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De Lamine Ndiaye, les uns retiendront un technicien constant, fidèle à ses convictions. Les autres, un intransigeant, un sentimental. Quoi qu’il en soit, l’homme entend mourir avec sa conception du football et des rapports entre un entraîneur et ses joueurs. Quel que soit le résultat du match contre la Gambie, quel que soit le sort que lui réserveront ses employeurs, le sélectionneur national affirme, dans cet entretien, qu’il ne vendra pas son âme au diable.
Wal Fadjri : Quel est votre état d’esprit à quelques encablures du match contre la Gambie ?
Lamine Ndiaye : Je suis tranquille. A partir du moment où je fais le
métier que j’aime, de la meilleure des façons, je suis bien dans ma
peau. J’assume tout ce que je fais. Quel que soit le résultat final, je
cherche toujours à assumer mes responsabilités, ma façon de faire.
Wal Fadjri : Dans votre façon de faire, les relations humaines occupent une place importante. Pourquoi ?
Lamine Ndiaye : Ma philosophie, c’est l’honnêteté, la rigueur et la
constance dans ses convictions. J’aime travailler avec des gens de
conviction. Et je suis très reconnaissant par rapport à ceux qui ont un
esprit de sacrifice.
Wal Fadjri : Votre attachement à vos convictions frise parfois
l’entêtement. Vous-même, vous avez reconnu être têtu. N’est-ce pas un
défaut ?
Lamine Ndiaye : (Un peu agacé) Je suis bien comptable de ce que je
fais. Lamine est et restera toujours intransigeant par rapport à sa
philosophie et sa façon de faire. Je choisis des joueurs en fonction
des critères qui me sont propres. Cela ne veut pas dire que je ne
prends jamais en compte ce que pensent les autres. Du tout. Je suis
toujours à l’écoute des autres. L’avis des autres compte beaucoup pour
moi, surtout celui de mes collaborateurs. Mais, je mets toujours en
avant ma façon de penser et de voir les choses. Je ne triche jamais
dans la vie.
Wal Fadjri : Il ne s’agit pas de tricher, mais d’être par exemple moins rigide.
Lamine Ndiaye : Ce n’est pas un vice que d’être constant et
reconnaissant. Je veux toujours être logique avec moi-même. Par
exemple, je ne néglige jamais les qualités footballistiques d’un
joueur. Elles sont d’ailleurs très importantes. Mais, je mets toujours
en avant les qualités individuelles de la personne dans mes critères de
choix. C’est la raison pour laquelle, je prends souvent des décisions
qui peuvent prêter à discussion ou à confusion.
Wal Fadjri : Comme votre décision de vous passer des services de
Mamadou Niang et Souleymane Diawara, deux des meilleurs sénégalais du
moment ?
Lamine Ndiaye : Au mois de mai, la situation du football sénégalais
était très délicate. Il n’y avait pas de fédération. Même le ministère
des Sports existait à peine. Tous les joueurs refusaient de venir jouer
en équipe nationale. A beau faire le tour du monde, à beau chercher à
convaincre les uns et les autres, il m’était impossible de trouver une
lueur d’espoir. Personne ne voulait de l’équipe. Il était très
difficile de convaincre les joueurs de venir pour un nouveau départ. Il
a fallu insister pour convaincre un certain nombre d’entre eux. C’est
ainsi que les joueurs avec lesquels j’ai commencé ces éliminatoires ont
accepté de venir relever le défi au mois de mai dernier.
Wal Fadjri : Ils sont en train d’en ramasser les dividendes car, malgré
les difficultés de l’équipe, vous avez maintenu quasiment les mêmes
hommes. N’est-ce pas de la reconnaissance mal placée ?
Lamine Ndiaye : Ce sont des garçons qui ont tout sacrifié pour aider le
football sénégalais à traverser la période délicate. Ce sont des choses
qu’on ne peut pas oublier. Aujourd’hui, on ne peut dire qu’on va jouer
un match en mettant à la touche des gens qui vous avaient rendu
service. Ce serait injuste d’agir ainsi. Je ne sais pas si c’est un bon
raisonnement ou pas. En tout cas, ce n’est pas ma conception de la vie.
Wal Fadjri : Les critères humains ne devraient-ils pas seulement venir départager des joueurs à valeur footballistique égale ?
Lamine Ndiaye : Pas forcément. Tout dépend de la façon de faire du
technicien. Je ne néglige nullement les qualités footballistiques d’un
joueur. Mais, je mets toujours en avant les qualités humaines. C’est
très important et déterminant chez moi.
