INITIATIVE – Vulgarisation du projet Vivre avec l’eau : La solution pour résoudre les inondations en banlieue

Le projet Vivre avec l’eau apparaît en banlieue comme une intéressante perspective dans le règlement de la question des inondations. A quelques jours du bouclage de la phase pilote, les résultats vantent cette technologie innovante portée par un processus participatif.

L’idée est de Mandu dos Santos Pinto, architecte-urbaniste qui dirige le cabinet d’architecture Mandu architecture et urbanisme, initiateur et coordonnateur du projet Vivre avec l’eau. Elle prend en charge deux préoccupations ma­jeures : Gérer la question des inondations, sans déplacer les personnes. Ce mariage est scellé à travers un curieux concept a priori antinomique, mais qui figure en réalité en bonne place dans le champ du possible.

L’astuce dans ce projet réside en ceci : Concevoir un système décentralisé d’assainissement. «En tant qu’architecte-urbaniste,  j’avais déjà développé un système pour voir comment améliorer les quartiers inondables sans devoir les casser, ni déplacer les personnes mais juste en introduisant des aménagements. J’ai alors approché le Mrazi (ministère de la Restructuration des zones inondables) qui a en charge ces questions.

Le concept Vivre avec l’eau est apparu lors de discussions avec des partenaires. La force de ce projet, c’est une approche intégrée et novatrice. On ne vise pas seulement à toucher l’eau pluviale. Nous avons constaté que souvent on fait des canalisations sans qu’il n’y ait de système pour évacuer les déchets qui se retrouvent dans ces canalisations qui se bouchent finalement», souligne Mandu dos Santos Pinto. 

La stratégie c’est de concevoir un projet pilote pour y concentrer les efforts. Le quartier Benn Baraque à Yeumbeul Nord, au cœur de la banlieue a été choisi. «On a une profonde connaissance de la situation sur place, c’est un quartier bien organisé», croit savoir Man­du Dos Santos Pinto. 

Schématiquement, il y aura séparation entre d’une part des fosses septiques et des latrines qui ne sont pas étanches et qui peuvent affecter la nappe phréatique et provoquer des contaminations et d’autre part le système de traitement des eaux de pluie. A la clé, il y aura un réseau étanche pour réduire tous les risques de maladie.

Mandu dos Santos Pinto détaille : «Ce projet est fait dans le contexte où les  inondations urbaines sont dopées par les changements climatiques. Il s’agit de voir comment rendre les populations de ces zones plus résilientes envers ces inondations.» Subséquemment se posent d’autres problèmes. Ils ont trait à la contamination de la nappe phréatique par les fosses septiques. Dans le même temps, le mélange des eaux pluviales avec les eaux stagnantes est propice pour la multiplication des maladies. 

Atteindre 660 000 personnes dans les zones inondables 
Cette initiative prévoit d’utiliser les ressources locales, le potentiel informel et opte pour une responsabilisation des habitants de sorte «qu’elles sachent comment construire ces infrastructures et surtout comment en faire le suivi et la gestion.»

Parallèlement, il y a une coordination avec les projets de l’Etat qui existent dans le domaine comme l’Apix, l’Onas et le Mrazi déjà fort d’un plan directeur de drainage. Le concepteur précise : «Nous nous concentrons surtout sur les infrastructures secondaires qui sont plus ancrées dans les quartiers. On a commencé avec huit partenaires, des Ong, des instituts de recherche comme le Centre de suivi écologique et plusieurs bureaux d’études. Le but du projet c’est d’atteindre 660 000 personnes dans les zones inondables. Ces zones inondées sont souvent assez densément habitées qu’il y a une possibilité d’atteindre le million de personnes.» 

Le projet s’arcboute sur les infrastructures primaires faites par le Mrazi. Selon le coordonnateur, il s’agira d’ «amener vers les lacs, en faisant un pavé en forme de V pour que l’eau s’évacue» mais également de prévoir «des meubles urbains faits avec des bouteilles recyclées, des débris.»

Déjà, pour les lacs où seront évacuées les eaux, des propositions de noms sont faites. Les choix portent sur des icônes africaines comme Léopold Sédar Senghor, Nelson Mandela, Cheikh Anta Diop, Tho­mas Sankara. Vivre avec l’eau garde aussi ce côté qui allie l’esthétique général à l’utilitaire. Mandu dos Santos Pinto relève : «L’amé­nagement se fera avec des activités de maraîchage parce que ça fait joli et cela donne des sources de revenus. Nous avons prévu des berges où les gens pourront cultiver. On a défini le périmètre de maraîchage et commencé à faire la promenade.»

Après cette phase pilote, le projet est prévu pour durer trois ans. Il est prévu trois axes d’intervention. Il s’agit d’abord de la prise en charge des infrastructures intégrées avec l’évacuation d’eaux pluviales, l’assainissement décentralisé, la gestion innovante des espaces urbains. Le second axe est relatif au plan d’urgence amélioré.

Man­du Dos Santos Pinto explique : «On s’est rendu compte qu’il n’y a pas vraiment de plan de contingence en exercice. Donc, nous allons améliorer la coordination avant et après les inondations. Et pour le dernier axe, nous allons miser sur la formation et la capacitation comme avec un renforcement des capacités de ceux qui vont entretenir les infrastructures. Il est même prévu un centre de formation dans la banlieue.» Après Benn Baraque, d’autres quartiers dans des villes comme Saint-Louis, Thiès, Rufisque sont retenus. 

  • Écrit par  Arona BASSE

abasse@lequotidien.sn

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