Israël: visite polémique du président philippin Duterte

Guillaume Gendron-libération

Cette nouvelle visite controversée, après celle du Hongrois Orbán, est justifiée officiellement par l’importante communauté philippine vivant en Israël. Mais des accords pétroliers et de ventes d’armes seraient aussi au programme.

L’homme qui se comparait à Hitler pour vanter électoralement ses mérites sanguinaires va planter un arbre à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, juste à côté de celui enraciné par Viktor Orbán. C’est peu dire que la visite du président philippin Rodrigo Duterte, quelques mois après celle du Premier ministre hongrois (comme si Nétanyahou cherchait à agréger autour de lui une bande d’Expandables autoritaires avec Donald Trump à sa tête), est controversée en Israël. Sur les ondes de la radio publique, Avi Dichter un ponte du Likoud (le parti du Premier ministre israélien) par ailleurs président de la commission de la défense et des affaires étrangères à la Knesset, a même recommandé d’avaler un anti-vomitif pour tenir le coup jusqu’à mercredi, date du vol retour vers Manille.

Mais cette visite historique (la première depuis l’ouverture de relations diplomatiques entre les deux pays en 1957) fait aussi parfaitement sens. Depuis le début des années 2000, l’État hébreu compte une importante communauté philippine, estimée aujourd’hui à 30 000 personnes, dont 85% de femmes, qui envoient dans leur pays natal environ 100 millions d’euros de devises par an. Ces dernières travaillent presque exclusivement dans le secteur de l’aide à la personne, auprès de l’importante population vieillissante israélienne. Un phénomène de société, au point que le mot hébreu metapelet («celle qui aide») est presque devenu synonyme de «femme philippine».

«Papa Digong»

Lundi, lors de sa rencontre avec Duterte, Benyamin Nétanyahou a souligné «les soins remarquables» prodigués par l’une d’elles à son père centenaire jusqu’à sa mort. De son côté, Duterte a assuré la presse de son pays qu’il venait vérifier que ses concitoyens étaient «bien protégés» malgré la «situation volatile» dans la région (il doit aussi se rendre en Jordanie, où travaillent 48 000 Philippins).

En signe de bonne volonté, Benyamin Nétanyahou a annoncé ce lundi l’abolition des coûteux frais d’agence (aux alentours de 10 000 euros) que devaient débourser les Philippins candidats à l’expatriation. Celle-ci devrait rester limitée à cinq ans ou jusqu’au décès de l’employeur au-delà de cette date, comme il est l’usage. De quoi renforcer la popularité de «Papa Digong», son surnom, auprès de la communauté locale, en témoignent les tee-shirts à sa gloire vendus dans les quelques échoppes des «Little Manilla» de Jérusalem et Tel-Aviv.

À la tête d’une pléthorique délégation (400 personnes), Duterte n’est cependant pas venu que pour se pencher sur le sort des aides à domicile. Celui qui a déclaré à son arrivée, sans ironie apparente, «partager la même passion pour la paix […] et les êtres humains» que Benyamin Nétanyahou devrait aussi signer d’importants accords commerciaux, non-inscrits à l’agenda officiel mais éventés par la presse.

Vente immorale

Duterte doit parapher un accord réservant l’exploitation d’un gisement pétrolier offshore à la compagnie israélienne Ratio Oil Exploration. En outre, une démonstration «d’armement avancé» serait au programme pour l’homme fort philippin, son gouvernement ayant même réservé une enveloppe de 56 millions de dollars (48 millions d’euros) pour s’offrir des armes et des bateaux de patrouilles pour sa garde maritime.

Une vente immorale aux yeux de plusieurs ONG israéliennes, au nom de la sanglante guerre contre le trafic de drogues menée par Duterte dans son pays, ce dernier ayant lancé une campagne d’exécutions sommaires qui a fait des milliers de morts parmi les dealers et les usagers. Les activistes israéliens doivent manifester mardi à Jérusalem devant la résidence du président israélien Reuven Rivlin lors de la réception de son homologue. Si l’ambassade philippine a assuré que Duterte n’avait rien contre ces manifestations, celui-ci a annoncé la couleur en disant partager lundi une autre «passion» de Nétanyahou : celle de «ne pas laisser nos pays être détruits par ceux qui ont des idéologies corrompues».

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