Wal Fadjri : Déterminante sera aussi l’issue de Sénégal-Gambie, surtout
pour votre avenir à la tête de la sélection. Vous arrive-t-il de penser
à votre sort après ce match ?
Lamine Ndiaye : On joue un match de football. C’est un match qu’il faut
gagner. Qu’il soit décisif ou pas, il faut jouer pour le gagner. Un
point c’est tout. Le reste, on verra après.
Wal Fadjri : C’est de l’optimisme ou de la résignation ?
Lamine Ndiaye : J’ai un réel espoir. On ne peut pas engager un match
tout en pensant à un nul ou une défaite. Chaque équipe joue pour
gagner. On va, par conséquent, jouer contre la Gambie pour gagner.
C’est à moi de donner le tempo. C’est à moi de montrer la détermination
qu’il faut à mes joueurs pour battre la Gambie. Pour ça, rassurez-vous
: je suis déjà dans la peau d’un gagneur.
Wal Fadjri : Vous n’avez pas répondu à la question concernant votre avenir personnel. Vous sentez-vous menacé ?
Lamine Ndiaye : Un sélectionneur travaille toujours sur un plan à long
terme. Mais son avenir personnel est toujours incertain. Quand les
choses marchent bien, on le laisse tranquille dans son petit coin.
Personne ne le dérange, on parle de l’équipe et des joueurs. On ne
parle jamais du coach. Mais, quand ça ne va pas, il est mis à l’index.
C’est ça la vie d’un entraîneur ou d’un sélectionneur.
Wal Fadjri : Pensez-vous que la vôtre s’est surtout jouée à Blida ?
Lamine Ndiaye : Contre l’Algérie, le 5 septembre dernier, tout avait
bien marché en première mi-temps. L’équipe était bien en place sur
toutes les lignes. Elle avait même réalisé la prouesse d’ouvrir le
score. Malheureusement, tout d’un coup, tout s’est déréglé. Dans des
circonstances pareilles, quand l’entraîneur est loin des joueurs, il
n’a même plus le pouvoir d’agir sur eux. A beau crier ou gesticuler,
les joueurs ne l’entendent plus. Il y a énormément de bruit autour
d’eux. C’est pourquoi, je disais qu’il manquait réellement un aboyeur
dans cette équipe du Sénégal. Quelqu’un qui, pendant ces moments
difficiles, est à même de tranquilliser ses coéquipiers. De les aider à
garder leur sérénité pour traverser cette phase. Malheureusement, on
n’avait pas ce joueur-là lors de cette deuxième mi-temps contre
l’Algérie.
Wal Fadjri : Salif Diao aurait-il pu jouer ce rôle ?
Lamine Ndiaye : Il pouvait bien jouer ce rôle. Il a effectivement les
qualités pour jouer ce rôle d’aboyeur. On avait d’ailleurs bien préparé
ce match en France sur un dispositif donné, avant de descendre en
Algérie. Malheureusement, on a manqué de chance jusqu’au bout. Salif
est reparti en Angleterre parce qu’il avait un problème familial à
régler. Il fallait alors revoir tout le dispositif en un jour. Ça a été
un coup dur. Mais, on n’y pouvait rien. C’est ça aussi la vie d’un
sélectionneur.
Wal Fadjri : Vous arrive-t-il de penser à un échec face à la Gambie ?
Lamine Ndiaye : Je ne l’envisage pas.
Wal Fadjri : Le cas échéant, allez-vous démissionner ?
Lamine Ndiaye : Je ne sais pas encore. On verra bien. Seul Dieu sait.
Propos recueillis par Mamanding Nicolas SONKO
Repères
Lamine Ndiaye est né à Thiès Il y a un peu plus de cinquante ans. Il
fut international sénégalais avant de devenir entraîneur. Il a débuté
sa carrière de footballeur au Thiès étudiant club (Tec). Ensuite, il
est passé à la Seib de Diourbel, avant de partir en France pour une
carrière professionnelle d’une dizaine d’années.C’est à Mulhouse qu’il
a fait ses armes dans le professionnalisme. A la fin de sa carrière de
footballeur, il a fait des études et passé avec succès des diplômes
afin d’embrasser le métier d’entraîneur professionnel. A l’issue de sa
formation, il est devenu le directeur du centre de formation de
Mulhouse, avant de devenir entraîneur du même club. Pour compléter ses
compétences, il fallait se familiariser avec les réalités du football
africain. Lamine Ndiaye fit un tour au Cameroun et prit les destinées
du Cotton sports de Garoua. C’était le tremplin qui l’a amené à la tête
des ‘Lions’ à partir de 2008 après avoir été l’adjoint d’Henry
Kasperczak, démissionnaire.
Source: Wal Fadjri
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