rappelle également son attitude antirépublicaine lors des législatives de 2001 en votant avec une carte nationale expirée. Comment quelqu’un qui veut diriger un pays peut agir de cette sorte ? Ce qui est arrivé à Macky n’est que le retour de bâton. Il était la pièce maîtresse du projet de liquidation des proches de Idy. Certains pensent que les déboires de Macky Sall sont liés à bataille de succession de Wade, non ? Jusqu’à preuve du contraire, je demeure convaincu que Wade veut installer Idrissa Seck. Tout le reste n’est qu’amuse-gueules. Sa stratégie, c’est de donner l’impression qu’il veut installer son fils, alors qu’en réalité, il veut installer au pouvoir Idrissa Seck. Vous excluez, donc, Karim Wade de la course ?
Non, je ne l’exclue pas. Il est présidentiable. Et ses proches (Karim Wade) vont un travail d’arrache-pied dans la campagne. Modou Diagne Fada (député libéral) travaille pour le compte Karim Wade à Darou Mousty. Il y a d’autres qui font un travail discret pour le compte de Karim Wade. Il y a côté un électorat fidèle à Wade. Des gens sur qui le populisme de Wade a eu raison, n’hésiteront pas de suivre sa consigne, si jamais il veut se faire succéder par son fils. Vous pensez que ces gens ne sont pas concernés par ce mal vivre dont vous parlez ? Bien sûr, ils vivent la crise sociale au même titre que les autres. Mais, ils continuent à avoir confiance en Wade. Il suffit, pour eux, d’emprunter le pont de Cirnos pour être émerveillés. Il y a une énorme fracture entre l’intelligentsia et les masses populaires. Comment se fait-il que les tromperies aient toujours raison sur les Sénégalais ? Les Sénégalais traînent des tares. Il faut qu’ils se débarrassent de ces dépôts-ventes de l’hypocrisie. Quel est votre point de vue sur les relations entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel ? Un guide religieux doit agir en fonction d’une lettre de mission que Dieu lui a donnée. Il doit éviter la prévarication. Son rôle est de soulager le Peuple et non de faire de la politique. Il doit se prononcer à chaque fois que le Peuple est martyrisé. Il doit faire un plaidoyer en faveur des populations. Ce n’est malheureusement pas le cas. Je n’en suis pas fier. Ils ne doivent pas servir d’anti-chambres aux politiciens. Ce qui me fait mal, c’est que vous ne verrez jamais un guide religieux se prononcer sur la hausse des denrées de première nécessité. Ils ne se prononcent pas sur la précarité dans laquelle vit le monde de rural. A chaque fois qu’on les sollicite, ils nous tympanisent : «Nous voulons la paix. Faîtes ceci, faîtes cela.» Qu’ils sachent que ce qu’ils font est dangereux. L’autorité religieuse s’est fortement effritée. Leur discours n’a aucun impact au sein des populations. On leur donne de l’argent pour les utiliser. Et cela doit cesser. Propos recueillis par El H. Daouda L. GBAYA
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Fidèle à son style, Serigne Fallou Dieng, président du Cercle des intellectuels Soufis s’est voulu critique et caustique vis-à-vis du pouvoir, mais aussi vis-à-vis des guides religieux. Dans un entretien, ce petit-fils de Serigne Touba s’est prononcé sur la bataille de succession à Wade.