 Dakar, 20 nov (APS) - Le dialogue social dans le service public de la justice a connu des ‘’évolutions’’ et a permis une ‘’responsabilisation’’ des acteurs grâce au partage de l’information même s’il ‘’n’est pas définitivement structuré’’ et que ses ‘’mécanismes demeurent encore incertains’’, a souligné jeudi Mohamadou Mansour Mbaye, directeur du Service des Affaires judiciaires au ministère de la Justice.
Des acteurs du système judicaire, magistrats, avocats, greffiers ont échangé jeudi autour d’un panel sur ‘’Dialogue social et amélioration de la qualité du service public dans la justice’’ initié par le Comité national du dialogue social dans le cadre de sa 6e session ordinaire dont le thème central est ‘’Dialogue social et amélioration de la qualité du service public’’.
‘’Le partage de l’information sur les moyens disponibles étouffe les
réclamations inappropriées sans altérer la motivation des agents dans
leur vie quotidienne’’, a dit Mohamadou Mansour Mbaye reconnaissant que
ce dialogue ‘’ne soit pas définitivement structuré’’ et que ses
‘’mécanismes demeurent encore incertains’’.
Entouré dans la ‘’sacralité’’ il y a quelques années, confinant ses
membres dans le mutisme, le secteur de la justice expose de plus en
plus ses problèmes sur l’espace public à la faveur de l’arrivée aux
commandes d’une nouvelle génération d’acteurs.
Mohamadou Mansour Mbaye a dépeint un secteur de la justice de plus en
plus ‘’ouvert’’ et qui fait appel à des experts pour la formation de
ses agents en matière de dialogue social.
‘’La justice semble de plus en plus ouverte et n’hésite pas à faire
appel à des experts venant d’autres horizons pour assurer la formation
de ses agents. Les idées et méthodes jugées pertinentes parce qu’ayant
fait leurs preuves dans le secteur privé font leur apparition’’, a-t-il
dit.
La justice ne gère plus simplement le ‘’contentieux’’, elle fait aussi
de la ‘’médiation’’ à travers l’instauration des Maisons de justice
destinées aux citoyens, a expliqué Mohamadou Mansour Mbaye.
‘’La justice ne se limite plus à gérer le contentieux au niveau des
juridictions. Elle a installé des maisons de juridiction dans certains
quartiers de Dakar, à Mbour et Ziguinchor pour faire de la médiation,
de l’orientation et fournir des renseignements aux citoyens’’, a
expliqué M Mbaye.
La dynamique de dialogue a permis de ‘’revisiter’’ avec les
organisations plusieurs statuts professionnels en vue de les ‘’adapter
au nouveau contexte’’, a-t-il souligné.
‘’Les maux diagnostiqués dans le secteur de la justice sont en train
d’être résolus’’, a-t-il indiqué en signalant l’existence du Programme
sectoriel de la Justice composante à part entière du Programme national
de Bonne Gouvernance (PNBG) adopté par les autorités sénégalaises et
qui vise à créer les conditions d’une justice plus efficace et plus
proche des citoyens.
Adopté en 2004 pour une période de 10 ans, le PSJ fait l’état des lieux
de la justice sénégalaise et dresse un plan d’action. Son objectif est
d’instaurer une bonne gouvernance judiciaire par le renforcement de
l’État de droit, l’amélioration de l’environnement des affaires et la
sécurisation des biens et des personnes.
Entre magistrats et avocats, le secrétaire général de l’Ordre des
avocats, Mbaye Guèye a également souligné que le ‘’dialogue social se
mène’’. ‘’Les choses se passent normalement’’, selon lui.
Mais pour lui, ‘’c’est au niveau de la situation matérielle des acteurs
que le problème se pose’’. Selon Mbaye Guèye, ‘’les acteurs de la
justice sont extrêmement chargés, le contentieux est énorme’’.
Me Assane Ndiaye, greffrier au Tribunal de Dakar et secrétaire général
du Syndicat des travailleurs de la justice (SYTJUST) a déploré des
‘’obstacles’’ au dialogue dans la justice, qu’il a mis sur le compte
des ‘’survivances’’ de l’héritage colonial et des ‘’réalités
socioculturelles’’.
Me Ndiaye a plaidé pour la création de ‘’larges cadres de dialogue’’
dans le secteur de la justice et un ‘’dialogue permanent et
prospectif’’. Pour lui, ‘’on ne doit pas attendre le dépôt d’un préavis
de grève ou acte de protestation quelconque, la survenue d’une crise ou
un blocage du service’’.
Ce dialogue doit également être ‘’sincère et objectif’’ et ne doit pas
être pour l’autorité ‘’une stratégie pour mettre en branle un dilatoire
ou pour masquer des manœuvres subversives tendant à contrecarrer la
réussite d’une grève’’, a ajouté le syndicaliste.
Le secrétaire général adjoint du SYTJUST a relevé des niveaux de
dialogue ‘’interne’’, c’est-à-dire ‘’au sein du palais de justice’’ où
il doit être créé de larges cadres de concertations dans lesquels ‘’les
représentants des travailleurs de la justice auront voix au chapître’’.
‘’A l’externe, selon Me Ndiaye, entre les travailleurs de la justice et
la chancellerie, il doit également exister des cadres de dialogue
social à travers lesquels les préoccupations des uns et des autres et
la mise en œuvre des grandes orientations de la politique judiciaire
seront discutées et débattues dans la responsabilité et pour le bien du
service public de la justice.’’
Chargé de modérer les débats, le président de l’Organisation nationale
des droits de l’homme (ONDH), Me Assane Dioma Ndiaye a insisté sur
l’indépendance et la justice, ‘’pilier de l’Etat de droit’’, selon lui.
‘’L’objectif du pouvoir judiciaire est une société harmonieuse ‘’,
a-t-il dit.
|