JOHN MARSHALL, AMBASSADEUR DE GRANDE BRETAGNE A DAKAR «Le développement ne concerne pas uniquement les politiciens»

JOHN MARSHALL, AMBASSADEUR DE GRANDE BRETAGNE A DAKARAccrédité au  Sénégal,  au Cabo Verde  et en  Guinée-Bissau, Son Excellence Monsieur John Marshall occupe la fonction d’Ambassadeur de Grande-Bretagne à Dakar, depuis trois ans. En mission jusqu’au mois de juillet 2015, ce diplomate chevronné dresse ici le tableau d’un observateur avisé de la politique en Afrique et dégage des perspectives optimistes pour le continent, malgré les guerres et le contexte de crise internationale.

Tout en accordant une attention particulière à la vie politique locale, au Plan Sénégal émergent, il rectifie une certaine vision francophone de la politique britannique en Afrique et se livre à  un round-up édifiant qui  dégage quelques axes de la présence britannique sur le continent..  Entretien….

Contrairement à la France, la Grande-Bretagne ne semble pas coopérative envers ses anciennes colonies. Aujourd’hui la France s’active en Centrafrique et au Mali alors que dans vos anciennes colonies notamment  le Nigéria, avec ses problèmes ethniques et la Gambie avec un Président dont la politique est décriée tout le temps, la présence de la Grande-Bretagne n’est pas ressentie. Qu’est ce qui explique cela ?
Je ne suis pas d’accord avec une telle analyse. Nous avons, en tant que pays membre permanent du Conseil de sécurité, une politique globale et très active sur le continent africain, que ce soit les pays francophones ou anglophones. Avec le Nigéria nous avons des relations très étroites. Il y a des investissements énormes du Royaume-Uni dans ce pays. Nous avons aussi des relations très étroites avec la plupart des pays anglophones, mais nous contribuons aussi à ce qui se passe dans les pays francophones.
En République centrafricaine par exemple, depuis juillet dernier, nous avons débloqué 23 millions de livres sterling. C’est la même chose dans le Sahel avec le Mali, le Niger, le Tchad, le Burkina Faso. Ce sont des cas où nous n’avons pas de liens historiques très approfondis, mais nous sommes quand même le troisième bailleur pour ce qui concerne l’aide humanitaire en 2013.
Nous étions très impliqués en Sierra Léone au moment où ce pays traversait une période extrêmement difficile dans les années 90. Nous sommes également impliqués en Somalie où la Grande-Bretagne est à l’avant-garde des efforts internationaux pour promouvoir la paix, la sécurité et le développement. Il en est de même  du Sud-Soudan. La liste est longue.  C’est pourquoi l’analyse que vous faites n’est pas très exacte. C’est une analyse que j’entends souvent. La raison, c’est qu’au Sénégal vous recevez beaucoup d’informations à travers des dépêches francophones qui ne parlent  pas beaucoup de ce que fait notre pays en Afrique, encore moins de ce qui se passe dans les pays africains anglophones. Alors que c’est important de savoir qu’il y a un fort accompagnement de ce continent par notre pays.
Quelles sont les relations particulières que vous entretenez avec les pays francophones ?
En ce qui concerne la crise au Mali, nous avons apporté notre concours en envoyant des avions de transport. Nous avons également déployé un avion de surveillance basé ici à Dakar pendant quatre mois et qui a fourni des données importantes à la France. Nous sommes de plus en plus actifs pour ce qui concerne le commerce et les investissements dans les pays francophones. Nous voulons encourager le secteur privé britannique qui est déjà actif en Afrique anglophone à s’intéresser aux opportunités qui existent dans les pays francophones où il a beaucoup  d’intérêts surtout en Côte d’Ivoire et au Sénégal.
La Chine est de plus en  plus  présente sur le continent et  vous ne voulez certainement pas être en retard dans cette compétition ?
Nous cherchons tous à investir, à créer de la richesse, à exporter ce que l’on fabrique. C’est la même chose avec la Chine, la Grande-Bretagne et  les autres pays.  Il faut faire tout son  possible pour faciliter le commerce qui va générer la croissance et des actions visant à relever le niveau de vie des citoyens de tous les pays du monde.
Quels sont les types de commerce et d’investissement de la Grande-Bretagne sur le continent?
Au Sénégal, nous sommes présents dans plusieurs secteurs comme l’énergie et l’agriculture, ainsi que le secteur minier et les infrastructures. Il y a le Forum d’investissement sur le Sénégal qui a eu lieu à Londres au mois de juin 2013. Suite à cette initiative du Gouvernement du Sénégal, nous avons  constaté un intérêt grandissant de la part du secteur privé britannique. Je peux citer l’exemple d’une société britannique qui est en train d’exécuter un programme de forage offshore en ce moment. C’est le premier du genre au Sénégal en 20 ans.
Excellence, quelle incidence la crise financière internationale a-t-elle sur la politique en Afrique et quelle réaction faut-il attendre des Etats africains?
