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A propos de mortalité maternelle et infantile Suggérer par mail

enfants_au_berceau.jpgL’inquiétude exprimée par le chef de l’Etat sur la mortalité maternelle et infantile, le 26 septembre dernier, de retour de la conférence annuelle de l’Onu, doit assurément sonner comme un cinglant désaveu à l’endroit de l’ensemble des programmes dits tantôt de santé maternelle et infantile, tantôt de planification familiale, tantôt de santé de la reproduction, tantôt de survie de l’enfant et j’en passe, entamés depuis la fin des années 70 et financés par divers donateurs internationaux, à coup de centaines de milliards de francs Cfa. Où sont passées ces sommes colossales d’argent,  est-on dès lors en droit de se poser automatiquement comme question.

Car l’on ne peut, à l’évidence, concevoir que tant d’argent ait été englouti dans ce volet pourtant  parcellaire de la santé publique sans résultats probants.  Sûrement pas à équiper des femmes en téléphones mobiles, opération qui ne saurait du reste  coûter plus de quelques dizaines de millions de francs !

Sans vouloir jeter l’opprobre sur les donateurs et les dirigeants des programmes cités ci-dessus, ni mettre en cause leur moralité, il faudrait, à mon humble avis, chercher du côté du mode de gestion de ces fonds d’aide, de leur affectation et des stratégies mises en œuvre pour réaliser ces programmes, pour trouver les raisons de ce qu’il convient de reconnaître aujourd’hui comme un échec patent. Ce constat d’échec avoué de manière indirecte par Abdoulaye Wade dès son retour de New York et la nouvelle alternative qu’il se propose de faire appliquer en disent justement très long sur le caractère inadéquat de ces programmes.

S’agissant du mode de gestion des fonds, l’on note une multitude d’organismes étrangers et internationaux installés dans le pays et prolongeant parfois leurs tentacules jusque dans nos communautés rurales, dont la seule mission est de faire parvenir l’assistance financière et qui agissent de manière peu coordonnée, peu concertée et peu complémentaire. Ce qui entraîne fatalement une première forme d’utilisation dévoyée de ces fonds, puisqu’une partie non négligeable est consacrée au fonctionnement desdits organismes et surtout une sorte d’anarchie empêchant souvent l’Etat, avec ses faibles moyens, d’avoir une véritable maîtrise de sa politique de santé maternelle et infantile. 

S’agissant de l’affectation des fonds d’assistance, il n’est, à présent, un secret pour personne que très peu de choses parviennent réellement aux bénéficiaires, à ceux que l’on appelle sous le vocable de populations cibles. Peut-être à peine 10 % ! Il serait, en tout état de cause, intéressant d’opérer un audit de l’utilisation de ces multitudes de milliards que nous allouent régulièrement des organisations comme l’Usaid, le Fnuap, la Banque mondiale, l’Union européenne, l’Unicef, le Gtz et autres nombreuses fondations. L’on serait alors mieux édifié sur la manière dont cette aide est consommée et l’on serait mieux en mesure de leur donner une destination cadrant davantage avec les programmes qu’ils financent.

S’agissant des stratégies, il est vrai que beaucoup d’efforts sont consentis en matière de logistique et de formation, mais l’essentiel des actions est, malheureusement, concentré en amont des programmes. En aval, presque plus rien ! Et le message du Président Wade est, à cet égard, assez évocateur : «Equiper les femmes du Pds de portables pour encourager et développer la pratique des consultations prénatales.» 

Une telle stratégie est certes très opportune, mais elle gagnerait à être complétée. Elle a surtout l’immense mérite de révéler qu’il existe, jusque dans nos localités les plus reculées, des relais communautaires, des agents de santé communautaires et des matrones, tous formés pour informer, sensibiliser et persuader les populations à prévenir les maladies et… notamment pour les femmes attendant des bébés, à s’adonner aux consultations prénatales requises. Malheureusement, ils sont laissés à eux-mêmes, sans moyens de mettre réellement leur savoir et leur compétence au service des populations. En particulier nul programme de lutte contre la mortalité maternelle n’a songé, ni à les rétribuer, ni même à les équiper  pour mener efficacement leurs activités.

De même, l’implication de la Société civile, organisée à travers les Ong locales, les associations sportives et culturelles et autres groupements de femmes, n’est pas suffisamment prise en compte,  alors que son rôle doit être de premier ordre, notamment en matière de mobilisation sociale, de campagnes d’information et de sensibilisation, d’organisation et de formation des agents de proximité évoqués plus haut, de gestion logistique des produits médicaux et autres matériels dont les communauté de base ont besoin.

Alors qu’il suffirait de prélever seulement 10 % des fonds affectés aux  salaires des employés des organisations de coopération installées dans le pays, au loyer des locaux abritant ces organisations, à l’équipement des bureaux de ces organisations, aux séminaires et autres voyages d’étude prévus par les programmes, pour combler leur bonheur et transformer l’échec du moment en un succès sans précédent.

Toujours en aval de ces programmes, il urge de doter nos communautés de base de moyens d’évacuation des patientes, notamment des parturientes, dont l’état de santé mérite qu’elles soient transférées dans les structures de santé appropriées. Il n’est pas exagéré, à cet égard, de chercher à doter en ambulance tous les postes de santé du pays et au moins en charrettes, sinon en camionnettes simples et peu coûteuses nos cases de santé et autres maternités villageoises. Si l’on sollicite de chacun des donateurs listés ci-dessus son concours et surtout si l’action de ces  derniers était moins redondante, moins émiettée et davantage complémentaire, il est certain qu’une telle dotation serait possible, ce qui contribuerait notablement à la baisse de la mortalité dû aux carences  des moyens de transport des patientes.

Evidemment, dans cette quête d’une implication efficiente des acteurs de base et de la mise à disposition de moyens de transport et d’évacuation suffisants, il ne faut guère oublier les ressources de l’Etat et des collectivités locales. Elles doivent compléter celles des donateurs et tendre progressivement à la pérennisation de nos programmes de santé publique tout court.

Pour l’instant, et dans la foulée du cri du cœur du Président Wade, il conviendrait sans hésiter :

1°) de repenser les accords passés avec les donateurs, à travers les revues périodiques conjointes des programmes, afin de drainer davantage de ressources financières vers les activités menées par les agents et les organisations de base, ainsi que l’équipement des structures de santé de base en moyens de transport et d’évacuation des malades ;
2°) prévoir des dotations conséquentes dans les budgets de l’Etat et des collectivités locales pour rétribuer et équiper les matrones, Asc et autres relais communautaires, développer davantage les interventions des organisations de base (Ong, Acs, Gf, etc.)  et pour doter les structures de santé de base en moyens de transport ;
3°) procéder à l’audit des programmes d’assistance en santé maternelle et infantile, aux fins de trouver et de dégager des ressources plus durables destinées aux actions ci-dessus ;
4°) prévoir dans les budgets 2009 de l’Etat et des collectivités locales une partie des ressources évoquées ci-dessus ;
5°) veiller désormais à ce que les accords bilatéraux et multilatéraux soient traités au niveau le plus élevé  (Présidence de la République ou Primature), compte tenu de leur caractère multisectoriel et surtout pour éviter la verticalité nocive des programmes et pour mieux assurer notre souveraineté en matière de politique de santé.

Alpha DIENG
Administrateur Civil
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