INTERDICTION DE COUPE DE BOIS EN CASAMANCE: Les menuisiers de Ziguinchor attaquent l’Etat, mettent en garde la mairie et brandissent une menace

C’est des menuisiers très énervés, atteints dans leurs chairs qui se font entendre parce qu’ils ont atteint le fond. Réunis autour de l’Union des menuisiers du Sénégal (Ums/section Ziguinchor), ces professionnels du bois attaquent le décret leur interdisant la coupe de bois et accusent l’Etat de négliger leur document dans l’affaire Boffa Bayotte. Ils mettent dans la foulée en garde la mairie qui ferme les ateliers à cause de patentes impayées. 

Rien ne va pour les menuisiers de Ziguinchor depuis que l’Etat par décret a arrêté la coupe du bois dans cette partie du pays. Pour montrer qu’ils en ont plus que marre de vivre sans le sou, les menuisiers ont tapé du poing sur la table. «Suite à nos journées de réflexion et de partage tenues en 2013, nous avions fait un document qu’on a remis au Premier ministre. Si ce document était traité à temps, la tuerie de Boffa n’allait pas avoir lieu», ont indiqué les menuisiers. Qui expliquent : «dans ce document, nous avons proposé la rationalisation de la forêt et la mise en place de comités de surveillance. Nous demandons au gouverneur de la région de convoquer un Crd, pas pour convoquer les bureaucrates, mais tous les collectifs des chefs de village de tous les départements de la région. Nous donnerons nos idées du commun vouloir du devenir de la forêt».
Au sujet de l’audience que leur aurait accordée le chef de l’Etat et qui fait actuellement beaucoup de bruit à Ziguinchor, ils disent, par la voix de leur président Sadibou Bodian, Président Ums/Ziguinchor, que c’est faux. L’Union des menuisiers de Ziguinchor nie en effet avoir été reçue par le président de la République.

«Des chasseurs de primes reçues par le président de la République»

Son président, Sadibou Bodian, soutient que les artisans reçus par l’exécutif et qui auraient encaissé 10 millions ne font pas partie de son organisation, mais sont plutôt des «chasseurs de primes» qui ne roulent que pour leur compte. Il regrette : «c’est la nature de l’homme. Il y a toujours des gens tapis dans l’ombre qui s’adossent sur le travail des autres pour bénéficier des retombées. Ils ont fait usage de leurs connaissances pour être reçus, alors que nous attendions l’alerte du ministre Benoit Sambou, qui nous avait promis une audience. D’ailleurs, c’est le ministre lui-même qui nous a informés de l’audience et des 10 millions pour les artisans. C’est nous qui sommes reconnus par l’Etat, mais c’est eux qui ont plus de connexions avec les pouvoirs publics. C’est comme ça que le Sénégal fonctionne. C’est malheureux», dit-il.

«Ce décret nous a privé de notre dignité, de notre teranga, notre honnêteté»

Sadibou Bodian d’ajouter, comme pour dire qu’ils en ont marre de leur mal-vivre : «des amis nous appellent des autres localités du pays pour nous dire qu’ils continuent à travailler. Que le décret n’est pas respecté chez eux. Que le bois arrive toujours et c’est du bois de la Casamance. Nous sommes à bout de nerfs. Il y a certains parmi nous qui disent vouloir aller au nord puisque le bois de la Casamance continue de leur être livré», dit-il. Avant de faire dans la menace : «ce décret nous a privé de tout. De notre dignité, de notre teranga, notre honnêteté. Nous voulons que le Président répare ce préjudice».
La mairie de Ziguinchor aussi a eu sa dose de récriminations. Les menuisiers dont les ateliers ont pignon sur rue dans certains quartiers, l’accusent et la mette en garde. «Nous voulons que la mairie laisse les menuisiers tranquilles. L’agent des patentes dérange notre quiétude. Depuis un an, on ne travaille pas. Donc, s’il se permet de venir fermer l’atelier de ce menuisier, c’est inhumain. Depuis la sortie du décret, personne n’est venu nous voir pour trouver une solution. Ni la mairie, ni les autorités. Et maintenant, la mairie se permet de fermer les ateliers, ils n’ont qu’à arrêter ou bien encaisser les autres artisans, mais pas les menuisiers. Si l’Etat et la mairie n’apportent pas de solution à cette situation, nous allons nous faire entendre et cette fois, ce sera autrement», avertissent Bodian et ses camarades.

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