Etant donné qu’il y a une crise économique et financière, les pays africains doivent faire le maximum pour attirer l’investissement public des bailleurs ou les investisseurs privés. Etant donné qu’il y a également la concurrence entre les Etats en termes d’investissement, il faut créer un climat des affaires incitatif et compétitif. C’est pour cela qu’il est important de lutter contre la corruption,  promouvoir la bonne gouvernance, ce que le Président Macky Sall et le Gouvernement de Mme Aminata Touré sont en train de faire. Il y a des opportunités pour les investisseurs au Sénégal mais il y en a aussi au Ghana, en Côte d’Ivoire et dans bien d’autres pays. En conséquence dans une situation de crise financière, les pays qui veulent attirer les investisseurs ont besoin d’économies ouvertes, de sociétés ouvertes, de gouvernements ouverts. Tel est le message que la Présidence britannique  du G8 a fait passer en 2013.
Quelle politique la Grande-Bretagne met-elle en œuvre en Afrique ?
L’Afrique a souvent été considérée comme un continent à problèmes. Evidemment il y a des pays en situation de conflit comme par exemple, la République centrafricaine  et le Soudan du sud. Mais à notre avis, il faut aussi reconnaitre que l’Afrique est un continent qui prospère et où il y a des opportunités, la croissance, le développement… Six ou sept pays sur les 10 dans le monde dont l’économie connaît une des croissances les plus fulgurantes se trouvent en Afrique à savoir  l’Ethiopie, le Ghana, l’Angola… En conséquence il faut voir une Afrique plus positive et reconnaitre qu’avec sa jeunesse, l’avenir est en Afrique.
Quel avenir envisagez-vous pour les relations entre la Grande-Bretagne et l’Afrique ?
Je pense que cela va être un avenir commun. Nous allons continuer à travailler et à aider les pays africains dans plusieurs secteurs, que ce soit la sécurité ou le développement. Nous nous sommes engagés à soutenir le développement du continent.
Quelle est l’implication de votre pays par rapport au Plan Sénégal Emergent (PSE)?
Je pense que la Grande-Bretagne peut accompagner le  Sénégal dans la mise en œuvre du PSE dans beaucoup de secteurs. Un exemple : le Sénégal exporte actuellement 60 000 tonnes de légumes et  fruits par an. Selon le Plan l’objectif est d’exporter 157 000 tonnes en 2017. Il y  a des investissements britanniques dans le secteur agricole, notamment  dans la Vallée du Fleuve  Sénégal qui contribuent beaucoup aux exportations du Sénégal et présentent en même temps beaucoup d’avantages notamment la création d’emplois pour les populations locales. Une phase d’expansion est envisagée si la terre est disponible. Ceci  va permettre au Sénégal de réaliser ses objectifs dans ce secteur. Il y a des sociétés britanniques dans le secteur minier qui ont des permis d’exploration et qui sont en train de mener à bien des études de faisabilité.
Le Sénégal fonde beaucoup d’espoir sur les secteurs où des sociétés britanniques sont déjà impliquées et je suis convaincu qu’elles pourront l’aider à réaliser ses objectifs.
Comment voyez-vous la politique du Président Macky Sall ?
J’apprécie beaucoup la vision du Président de la République et je pense que le PSE est un plan très ambitieux. Je salue l’engagement du Président vis-à-vis de la bonne gouvernance, de la transparence et de l’amélioration du climat des affaires. Ces trois éléments sont très importants. Il a enclenché des réformes très importantes notamment dans le secteur de l’énergie et a défini des objectifs très précis pour le secteur agricole. Toutefois il est important que la cadence de ces réformes soit accélérée. Je pense que le Président est du même avis. Il parle un langage très anglo-saxon : il veut obtenir des résultats. Ce n’est pas seulement quelqu’un qui veut faire des promesses. Il y a des indicateurs très  précis dans la SNDES et le PSE et il est en train de mettre en place des mécanismes pour obtenir des résultats.
Ce qui est important à mon avis c’est que la société sénégalaise, que ce soit les fonctionnaires, la classe politique, les citoyens, le secteur privé, les syndicats, l’accompagne pour que  la vision du Gouvernement se réalise. Le développement ce n’est pas une question qui ne concerne que les politiciens. Cela implique tout le monde.
Vous êtes établi à  Dakar depuis trois ans. Qu’est ce qui vous plaît le plus dans ce pays ?
Beaucoup de choses me plaisent mais je n’en citerai qu’une : mon amour de la nature. J’apprécie la biodiversité. Je pense qu’il est très important que le Sénégal préserve ses atouts écologiques de plus en plus menacés. Je pense par exemple au Parc national du Djoudj, au Sine Saloum, aux forêts de la Casamance sans oublier le Technopole dont le site est superbe avec plus de  200 espèces d’oiseaux en plein  Dakar. Ce site doit être préservé.

Cheikh Tidiane MBENGUE

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